Sommaire
- Une première composition née dans l’ombre de Lennon et McCartney
- Un morceau peu apprécié par son propre auteur
- Une session d’enregistrement en deux jours
- Premier jour – 11 septembre 1963
- Deuxième jour – 12 septembre 1963
- Une chanson plus sombre et introspective que le reste du répertoire Beatles
- L’héritage de « Don’t Bother Me »
- Apparition dans « A Hard Day’s Night »
- Un premier pas vers l’indépendance artistique de George Harrison
Une première composition née dans l’ombre de Lennon et McCartney
Jusqu’en 1963, les Beatles étaient essentiellement portés par les compositions de John Lennon et Paul McCartney, qui écrivaient la quasi-totalité des chansons enregistrées par le groupe. George Harrison, encore peu expérimenté en écriture, se contentait d’interpréter des morceaux attribués à d’autres auteurs.
Mais lors de l’été 1963, alors que les Beatles se produisent à Bournemouth, Harrison se met au défi d’écrire une chanson lui-même. Cloué au lit par une maladie, il décide de mettre son temps à profit et commence à griffonner une mélodie et des paroles qui donneront naissance à « Don’t Bother Me ».
« J’ai écrit ‘Don’t Bother Me’ dans un hôtel à Bournemouth, où nous jouions en résidence durant l’été 1963. Je voulais voir si j’étais capable d’écrire une chanson. J’étais malade, allongé dans mon lit. »
— George Harrison, Anthology
Contrairement aux compositions de Lennon et McCartney, qui mettent en avant des thèmes liés à l’amour et à l’exaltation juvénile, « Don’t Bother Me » adopte un ton plus sombre et introspectif. Les paroles expriment une volonté d’isolement et une certaine mélancolie, un registre inhabituel pour les Beatles à l’époque, mais qui correspond bien à la personnalité plus réservée de Harrison.
Un morceau peu apprécié par son propre auteur
Bien que cette chanson marque une étape cruciale dans la carrière de George Harrison, lui-même n’en était pas particulièrement fier.
« Je ne pense pas que ce soit une très bonne chanson ; ce n’est peut-être même pas une chanson du tout. Mais au moins, cela m’a prouvé que tout ce que j’avais à faire, c’était de continuer à écrire, et qu’éventuellement, je finirais par écrire quelque chose de bon. »
— George Harrison, Anthology
Cet exercice de style a néanmoins posé les fondations de sa carrière de compositeur, et bien que Lennon et McCartney dominent toujours la production du groupe, Harrison commence à gagner en assurance et finira par imposer certaines de ses chansons comme des classiques intemporels, notamment « Something » et « While My Guitar Gently Weeps ».
« On voulait toujours donner au moins un titre à George, car beaucoup de filles étaient folles de lui. Mais progressivement, il a commencé à se dire : ‘Pourquoi devriez-vous écrire mes chansons ?’ et il s’est mis à écrire les siennes. »
— Paul McCartney, Anthology
Une session d’enregistrement en deux jours
« Don’t Bother Me » est enregistrée lors des sessions du 11 et 12 septembre 1963, en vue d’apparaître sur le deuxième album des Beatles, « With The Beatles ».
Premier jour – 11 septembre 1963
Lors de cette première session, les Beatles enregistrent plusieurs prises du morceau, cherchant à en trouver la bonne atmosphère. La chanson possède une énergie légèrement latine, avec une basse syncopée et un rythme de bongo, qui la distinguent des autres morceaux du groupe à l’époque.
Deuxième jour – 12 septembre 1963
Les Beatles retournent en studio pour finaliser l’enregistrement. Après avoir mis en boîte la piste rythmique, plusieurs overdubs sont ajoutés pour enrichir le son du morceau :
- George Harrison enregistre une double piste de chant pour épaissir sa voix.
- John Lennon ajoute un tambourin, renforçant l’aspect percussif du morceau.
- Paul McCartney joue du woodblock, un instrument de percussion qui ajoute une texture rythmique supplémentaire.
- Ringo Starr joue des bongos arabes, conférant une teinte exotique et hypnotique au morceau.
La chanson prend ainsi une touche latine inhabituelle pour les Beatles, un effet renforcé par l’utilisation d’un mode mineur, qui donne à « Don’t Bother Me » une ambiance plus sombre et mélancolique que leurs hits habituels.
Une chanson plus sombre et introspective que le reste du répertoire Beatles
Les paroles de « Don’t Bother Me » sont empreintes d’une morosité inhabituelle, surtout dans le contexte des premiers albums des Beatles, dominés par des chansons d’amour directes et entraînantes.
Le narrateur exprime son souhait d’être laissé tranquille après une rupture amoureuse, rejetant toute forme de consolation. Ce ton mélancolique et détaché, presque cynique, préfigure certaines des futures compositions de Harrison, notamment « Only A Northern Song » et « Think For Yourself ».
À travers cette chanson, Harrison pose les bases d’un style plus personnel, souvent introspectif et parfois philosophique, qui s’épanouira pleinement sur des albums comme « Revolver », « The White Album », et surtout « Abbey Road ».
L’héritage de « Don’t Bother Me »
Bien que George Harrison n’ait jamais été particulièrement satisfait de « Don’t Bother Me », cette chanson reste un moment clé dans l’histoire des Beatles :
- Elle marque le début de Harrison en tant que compositeur, un rôle qui prendra de l’importance dans les albums suivants.
- Elle reflète une facette plus sombre du groupe, contrastant avec l’énergie positive de nombreux morceaux de Lennon/McCartney.
- Elle témoigne d’une évolution musicale, avec une approche rythmique et harmonique différente du reste du répertoire Beatles à l’époque.
Apparition dans « A Hard Day’s Night »
Malgré son relatif anonymat par rapport aux hits de l’album With The Beatles, « Don’t Bother Me » est tout de même choisie pour être utilisée dans une scène du film « A Hard Day’s Night » (1964), où elle est jouée en fond sonore dans une boîte de nuit.
Cette inclusion témoigne du fait que, même si Harrison ne la considérait pas comme une chanson majeure, elle représentait une partie intégrante du son Beatles de cette époque.
Un premier pas vers l’indépendance artistique de George Harrison
Si « Don’t Bother Me » ne compte pas parmi les morceaux les plus connus des Beatles, son importance historique est indéniable. Elle marque le premier pas de George Harrison en tant que compositeur, et bien qu’il la juge lui-même insignifiante, elle a permis d’ouvrir la voie à une carrière prolifique.
Avec le temps, Harrison écrira certaines des chansons les plus mémorables du répertoire des Beatles, prouvant qu’il était bien plus qu’un simple « troisième homme » dans l’ombre du duo Lennon/McCartney.
« Don’t Bother Me » n’était peut-être pas une révolution musicale, mais c’était un signal clair : George Harrison n’était plus seulement le guitariste des Beatles, il commençait à tracer son propre chemin créatif.
