Paul McCartney, l’une des figures majeures des Beatles, a toujours été reconnu pour la versatilité stupéfiante de sa voix. Capable de s’adapter à des registres variés, il passe du cri rauque et sauvage de morceaux comme « Helter Skelter » aux mélodies pleines de douceur et de subtilité de ballades telles que « Yesterday ». Pourtant, résumer le style vocal de McCartney à une seule facette serait réducteur : son timbre s’étend sur une palette si large qu’il parvient à se réinventer continuellement. Et s’il fallait désigner un disque où cette virtuosité atteint son paroxysme, RAM serait sans doute la réponse.
Sommaire
- La versatilité vocale : De « Oh Darling » à « For No One »
- RAM : Entre bricolage lo-fi et production ambitieuse
- « Dear Boy » et l’écho de Brian Wilson
- « The Back Seat of My Car » : Une œuvre de mélodrame et de poésie
- Une reconnaissance tardive mais méritée
- La voix au cœur de l’héritage de McCartney
La versatilité vocale : De « Oh Darling » à « For No One »
Dès les années Beatles, McCartney a fait preuve d’une capacité unique à incarner des émotions opposées à travers sa voix. On peut évoquer le rugissement chargé d’émotion de « Oh Darling », où il rivalise presque avec l’intensité brute de Little Richard, ou encore les harmonies subtiles et introspectives de « For No One », véritable chef-d’œuvre de délicatesse. Ces morceaux montrent qu’au-delà de son incroyable talent de compositeur, McCartney maîtrise l’art de faire vibrer son public en variant les nuances vocales.
Avec « Maybe I’m Amazed », issu de son premier album solo, Paul explore déjà le contraste entre puissance et fragilité vocale. Mais sur RAM, sorti en 1971, il déploie un éventail encore plus riche, avec des expérimentations vocales et musicales qui marquent une étape clé dans sa carrière post-Beatles.
RAM : Entre bricolage lo-fi et production ambitieuse
Malgré les critiques mitigées à sa sortie, RAM est aujourd’hui considéré comme un classique culte, notamment grâce à son approche décontractée mais incroyablement inventive. L’album est une sorte de laboratoire sonore où McCartney combine des styles disparates, en grande partie avec la complicité de Linda McCartney, dont les harmonies vocales apportent une dimension nouvelle. Des chansons comme « Uncle Albert/Admiral Halsey » témoignent de cette approche éclatée, où les changements de rythme et d’ambiance côtoient une production minutieuse.
« Dear Boy » et l’écho de Brian Wilson
Parmi les pépites vocales de l’album, « Dear Boy » se démarque particulièrement. Ce morceau, souvent cité comme un hommage indirect à Brian Wilson des Beach Boys, montre McCartney jonglant avec des harmonies complexes, créant une texture sonore d’une richesse étonnante. La précision vocale et l’interaction entre sa voix et celle de Linda rappellent les sommets atteints par les Beach Boys dans « Pet Sounds », tout en conservant une identité unique propre à McCartney.
« The Back Seat of My Car » : Une œuvre de mélodrame et de poésie
Mais le morceau qui illustre le mieux l’excellence vocale de McCartney sur cet album est sans conteste « The Back Seat of My Car ». La chanson commence doucement, presque timidement, avant de s’élever dans une explosion d’émotion et de puissance vocale. Ce crescendo rappelle l’approche narrative de morceaux comme « Golden Slumbers », où la voix devient un vecteur d’histoire autant qu’un instrument musical.
Dans « The Back Seat of My Car », McCartney peint un tableau romantique et adolescent : l’histoire de jeunes amoureux qui fuient leur quotidien pour chercher la liberté. Certains ont comparé ce morceau à « Born to Run » de Bruce Springsteen, bien que McCartney ait devancé le Boss de plusieurs années. Là où Springsteen opte pour une énergie brute et urbaine, McCartney injecte un mélodrame théâtral, ponctué de cris et de gémissements rappelant ses influences rock’n’roll, notamment Little Richard. Le final, avec ses hurlements passionnés, est une démonstration éclatante de sa maîtrise vocale et de sa capacité à faire vivre une chanson à travers son interprétation.
Une reconnaissance tardive mais méritée
Si les autres Beatles, notamment John Lennon, ont parfois critiqué RAM, le temps a réhabilité cet album comme un jalon essentiel de la discographie de McCartney. Là où Lennon parlait de « merde de grand-mère », McCartney prouvait qu’il pouvait transcender des idées apparemment simples pour créer des morceaux d’une profondeur insoupçonnée. « The Back Seat of My Car » en est la preuve : une œuvre intemporelle qui rivalise sans rougir avec les classiques des Beatles comme « Hey Jude » ou « Let It Be ».
La voix au cœur de l’héritage de McCartney
L’héritage de RAM, et plus particulièrement de « The Back Seat of My Car », montre que McCartney n’a jamais cherché à se reposer sur ses lauriers après les Beatles. Sa voix, caméléonique et inimitable, reste l’outil principal de son génie musical. Et si des chansons comme « Imagine » ou « My Sweet Lord » de ses anciens camarades de groupe continuent de dominer les classements des meilleures compositions des années 70, il serait grand temps que des morceaux comme « The Back Seat of My Car » soient placés à leur juste place : au panthéon des plus grandes réalisations de Paul McCartney.
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