En 1987, Back On My Feet marque la première collaboration entre Paul McCartney et Elvis Costello. Reléguée en face B de Once Upon A Long Ago, cette chanson explore la détresse d’un vagabond avec une intensité poignante. Enregistré sous la direction de Phil Ramone, ce morceau annonce une série de compositions marquantes du duo, dont My Brave Face.
En 1987, Paul McCartney amorce une nouvelle ère de collaboration musicale qui s’inscrira parmi les plus marquantes de sa carrière solo. Parmi les morceaux issus de cette période, « Back On My Feet » se distingue comme une pièce fondatrice de son travail avec Elvis Costello. Bien que relégué en face B du single « Once Upon A Long Ago », ce titre marque la rencontre de deux générations d’auteurs-compositeurs britanniques.
Une rencontre musicale inédite
Avant leur première session d’écriture, les chemins de McCartney et Costello s’étaient déjà croisés. En 1979, le groupe de Costello, The Attractions, partageait l’affiche avec Wings lors du concert de charité pour le Cambodge, organisé au Hammersmith Odeon de Londres. Quelques années plus tard, alors que Costello enregistreImperial Bedroomaux studios AIR d’Oxford Street, McCartney travaille à la conception dePipes Of Peacedans le même complexe. Un pont s’érige alors progressivement entre les deux artistes, jusqu’à ce que le manager de McCartney suggère une collaboration formelle.
Une session d’écriture productive
Invité au studio personnel de McCartney, le Hog Hill Mill, Elvis Costello découvre un univers de création propice à l’expérimentation musicale. L’ancien Beatle apporte à leur première session un morceau presque achevé, « Back On My Feet ». Costello, dans son rôle de coauteur, affine certains éléments lyriques et introduit des modulations de perspective qui enrichissent la narration.
Le texte esquisse le portrait d’un vagabond, un « saint fou » dont le destin oscille entre compassion et indifférence. Costello décrit ce protagoniste à travers le regard des passants, une approche cinématographique qui accentue l’intensité émotionnelle du morceau. L’ajout d’une contre-mélodie souligne l’hostilité ou l’indifférence de ces observateurs anonymes :
Well there you go, though we tried hard to know him / It’s there on his face / He’s a case where there’s clearly no hope.
Cette approche contraste avec la tendresse mélodique de McCartney, témoignant d’une alchimie artistique naissante.
L’enregistrement et la production
« Back On My Feet » est enregistré le 9 mars 1987 sous la houlette du producteur Phil Ramone, collaborateur de renom qui avait déjà travaillé avec Billy Joel et Paul Simon. Aux côtés de McCartney, on retrouve Linda McCartney aux chœurs, Tim Renwick à la guitare électrique, Nick Glennie-Smith aux claviers et Charlie Morgan à la batterie. L’ensemble musical confère à la chanson une atmosphère à la fois poignante et dynamique, s’inscrivant dans la continuité du son sophistiqué de McCartney des années 1980.
Une sortie en demi-teinte mais un impact durable
Malgré la qualité du titre, « Back On My Feet » ne figure pas sur un album studio de McCartney. Il est publié en face B de « Once Upon A Long Ago » le 16 novembre 1987. Ce single connaît plusieurs versions : la 7″ comprend « Back On My Feet », tandis que les 12″ et CD single incluent des titres supplémentaires comme « Midnight Special », « Lawdy Miss Clawdy » et « Kansas City ».
Longtemps resté une rareté pour les collectionneurs, « Back On My Feet » refait surface en 2022 avecThe 7″ Singles Box, confirmant son importance dans l’histoire discographique de McCartney.
Un tremplin pour une collaboration fructueuse
Si « Back On My Feet » n’est qu’une face B, il préfigure une période prolifique de collaboration entre McCartney et Costello. Le duo produira par la suite plusieurs morceaux qui enrichirontFlowers In The Dirt(1989) etOff The Ground(1993), ainsi que des albums de Costello commeSpike(1989). Parmi les titres les plus marquants issus de leur partenariat, « Veronica » et « My Brave Face » montrent à quel point leur combinaison artistique est efficace.
Pour Costello, voir son nom aux côtés de celui de McCartney sur un disque représentait une forme d’accomplissement. Comme il le confiera plus tard dans son autobiographieUnfaithful Music & Disappearing Ink, la réception d’une copie du single avec ce crédit officiel restera un moment marquant de sa carrière.
Une face B au statut culte
Bien que souvent éclipsée par les titres plus connus du catalogue McCartney-Costello, « Back On My Feet » illustre la force de leur association musicale. Cette chanson, qui aurait pu figurer en bonne place sur un album, demeure un témoignage précieux de la naissance d’une des collaborations les plus inspirantes de la fin des années 1980. Pour les amateurs de McCartney et les passionnés de pop britannique, elle reste un bijou caché, reflet d’une époque riche en créativité.
