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Goodnight Vienna : Ringo Starr et John Lennon, la dernière complicité

Publié le 27 mars 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Après le succès de l’album Ringo en 1973, Ringo Starr revient en 1974 avec Goodnight Vienna, un disque pop-rock festif produit par Richard Perry. John Lennon y joue un rôle clé, offrant le titre éponyme et suggérant la reprise de Only You. L’album compte aussi des collaborations avec Elton John, Harry Nilsson et Billy Preston. Enregistré à Los Angeles, il adopte une imagerie science-fiction inspirée du film Le Jour où la Terre s’arrêta. Moins marquant que Ringo, Goodnight Vienna reste un succès commercial, porté par les singles No No Song et Only You.


Après le triomphe de l’album Ringo (1973), Ringo Starr revient à la charge dès l’année suivante avec Goodnight Vienna. Paru en novembre 1974, ce quatrième album solo du plus facétieux des ex-Beatles témoigne de la volonté de Ringo de capitaliser sur sa réussite précédente, tout en proposant une tonalité pop-rock simple et accessible. Produit à nouveau par

Sommaire

  • Richard Perry
  • John Lennon
  • CONTEXTE : LA SUITE à DONNER AU SUCCèS DE
  • RINGO
  • Richard Perry
  • LA PARTICIPATION DE JOHN LENNON : DEUX TITRES ET UNE SESSION
  • John Lennon
  • ELTON JOHN, HARRY NILSSON ET AUTRES INVITéS DE CHOIX
  • Elton John
  • Bernie Taupin
  • Harry Nilsson
  • LES SéANCES D’ENREGISTREMENT : AOÛT 1974 à LOS ANGELES
  • Los Angeles
  • Sunset Sound Recorders
  • Producers Workshop
  • LA POCHETTE : UNE RéFéRENCE à LA SCIENCE-FICTION
  • Le Jour où la Terre s’arrêta
  • LES CHANSONS : DéTAILS ET COMPOSITIONS
  • 1. (It’s All Down to) Goodnight Vienna
  • 2. Occapella
  • 3. Oo-Wee
  • 4. Husbands and Wives
  • Roger Miller
  • 5. Snookeroo
  • 6. All By Myself
  • 7. Call Me
  • 8. No No Song
  • 9. Only You (And You Alone)
  • 10. Easy For Me
  • 11. Goodnight Vienna (Reprise)
  • SORTIE ET ACCUEIL PUBLIC
  • PROMOTION ET CLIPS FANTAISISTES
  • LES SINGLES : UN QUATUOR POUR DIFFéRENTS PAYS
  • «Only You (And You Alone) / Call Me»
  • «No No Song / Snookeroo»
  • «Snookeroo / Oo-Wee»
  • «(It’s All Down to) Goodnight Vienna / Oo-Wee»
  • RéACTIONS ET CRITIQUES
  • Robert Christgau
  • RééDITIONS ET BONUS
  • Capitol
  • février 1981
  • 30 novembre 1992
  • LE MYTHE AUTOUR DE LA SCIENCE-FICTION ET L’INSPIRATION DU TITRE
  • LE BILAN COMMERCIAL : UN SUCCèS RELATIF
  • LA PROMOTION TéLéVISéE ET L’HUMOUR STARR/LENNON
  • LE CONTENU DES PAROLES : ENTRE HUMOUR ET SéRéNITé
  • UNE INFLUENCE PROLONGéE DANS LA SUITE DE LA CARRIèRE DE RINGO
  • ANALYSE CRITIQUE ET HéRITAGE
  • CONCLUSION : UN ALBUM QUI FéDèRE SANS EGALER
  • RINGO
  • Jour où la Terre s’arrêta

Richard Perry

, le projet conserve l’esprit festif qui avait séduit le public, tout en ne réunissant plus les trois ex-Beatles simultanément comme ce fut le cas sur Ringo. C’est cependant

John Lennon

– dans la foulée de son propre album Walls and Bridges – qui participe le plus activement à l’élaboration de Goodnight Vienna, offrant le titre éponyme et impulsant l’idée d’une reprise vintage, «Only You (And You Alone)». à quoi ressemble ce nouveau disque de Ringo ? Comment parvient-il à maintenir un climat de légèreté et d’amusement dans un contexte post-Beatles parfois tendu ? Dans cet article, nous examinerons la genèse de l’album, ses enregistrements, ses collaborations, ses succès, ainsi que sa célèbre pochette inspirée de la science-fiction.

CONTEXTE : LA SUITE à DONNER AU SUCCèS DE

RINGO

L’année 1973 a été particulièrement faste pour Ringo Starr. Son troisième album, simplement intitulé Ringo, s’est hissé aux sommets des classements mondiaux, porté par deux singles numéro un aux états-Unis («Photograph» et «You’re Sixteen») et la présence conjointe des trois autres ex-Beatles (John Lennon, Paul McCartney, George Harrison) qui, bien que séparés depuis 1970, avaient chacun apporté chansons et guitares à l’entreprise. Face à cet exploit commercial et critique, Ringo entend consolider cette dynamique. Début 1974, il contacte à nouveau

Richard Perry

, producteur de Ringo, pour bâtir un nouvel album dans la même veine pop légère, teintée de rock et d’influences variées (country, R&B, etc.).

à ce moment-là, Lennon, de retour à New York après sa période de “Lost Weekend” (sa séparation temporaire d’avec Yoko Ono), s’active sur l’album Walls and Bridges. Ringo le sollicite pour une nouvelle contribution : «John, as-tu un morceau à me proposer ?» Lennon, ravi de l’enthousiasme de son ancien compère, écrit «(It’s All Down to) Goodnight Vienna». Le titre devient la pierre angulaire du futur album et son inspiration centrale.

LA PARTICIPATION DE JOHN LENNON : DEUX TITRES ET UNE SESSION

Bien qu’il ne soit pas aussi impliqué que sur Ringo (où trois ex-Beatles apparaissaient),

John Lennon

demeure la figure la plus marquante sur Goodnight Vienna, hormis Ringo lui-même. D’abord, il offre donc «(It’s All Down to) Goodnight Vienna», qu’il compose fin juin 1974. Lennon enregistre même une maquette avec les musiciens de Walls and Bridges, pour la faire parvenir à Ringo, afin que ce dernier puisse la découvrir et la retravailler. Ensuite, c’est Lennon qui suggère à Ringo de reprendre «Only You (And You Alone)», le fameux succès des Platters (1955). L’ex-Beatle va jusqu’à poser une guitare acoustique et un guide vocal sur la démo, que Ringo réenregistrera par-dessus, mélangeant la voix de Lennon avec la sienne pour créer une version inédite.

Enfin, Lennon parraine à distance la session, en participant brièvement à la production de ces deux chansons, avant de retourner à son propre disque. Notons qu’il s’agit donc du seul ex-Beatle présent sur Goodnight Vienna. Paul McCartney et George Harrison ne font pas partie de l’aventure cette fois-ci, même si l’un d’eux (Paul) aurait pu en théorie participer, comme il l’avait fait sur Ringo. Harrison restera occupé par d’autres projets, n’apportant pas de titre. L’album en pâtit peut-être un peu en termes de «label Beatles», mais le rôle moteur de Lennon satisfait largement le besoin de Ringo de garder un lien avec ses anciens camarades.

ELTON JOHN, HARRY NILSSON ET AUTRES INVITéS DE CHOIX

Pour compenser l’absence de Paul et George, Ringo sollicite

Elton John

, alors au faîte de sa popularité mondiale (il sort Caribou en 1974, puis Captain Fantastic and the Brown Dirt Cowboy en 1975). Elton, en duo avec son parolier

Bernie Taupin

, offre la chanson «Snookeroo» qu’il compose spécialement pour Ringo. Cette collaboration inattendue donne un morceau pop/rock dynamique, qui fait l’objet d’une sortie en single au Royaume-Uni.

Ringo retrouve également

Harry Nilsson

, ami fidèle, rencontré à plusieurs reprises dans les cercles Lennon-Ono. Nilsson, connu pour son style vocal et ses compositions originales, cède «Easy For Me», une ballade qu’il enregistrera plus tard lui-même sur son album Duit on Mon Dei (1975). On croise aussi divers musiciens prestigieux : Nicky Hopkins et Billy Preston aux claviers, Steve Cropper et Jesse Ed Davis aux guitares, Klaus Voormann à la basse, ou encore Dr. John au piano. L’orchestre est dirigé par Richard Perry, et l’on retrouve ici l’atmosphère chaleureuse et collective qui avait fait le succès de Ringo.

LES SéANCES D’ENREGISTREMENT : AOÛT 1974 à LOS ANGELES

C’est une fois de plus à

Los Angeles

, dans les studios

Sunset Sound Recorders

et

Producers Workshop

, que Ringo s’installe pour enregistrer Goodnight Vienna. Les sessions principales se tiennent durant l’été 1974, plus précisément en août. Richard Perry veille à reproduire l’ambiance «star-studded» de l’album précédent. On y voit donc défiler, jour après jour, des guitaristes, des pianistes, des choristes, chacun apportant sa patte sur des compositions parfois écrites à la hâte. Ringo, comme toujours, assure le chant principal, parfois la batterie, parfois quelques percussions. Il se retrouve entouré de Jim Keltner à la batterie sur certains titres, d’autres alternant le rôle de Ringo.

John Lennon se joint brièvement à la fête, supervisant la reprise de «Only You (And You Alone)» et la version définitive de «(It’s All Down to) Goodnight Vienna». Le tout se passe dans une atmosphère cool, où l’on plaisante, on jam, on multiplie les overdubs si nécessaire. Ringo veille à ce que l’esprit bon enfant demeure, lui qui apprécie la convivialité d’un collectif soudé.

Richard Perry, de son côté, applique sa touche pop soignée : orchestrations efficaces, cuivres soulignés, chœurs féminins de qualité, en bref, tout l’arsenal pour produire une pop radiant. Il n’est pas question de faire du rock psychédélique ou militant. L’objectif est de divertir, de poursuivre la success story de 1973.

LA POCHETTE : UNE RéFéRENCE à LA SCIENCE-FICTION

Si Ringo se distinguait par sa pochette façon show de cabaret, Goodnight Vienna frappe un grand coup avec une illustration inspirée du film

Le Jour où la Terre s’arrêta

(The Day the Earth Stood Still, 1951). Sur la pochette, on voit Ringo dans le costume du personnage Klaatu (joué par Michael Rennie dans le film), debout derrière le robot Gort, au pied de la soucoupe volante. Par montage photographique, la tête de Ringo remplace celle de Rennie, créant un effet à la fois kitsch et humoristique.

Le titre de l’album, “Goodnight Vienna”, fait d’ailleurs référence à une expression familière dans le nord de l’Angleterre qui signifie, grosso modo, «c’est fini» ou «c’est plié». Un brin ironique, Ringo se plaît à l’utiliser pour baptiser son disque, tout en lui donnant cet aspect science-fiction rétro. L’équipe créative derrière cet art (Roy Kohara à la direction artistique, Larry Emerine pour les photos internes) soigne la cohérence visuelle : on retrouve notamment des clichés en studio dans la pochette intérieure, formant un collage.

à noter que Terry Southern, écrivain américain cher à Ringo (il avait écrit The Magic Christian, film dont Ringo fut la vedette en 1969), est mentionné en post-scriptum dans les crédits : “By a Terry Southern book”. Un clin d’œil aux goûts littéraires de Ringo et à ses influences.

LES CHANSONS : DéTAILS ET COMPOSITIONS

1. (It’s All Down to) Goodnight Vienna

écrite par John Lennon, cette piste d’ouverture débute l’album sur un rock concis, rehaussé par la présence de Lennon au piano et à la guitare acoustique. Le refrain renvoie à cette fameuse formule signifiant «tout est fini». Ringo la chante avec entrain, soutenu par la production léchée de Richard Perry.

2. Occapella

Composition d’Allen Toussaint, «Occapella» est un morceau funky inspiré de la tradition New Orleans, où Ringo se défoule en chantant un air presque gospel. L’empreinte d’Allen Toussaint se ressent dans le groove du piano, le riff cuivré, et la légèreté des arrangements.

3. Oo-Wee

Coécrite par Vini Poncia et Ringo Starr, «Oo-Wee» propose un mid-tempo pop où Ringo s’amuse avec des chœurs féminins, rappelant l’ambiance de «You’re Sixteen». Les guitares, assurées notamment par Alvin Robinson ou Jesse Ed Davis, donnent une couleur rock’n’roll décontractée.

4. Husbands and Wives

Reprise d’une chanson de

Roger Miller

, «Husbands and Wives» apporte une touche country/ballade à l’album. Ringo montre son goût pour la country déjà exploré sur Beaucoups of Blues, mais avec un style plus proche de la pop californienne. L’interprétation est sobre, presque émouvante, alors que les paroles traitent des conflits et des ruptures au sein des couples.

5. Snookeroo

Offerte par Elton John et Bernie Taupin, «Snookeroo» se veut un morceau pop très entraînant, taillé pour la radio. Elton John y jouerait même des parties de piano, selon certaines sources. Les paroles racontent, d’après Taupin, la vie d’un gars fainéant, mais sympathique, un clin d’œil humoristique à l’image de Ringo. C’est une chanson qui sortira en single, surtout populaire aux états-Unis.

6. All By Myself

Signée Poncia/Starr, «All By Myself» est une pièce mid-tempo, presque soul, où on reconnaît la patte du producteur Perry dans les chœurs et la section de cuivres. Ringo y évoque la solitude, mais sur un ton relativement léger.

7. Call Me

Seul titre crédité uniquement à Ringo (sous son vrai nom Richard Starkey) sur cet album, «Call Me» illustre son style direct. Long de 4 minutes, ce morceau a été placé en face B du single «Only You (And You Alone)» aux états-Unis, avant même la sortie de l’album.

8. No No Song

Probablement le plus gros succès radiophonique de l’album aux états-Unis, «No No Song» est écrit par Hoyt Axton et David Jackson. Il raconte, de façon humoristique, la rencontre de Ringo avec des tentations diverses (drogues, alcool), qu’il repousse systématiquement en affirmant «no no». Catchy et ironique, le titre grimpera jusqu’à la 3e place du Billboard Hot 100, devenant le deuxième single majeur du disque.

9. Only You (And You Alone)

Reprise du standard de Buck Ram popularisé par The Platters en 1955, la version de Ringo découle de la suggestion de Lennon. John joue la guitare acoustique et guide Ringo sur la piste voix. Le résultat, porté par une orchestration soignée, offre un style doo-wop actualisé, occupant la 6e place dans les charts US. Elle est également numéro 1 dans le classement Easy Listening en janvier 1975. Un clip promotionnel est tourné sur le toit de la Capitol Records Tower, à Hollywood, avec un décor de soucoupe volante rappelant la pochette.

10. Easy For Me

Harry Nilsson cède cette ballade à Ringo. Les fans de Nilsson y reconnaissent le style tendre et mélodique du chanteur new-yorkais. Ringo s’y montre sincère, même si sa voix se trouve un brin en retrait par rapport à la richesse instrumentale. Nilsson enregistrera sa propre version peu après.

11. Goodnight Vienna (Reprise)

Clôturant l’album, cette reprise (très courte, 1 min 20) du morceau-titre renforce le concept : Ringo se contente de reprendre le refrain, dans une ambiance plus relâchée, presque festive, comme si l’on bouclait la boucle. C’est Lennon lui-même qui a demandé à Ringo d’ajouter une coda pour renforcer la cohésion de l’album.

SORTIE ET ACCUEIL PUBLIC

Le 11 novembre 1974, aux états-Unis, sort le single «Only You (And You Alone)», précédant de quelques jours la sortie officielle de l’album (15 novembre au Royaume-Uni, 18 novembre aux états-Unis). En Europe, le public découvre un Ringo se prenant pour un extra-terrestre dans la campagne promotionnelle, via un spot télévisé humoristique tourné au sommet de la tour Capitol. Lennon s’occupe même de la voix off, réciprocité d’une faveur puisque Ringo est la voix off de la pub pour Walls and Bridges de Lennon. Les deux compères montrent ainsi leur connivence médiatique.

Goodnight Vienna n’égale pas les chiffres incroyables de Ringo, mais se vend honorablement. Au Royaume-Uni, il se hisse à la 30e place des charts, hélas moins bien que l’album précédent. Aux états-Unis, il atteint la 8e place du Billboard 200, décrochant une certification gold pour ses bonnes ventes. Le single «No No Song» (b/w «Snookeroo»), publié le 27 janvier 1975 aux USA, monte jusqu’à la 3e place du Hot 100, preuve que l’album continue de produire des hits.

Dans certains pays d’Europe, l’album entre dans le top 10 (Autriche, Danemark, France). Ainsi, si Goodnight Vienna n’est pas un raz-de-marée à la hauteur de Ringo, il confirme l’attrait du public pour la formule pop emmenée par Starr, avec l’empreinte incontournable de Richard Perry à la production.

PROMOTION ET CLIPS FANTAISISTES

Comme mentionné, la campagne publicitaire se pare d’un ton science-fiction. Un mini-film tourné sur le toit de la Capitol Records Tower met en scène Ringo en scaphandre spatial, avec une soucoupe volante fictive et un gigantesque robot rappelant Gort. Harry Nilsson apparaît en peignoir, fumant et feuilletant un journal, tandis qu’une fanfare défile dans la rue. Cette séquence, réalisée par Stanley Dorfman, sert à promouvoir «Only You», diffusée le 19 décembre 1974 dans l’émission Top of the Pops de la BBC. On y aperçoit également John Lennon dans la version commerciale, qui assure la voix off pour signaler à l’auditeur de se procurer l’album Goodnight Vienna.

Dans un autre clip publicitaire, Ringo est «enlevé» par l’OVNI. Au milieu, les voix off de Ringo et Lennon échangent des plaisanteries du style :

  • Lennon : «Is that Ringo Starr advertising his new album Goodnight Vienna on Apple Records and tapes?»
  • Ringo : «It certainly is, John.»
  • Lennon : «My, you look so wonderful!»
  • Ringo : «Thank you! … Goodnight Vienna on Apple Records and tapes.»
  • Lennon : «It’s a pleasure, Ringo!»

Cette autopromo humoristique renforce l’aura de complicité entre ex-Beatles, bien que Paul et George ne soient pas impliqués. L’effet est réussi : la campagne suscite la curiosité, même si le marché britannique se montre moins réceptif qu’aux états-Unis, où Ringo reste en odeur de sainteté.

LES SINGLES : UN QUATUOR POUR DIFFéRENTS PAYS

  1. «Only You (And You Alone) / Call Me»

    • Sortie le 11 novembre 1974 (états-Unis).
    • Atteint la 6e place du Billboard Hot 100 et la 1re place du classement Easy Listening en janvier 1975.
  2. «No No Song / Snookeroo»

    • Sortie le 27 janvier 1975 (états-Unis).
    • Grimpe jusqu’à la 3e place du Hot 100, devenant un succès majeur de l’album.
    • Au Royaume-Uni, cette paire de titres ne paraît pas dans le même ordre, ni aux mêmes dates.
  3. «Snookeroo / Oo-Wee»

    • Sortie le 21 février 1975 (Royaume-Uni).
    • Ne parvient pas à entrer dans les classements britanniques, malgré sa popularité aux états-Unis comme face B de “No No Song”.
  4. «(It’s All Down to) Goodnight Vienna / Oo-Wee»

    • Sortie le 2 juin 1975 (états-Unis seulement).
    • La version single est un montage combinant la piste d’ouverture et la reprise finale, pour en faire un titre plus complet.
    • Se hisse à la 31e place du Hot 100.

Même si aucun de ces singles ne réitère le succès retentissant de «Photograph» ou «You’re Sixteen», «No No Song» demeure un tube marquant, souvent remis en avant dans les compilations de Ringo.

RéACTIONS ET CRITIQUES

Si Goodnight Vienna reçoit en général un accueil positif, la plupart des commentateurs s’accordent pour dire qu’il est un cran en-dessous de Ringo en termes de cohésion et de hits majeurs. Cependant, l’album est souvent décrit comme une suite honorable, preuve que Ringo sait encore fédérer autour de lui. Rolling Stone juge le disque «favorable», soulignant le caractère divertissant de la proposition, tandis que Billboard en fait un compte-rendu élogieux dans ses rubriques.

Robert Christgau

, critique au Village Voice, attribue la note B−, mentionnant que l’album est plaisant, sans révolutionner le genre.

Au fil des ans, la critique moderne tend à voir Goodnight Vienna comme la “companion piece” de Ringo, un disque certes moins ambitieux mais toujours chaleureux, rendu attachant par «No No Song», «Only You», et la participation de Lennon. Les fans de Beatles se plaisent à retrouver la trace de John dans la chanson-titre, acte de continuation de la collaboration Ringo-Lennon amorcée sur «I’m The Greatest».

RééDITIONS ET BONUS

Capitol

réédite l’album en

février 1981

en vinyle (pressage budget), avant qu’il ne connaisse une version remasterisée en CD le

30 novembre 1992

au Royaume-Uni (puis le 23 mars 1993 aux états-Unis). Cette édition comprend trois bonus :

  1. «Back Off Boogaloo» (1972)
  2. «Blindman» (face B de “Back Off Boogaloo”)
  3. «Six O’Clock (Extended Version)» de Paul McCartney, version plus longue que celle figurant sur Ringo (1973).

Cette réédition intègre donc un trait d’union supplémentaire avec l’ère Ringo et l’historique de Ringo au début des années 1970. Il est notable que l’on y ajoute «Six O’Clock (Extended Version)» ici plutôt que sur la réédition de Ringo, un choix étrange qui amuse les collectionneurs, tant la logique semble brouillonne. Par ailleurs, la réédition permet de redécouvrir la production polie de Richard Perry, dont la clarté sonore est rehaussée par les techniques numériques.

LE MYTHE AUTOUR DE LA SCIENCE-FICTION ET L’INSPIRATION DU TITRE

Le film Le Jour où la Terre s’arrêta (1951), réalisé par Robert Wise, raconte l’arrivée sur Terre de l’extra-terrestre Klaatu (Michael Rennie) et de son robot Gort, venus délivrer un message de paix. Sur la pochette de Goodnight Vienna, la tête de Ringo est incrustée sur le corps de Klaatu, se tenant près de Gort en bas de la soucoupe. Un clin d’œil pop-culturel qui amuse Ringo : fan d’images rétro, il aime l’idée de se mettre en scène en alien bienveillant venu à la rencontre du public. L’expression “Goodnight Vienna” peut se traduire par «tout est fini» ou «c’est plié», reflétant un humour typiquement britannique.

Dans certaines interviews, Ringo suggère qu’il apprécie les expressions du nord de l’Angleterre, et “Goodnight Vienna” en fait partie. Son usage comme titre intrigue la presse. On y voit un sous-entendu fataliste : “C’est la fin”, ou un simple gimmick. Quoi qu’il en soit, l’association avec l’imagerie SF renforce l’aspect ludique de l’album.

LE BILAN COMMERCIAL : UN SUCCèS RELATIF

En dépit de critiques plutôt positives, Goodnight Vienna ne reconduit pas l’exploit de Ringo dans les charts britanniques, où il plafonne à la 30e place. Aux états-Unis, l’album se classe tout de même numéro 8 du Billboard 200, décrochant la certification or. Dans d’autres pays, il grimpe dans le top 10 (Autriche, Danemark, France), ce qui reste satisfaisant pour un ex-Beatle en 1974-1975, alors que l’effervescence post-Beatles retombe peu à peu. Les singles «Only You» et «No No Song» se vendent bien, alimentant l’attrait pour l’album tout au long de l’hiver 1974-1975.

Sur le plan artistique, la comparaison inévitable avec Ringo amène certains à juger ce disque comme un petit frère moins abouti. Pourtant, l’inclusion de quelques titres marquants, la présence de Lennon, l’humour ambiant, et l’aspect coulé de la production garantissent à Goodnight Vienna une place solide dans la discographie de Ringo. Lui-même le perçoit comme une continuité naturelle, sans grande révolution, mais suffisamment consistante pour prolonger sa popularité.

LA PROMOTION TéLéVISéE ET L’HUMOUR STARR/LENNON

On ne peut évoquer Goodnight Vienna sans parler du spot publicitaire tourné sur le toit de la Capitol Records Tower. Réalisée par Vidtronics Company Inc. et menée par Stanley Dorfman, la séquence met en scène Ringo “enlevé” par une soucoupe volante, en écho direct à la pochette. John Lennon en assure la voix off, clamant :

«Is that Ringo Starr advertising his new album Goodnight Vienna on Apple Records and tapes?»
«It certainly is, John.»
«My, you look so wonderful!… Goodnight Vienna on Apple Records and tapes.»

Ringo répond : «Thanks John», puis Lennon conclut «It’s a pleasure, Ringo!». En un clin d’œil, le public voit la connivence, la légèreté. On a l’impression de revoir les sketchs humoristiques dont les Beatles étaient friands. Par ailleurs, juste après ce tournage, Ringo et Nilsson gravent le clip de «Only You», sur ce même toit, avec un immense robot et une soucoupe factice. L’auditoire de Top of the Pops (BBC) découvre ces images le 19 décembre 1974. Ce clip est depuis considéré comme un objet culte, reflétant la créativité publicitaire de l’ère 70’s.

LE CONTENU DES PAROLES : ENTRE HUMOUR ET SéRéNITé

Si l’on s’attarde sur le fond, Goodnight Vienna demeure un album globalement optimiste. Les textes de «No No Song» traitent sur un ton léger des sollicitations liées aux drogues, renvoyant à la tentation écartée. «Snookeroo» décrit un personnage (sans doute un peu autobiographique) qui préfère la musique, la bonne vie, sans se soucier de la carrière traditionnelle. Dans «Husbands and Wives», Ringo aborde les relations amoureuses sur un ton résigné. «Only You» illustre la veine romantique, inspirée des années 1950, tandis que «Easy For Me» ou «All By Myself» reviennent à un romantisme simple, parfois teinté de solitude. Le fil rouge reste un Ringo épanoui, qui s’amuse et veut divertir l’auditeur. On ne trouve pas de longs sermons ni de controverses, c’est de la pop mainstream, assumée.

UNE INFLUENCE PROLONGéE DANS LA SUITE DE LA CARRIèRE DE RINGO

Après Goodnight Vienna, Ringo poursuivra sa carrière, mais ne retrouvera plus vraiment les hauteurs de Ringo (1973). Ses albums suivants (comme Ringo’s Rotogravure en 1976) n’atteignent pas le succès espéré, malgré la poursuite de la formule “guests stars”. Il subit aussi le contrecoup de l’évolution des goûts du public, lassé de la pop pure et des anciens Beatles, au bénéfice du disco, du punk ou du hard rock. Cependant, Goodnight Vienna demeure un marqueur fort, prouvant que le succès de Ringo n’était pas uniquement lié à la participation massive de Lennon, McCartney et Harrison. Bien sûr, l’ombre de Lennon plane sur quelques titres, mais l’album dénote surtout la volonté de Ringo d’explorer divers répertoires (doo-wop, country, R&B) avec un ton léger et rassembleur.

ANALYSE CRITIQUE ET HéRITAGE

D’un point de vue critique, si Goodnight Vienna n’est pas salué comme un chef-d’œuvre, il est souvent qualifié de “suite agréable” ou de “second volet” à Ringo. Au fil des ans, les compilations de Ringo retiennent plusieurs morceaux phares : «No No Song», «Only You», «(It’s All Down to) Goodnight Vienna» et «Snookeroo», rappelant que l’album a produit une flopée de singles. Les fans se réjouissent de la petite touche Lennon sur deux morceaux-clés, tandis que les amateurs d’Elton John apprécient la patte de Bernie Taupin et Elton sur «Snookeroo».

La réédition CD de 1992/1993, agrémentée de bonus, attire l’attention sur la proximité artistique entre Ringo et ses amis, notamment Paul McCartney dont la version longue de «Six O’Clock» (extrait de Ringo) se retrouve étrangement ici. Le fait que la tracklist soit retouchée sur certaines éditions (ordre des chansons modifié, crossfade) intrigue les collectionneurs.

Sur un plan plus large, Goodnight Vienna témoigne de la stratégie de Ringo, dans la première moitié des années 1970, qui consiste à se nourrir de l’aura d’autres stars (John Lennon, Elton John, Harry Nilsson) pour fabriquer un disque pop plaisant, sans ambitions excessives, mais toujours joliment produit. Cette formule, bien que fructueuse en 1973-1975, ne suffira pas à pallier l’évolution du marché musical. Néanmoins, l’album demeure un jalon attachant, où Ringo arbore le déguisement SF et livre quelques tubes mémorables qui résonnent encore dans les setlists de ses tournées All-Starr Band.

CONCLUSION : UN ALBUM QUI FéDèRE SANS EGALER

RINGO

En somme, Goodnight Vienna se présente comme un prolongement direct de Ringo, rehaussé d’une patte Lennon sur deux titres, d’une chanson d’Elton John, et d’une reprise doo-wop qui fait mouche. Bien qu’il n’atteigne pas la performance spectaculaire de Ringo dans les charts, il s’installe tout de même dans le top 10 américain, génère plusieurs singles notables («Only You», «No No Song») et s’avère un best-seller comparé aux standards de la plupart des artistes. L’imagerie SF, le spot publicitaire humoristique, la pochette inspirée du

Jour où la Terre s’arrêta

et le casting prestigieux (Billy Preston, Klaus Voormann, Dr. John, Jim Keltner, etc.) couronnent un album festif et fédérateur.

Réécouter Goodnight Vienna aujourd’hui, c’est redécouvrir la simplicité joyeuse d’un Ringo au sommet de sa popularité, jouant l’hôte bienveillant dans un studio de Los Angeles rempli d’amis talentueux. Les critiques d’alors l’ont jugé «moins marquant que Ringo», mais la plupart reconnaissent que c’est un disque incontournable pour quiconque apprécie le versant pop accessible d’un ex-Beatle. Désormais, dans la postérité, Goodnight Vienna reste l’un des derniers grands succès de Ringo avant un long passage à vide commercial. Il symbolise la persistance d’une certaine magie, la collaboration fraternelle avec Lennon, et la volonté d’offrir au public une nouvelle fournée de mélodies légères, pour prolonger la fête entamée en 1973. “It’s all down to Goodnight Vienna” : une façon pour Ringo de signer son départ en soucoupe volante, avec le sourire et une batterie de tubes à fredonner.


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