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John Lennon : le coffret ultime des concerts « One to One » arrive

Publié le 28 mars 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

En octobre, les légendaires concerts « One to One » de John Lennon de 1972 seront enfin publiés dans un coffret complet, incluant audio restauré et images inédites. Sean Lennon réhabilite ainsi un moment crucial et méconnu de la carrière solo de son père


Mars 2025 aura marqué un tournant discret mais capital dans la postérité musicale de John Lennon. C’est au détour d’un épisode du Record Store Day Podcast animé par Paul Myers que Sean Lennon, fils du Beatle et gardien de son héritage artistique, a lâché une information qui enflamme depuis la communauté des passionnés : les deux concerts « One to One » de 1972 seront enfin publiés dans un coffret exhaustif, prévu pour le mois d’octobre.

Un demi-siècle d’attente, de frustration critique, et d’espoirs déçus semble ainsi prendre fin. Derrière cette annonce se dessine une volonté manifeste de réhabiliter un moment crucial, quoique souvent négligé, de la carrière solo de Lennon. Et pour cause : ces concerts, donnés au bénéfice des enfants handicapés, n’avaient jamais bénéficié du traitement qu’ils méritaient, ni sur le plan sonore ni visuel. Retour sur l’histoire mouvementée d’un témoignage scénique qui, plus que jamais, mérite d’entrer dans la légende.

Sommaire

Une double performance, un seul message

19 août 1972, Madison Square Garden, New York. John Lennon, accompagné de Yoko Ono et de la formation Elephant’s Memory, monte sur scène à deux reprises dans la journée, pour deux concerts destinés à soutenir l’association caritative One to One. Il s’agit des seuls véritables concerts solos de Lennon après la séparation des Beatles — un événement exceptionnel.

Plus qu’un simple happening musical, l’initiative porte en elle les stigmates d’un engagement profond. À cette époque, Lennon vit pleinement son exil américain, en proie à une surveillance constante du FBI, harcelé par les autorités migratoires, et engagé dans les luttes politiques de son temps. Le concert est à la fois un geste humanitaire et un acte de défiance contre le système. Un Lennon au sommet de sa conscience politique, en pleine période Some Time in New York City.

Mais sur scène, le message se pare d’une forme brute, presque punk avant l’heure. Les arrangements sont rugueux, les prestations parfois inégales, mais l’intensité émotionnelle et l’honnêteté sont palpables. C’est ce paradoxe qui fascine : un Lennon combattant, écorché, loin du polissage des années Beatles, offrant son cœur sur scène sans fard.

Le disque de 1986 : une trahison sonore

Le public aura dû attendre 1986, six ans après la mort de Lennon, pour obtenir une trace officielle de ce double concert : “Live in New York City”, un disque et un film produits sous la houlette de Yoko Ono. Mais très vite, la réception est mitigée. Les critiques comme les fans pointent une sélection arbitraire des titres, un mixage froid, une performance partiellement tronquée. Surtout, l’absence de morceaux interprétés par Yoko, volontairement écartés de la publication, suscite la controverse.

L’album est donc une version édulcorée de l’événement. Une sorte de compromis mal assumé, qui trahit l’essence même de ces concerts. John Lennon, passionnément engagé dans l’égalité artistique avec Yoko, n’aurait sans doute pas cautionné un tel écrémage. Pire : la production gomme l’aspect “live”, l’énergie brute, pour lui substituer une esthétique aseptisée.

Dans ce contexte, le projet confié plus tard à Jack Douglas, producteur historique de Lennon sur Double Fantasy, apparaît comme une tentative de rédemption.

Jack Douglas et l’ombre d’un projet oublié

Dès 2013, le nom de Jack Douglas refait surface. Yoko Ono lui aurait confié la mission de restaurer les concerts One to One, tant sur le plan sonore que visuel. Douglas, réputé pour son respect scrupuleux des intentions artistiques, s’attelle à un travail de restauration minutieux. Les bandes originales sont dépoussiérées, rééquilibrées. Les images filmées en 16mm sont numérisées en haute définition.

Mais le projet, inexplicablement, reste dans les limbes. Pendant plus d’une décennie, aucun signe de vie. Les fans désespèrent. Certains évoquent des blocages juridiques, d’autres des désaccords internes. D’autres encore murmurent que le projet devait initialement sortir en 2022 pour célébrer les 50 ans de Some Time in New York City, avant d’être repoussé sine die.

Et puis, le silence.

Sean Lennon, nouvel architecte de la mémoire

Il faudra attendre mars 2025, et la voix posée de Sean Lennon dans le Record Store Day Podcast, pour ranimer la flamme. Avec la ferveur méthodique qui a caractérisé son travail autour de la réédition Mind Games (2024), Sean annonce que le coffret intégral des concerts « One to One » sortira en octobre. Et pas seulement en version audio : des indices laissent penser que le film restauré pourrait aussi être inclus, ou du moins publié à part.

Le coffret devrait comprendre l’intégralité des deux concerts — matin et soir —, soit un panorama complet de l’événement tel qu’il s’est déroulé. Contrairement à l’édition tronquée de 1986, on peut espérer y retrouver les interventions de Yoko Ono, notamment “Sisters O Sisters” ou “Born in a Prison”, ainsi que la version inédite et poignante de “Come Together” ou encore le très rare “John Sinclair”, hommage au poète et militant emprisonné.

En d’autres termes, une restitution fidèle, sans filtre, d’un moment clé dans la vie de Lennon. Une archéologie musicale à la hauteur de l’enjeu.

“One to One: John and Yoko”, prémices visuelles

Pour les observateurs attentifs, les prémices de cette sortie étaient perceptibles depuis la diffusion du documentaire “One to One: John and Yoko”, en 2022. Ce film offrait déjà quelques extraits inédits, visuellement saisissants, des concerts au Madison Square Garden. Le grain de la pellicule 16mm, la richesse chromatique retrouvée, et le mixage sonore immersif laissaient entrevoir le potentiel du projet complet.

Ces bribes ont suffi à nourrir l’attente. Les fans, toujours prompts à décoder les moindres indices, y ont vu la confirmation que le travail de Douglas n’était pas perdu. Sean Lennon semble désormais déterminé à lui offrir la visibilité qu’il mérite.

Une œuvre de transmission générationnelle

Le geste de Sean Lennon ne saurait être réduit à une simple opération commerciale. Il s’agit d’un acte de transmission, dans la plus noble acception du terme. Depuis quelques années, Sean s’est imposé comme le véritable curateur du legs musical de son père. Avec un respect profond, mais aussi une volonté de mise à jour.

Contrairement à certains projets posthumes bâclés ou opportunistes, ceux initiés par Sean se distinguent par leur cohérence artistique. Il ne s’agit pas seulement de ressortir des archives, mais de leur redonner sens. En cela, la réédition des concerts One to One s’inscrit dans une logique plus large de réhabilitation de la période new-yorkaise de Lennon, trop souvent marginalisée.

Un Lennon combatif, viscéral, inaltéré

Les concerts One to One, ce sont les fulgurances d’un Lennon post-Beatles, déchaîné, électrique, mais aussi fragile. Ce sont des instants d’humanité brute, captés dans l’urgence, portés par une envie farouche de faire changer les choses. C’est Lennon face au pouvoir, face à lui-même, face à un public qu’il tente de réveiller.

C’est aussi un Lennon à la voix encore incandescente, au jeu de guitare mordant, s’éloignant des harmonies parfaites des Fab Four pour creuser dans la matière rugueuse de son époque. Aux côtés de Yoko Ono, il prend des risques, il trébuche parfois, mais il ose. Et dans ce vertige, se cache une vérité rare : celle d’un artiste en quête d’authenticité, loin de la nostalgie confortable.

Une reconnaissance attendue, un legs réaffirmé

Si la sortie de ce coffret tient ses promesses, elle constituera sans doute l’une des publications les plus importantes de l’année, bien au-delà du cercle des beatlemaniacs. Elle permettra de mieux comprendre l’évolution de Lennon, mais aussi de redonner ses lettres de noblesse à une période injustement décriée.

Ce sera aussi l’occasion de rappeler qu’un concert n’est pas seulement un enregistrement, mais un acte de présence, de risque, de communion. Et que ces deux prestations du 19 août 1972 étaient, plus que jamais, des cris d’amour et de rage lancés au cœur d’un monde en mutation.

Avec ce coffret, Lennon reviendra non comme une icône figée, mais comme un homme debout, amplificateur de son époque, et dont la voix, 53 ans plus tard, continue de vibrer avec une intensité troublante.


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