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« Now and Then » : le chant d’adieu des Beatles qui bouleverse le monde

Publié le 26 mars 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

« Now and Then », ultime chanson des Beatles sortie en 2023, est une œuvre posthume bouleversante. Longtemps oubliée, elle renaît grâce à la technologie, réunissant les voix et instruments des quatre membres dans un dernier adieu musical.


Il est rare qu’une chanson disparue, enterrée dans les limbes d’un magnétophone poussiéreux, devienne un hymne posthume, un ultime soupir d’un groupe mythique. Et pourtant, c’est exactement ce qu’il s’est passé avec Now and Then, un titre que les Beatles ont finalement offert au monde en 2023, plus d’un demi-siècle après leur séparation. Retour sur une odyssée musicale pleine de fantômes, d’émotions et de résilience artistique.

Sommaire

Une chanson oubliée dans les tiroirs de l’histoire

Nous sommes au milieu des années 1990. Le projet The Beatles Anthology bat son plein. Ce gigantesque chantier de mémoire, orchestré par Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr, assistés par Jeff Lynne à la production, visait à exhumer les trésors enfouis de l’histoire du groupe. Une série documentaire, trois doubles albums compilant inédits et classiques remastérisés, ainsi qu’un livre foisonnant. Mais surtout, deux chansons inédites signées John Lennon, Free as a Bird et Real Love, réenregistrées par les survivants avec la voix posthume de leur frère tombé trop tôt, furent dévoilées au monde.

Dans les coulisses de ce travail de résurrection, une troisième chanson planait, presque gênante, comme une promesse inaboutie : Now and Then. Offerte par Yoko Ono à Paul, au même titre que les deux autres maquettes enregistrées par John dans son appartement du Dakota Building à New York, cette ballade mélancolique ne fut jamais finalisée. À l’époque, George Harrison s’opposa fermement à ce morceau, jugeant sa qualité sonore insuffisante et, pire encore, doutant de sa valeur artistique intrinsèque.

Les réticences de George Harrison : goût amer et frustration créative

Ce qui frappe, en relisant les témoignages de cette époque, c’est la franchise brutale avec laquelle George exprimait son rejet. Dans les mots rapportés par Paul McCartney lui-même, Harrison aurait déclaré à propos de la chanson : « C’est de la merde ». Un jugement sans appel, qu’il justifiait par la faible qualité de l’enregistrement initial et, plus profondément, par un manque d’intérêt pour la structure même du morceau.

Et pourtant, George n’était pas insensible à la dimension spirituelle de cette entreprise. Il accepta d’enregistrer des pistes de guitare en 1995, au cas où la chanson prendrait forme. Mais le cœur n’y était pas. La session fut abandonnée. Now and Then fut remisée dans un tiroir, laissée là comme une lettre d’adieu jamais postée.

Paul McCartney, gardien de la mémoire et homme d’orchestre

C’est là qu’intervient l’obstination tendre de Paul McCartney. Depuis la mort de John en 1980, Paul s’est fait un devoir de maintenir vivante la mémoire musicale de son ami et rival. En 2012 déjà, dans une séquence documentaire longtemps restée confidentielle, il évoquait sa volonté de terminer cette chanson abandonnée. Il confiait alors : « Cette chanson traîne encore quelque part… Je vais me faufiler en studio avec Jeff Lynne et la finir. »

Il aura fallu plus d’une décennie pour que cette promesse soit tenue. Entre-temps, la technologie a rattrapé le rêve. Grâce aux progrès spectaculaires de l’intelligence artificielle, il est devenu possible d’isoler la voix de Lennon avec une clarté inespérée à partir de la maquette originelle, où le piano se confondait avec les fréquences vocales.

Une alchimie posthume : la magie d’un studio éclaté

L’année 2023 voit donc la concrétisation de ce rêve. Paul McCartney, avec la complicité de Ringo Starr, remet les mains dans la matière sonore. Les guitares de George, enregistrées près de trente ans plus tôt, sont réintégrées. Paul enregistre une nouvelle partie de basse, ajoute une orchestration de cordes, un solo de guitare poignant et produit l’ensemble. Ringo y pose sa batterie et chante sur le refrain. Tout cela, à distance, dans une approche typiquement moderne, où les fichiers transitent d’un studio à un autre à travers les continents.

Mais l’esprit, lui, est resté immuable. Dans le cœur des musiciens, l’ombre de John est omniprésente. Ringo résume l’atmosphère avec émotion : « Paul a fait un travail magnifique. Il a mis des cordes, une guitare lead… c’est ce qui donne toute son émotion au morceau. »

Le titre sort officiellement le 2 novembre 2023, accompagné d’un clip réalisé par Peter Jackson – déjà artisan du magistral Get Back – dans lequel les visages des quatre garçons de Liverpool se croisent à travers les décennies. Le passé rejoint le présent. Les regards se répondent au-delà de la mort.

Un accueil triomphal, une reconnaissance tardive

Now and Then est immédiatement saluée par le public et la critique comme un événement musical majeur. Numéro 1 des charts britanniques, le titre devient la première chanson des Beatles à atteindre cette position depuis The Ballad of John and Yoko en 1969. Un exploit inédit dans l’histoire du rock : un groupe séparé depuis plus de cinquante ans, dont deux membres sont décédés, parvient à revenir au sommet des classements.

L’émotion dépasse les chiffres. Aux Grammy Awards de 2024, la chanson décroche le prix de la « Best Rock Performance ». Le monde entier célèbre ce miracle technologique et artistique, cette rencontre entre nostalgie et modernité.

La veuve de George Harrison, Olivia, prend la parole pour calmer les interrogations sur l’attitude de son défunt mari. Elle explique que George ne rejetait pas la chanson par principe, mais qu’il jugeait alors les contraintes techniques insurmontables. « Si George était encore parmi nous, Dhani et moi savons qu’il aurait pleinement soutenu Paul et Ringo pour mener ce projet à terme », affirme-t-elle. Une bénédiction posthume qui réhabilite l’unité du groupe dans ce dernier geste collectif.

Une chanson-miroir : la tendresse d’un adieu

Musicalement, Now and Then est une ballade douce-amère, une confession tendre dans laquelle John Lennon livre, à travers les bruits feutrés du passé, des mots d’amour à ses compagnons, à ses proches, au monde. « Now and then I miss you… » chante-t-il, et ces mots, qu’il destinait peut-être à Yoko, résonnent aujourd’hui comme un message envoyé à ses camarades, à ses fans, à cette époque révolue.

La chanson, dans sa fragilité, incarne tout ce que les Beatles ont toujours su faire de mieux : capter l’intime, transcender le quotidien, sublimer l’absence. Elle n’a pas l’ambition d’un Hey Jude, ni la complexité d’un A Day in the Life, mais elle touche au cœur, car elle est habitée.

Elle est aussi une synthèse de ce qu’ont été les Beatles après leur séparation : des hommes liés par quelque chose d’inexplicable, d’indestructible, malgré les rancunes, les distances et la mort. L’histoire de Now and Then est autant une histoire de musique que d’humanité.

L’éternel retour des Beatles

Avec Now and Then, c’est comme si le cercle se refermait. Les Beatles, nés au cœur des années 1960 dans une effervescence juvénile, tirent leur révérence avec une œuvre où la nostalgie n’est pas pesante, mais lumineuse. Ce dernier acte musical, longuement différé, agit comme une épitaphe douce : un murmure à l’oreille de ceux qui n’ont jamais cessé de croire que les Beatles n’étaient pas simplement un groupe, mais un fil invisible entre les générations.

Au-delà du phénomène commercial, cette chanson est un rappel puissant : même dans un monde saturé de bruit et de nouveautés, les émotions vraies, elles, ne périment pas.


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