Magazine Culture

George Harrison et le cri du désir d’émancipation : l’histoire de « Wah-Wah »

Publié le 29 mars 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Parmi les joyaux de All Things Must Pass, l’album magistral que George Harrison livre en 1970, Wah-Wah se distingue comme un cri du cœur, un manifeste à la fois furieux et libérateur. Enregistré en pleine effervescence post-Beatles, ce titre, à la production dense et à l’intensité brute, porte en lui les stigmates d’un groupe en pleine implosion et d’un artiste désireux de s’affranchir de ses chaînes.

Sommaire

La genèse du morceau : une rupture salvatrice

Le 10 janvier 1969, en plein milieu des sessions tumultueuses du projet Get Back, George Harrison quitte brusquement les Beatles. Le climat au sein du groupe est devenu irrespirable : tensions répétées, désaccords artistiques et la présence constante de Yoko Ono alimentent les dissensions. La manière directive de Paul McCartney et l’attitude sarcastique de John Lennon ne font qu’accentuer son sentiment d’exclusion.

Harrison, las de se sentir relégué au second plan, décide de partir. C’est dans cet élan de colère et de frustration qu’il rentre chez lui et compose Wah-Wah. Le titre, à la fois référence à la pédale d’effet qui colore la guitare et métaphore d’une migraine lancinante, symbolise son ras-le-bol et sa volonté d’indépendance.

Un exutoire musical

Si My Sweet Lord incarne la quête spirituelle de George Harrison, Wah-Wah est son exorcisme personnel. Loin de la douceur mélodique de certains autres morceaux de l’album, ce titre déborde d’énergie brute. Avec ses guitares sursaturées, son mur du son caractéristique de Phil Spector et ses cuivres survoltés, il rappelle la puissance du rock psychédélique et du blues-rock.

L’enregistrement de Wah-Wah démarre en mai 1970, dans les studios EMI d’Abbey Road. La production de Spector pousse l’arrangement à son paroxysme, avec une multiplication des pistes instrumentales : guitares superposées, claviers flamboyants, batterie percutante et une section de cuivres qui accentue l’effet de saturation sonore.

La liste des musiciens est impressionnante : outre Harrison à la guitare et au chant, on retrouve Eric Clapton à la guitare solo, Klaus Voormann à la basse, Ringo Starr à la batterie, Billy Preston et Gary Wright aux claviers, ainsi que Bobby Keys et Jim Price aux cuivres. Les membres de Badfinger, Pete Ham, Tom Evans et Joey Molland, assurent les guitares rythmiques.

Un titre qui claque comme une déclaration d’indépendance

Wah-Wah s’inscrit dans une logique de rupture. Si John Lennon signera God, déclarant que « le rêve est fini », et que Paul McCartney sortira des ballades délicates, Harrison choisit le registre du rock brut. Il clame sa liberté retrouvée et sa volonté d’exister en dehors de l’ombre des Beatles.

Les paroles sont explicites :

« Wah-wah, now I don’t need to wah-wahs And I know how sweet life can be So I’ll keep myself free Of wah-wah, wah-wah, wah-wah »

Derrière l’apparente simplicité de ces vers se cache une véritable affirmation d’indépendance. Harrison revendique sa liberté, refusant d’être enfermé dans une dynamique oppressante. Son message est clair : il est débarrassé du poids des contraintes et peut enfin s’épanouir artistiquement.

De la scène au mythe

La puissance de Wah-Wah en studio trouve son écho sur scène. Le 1er août 1971, lors du Concert for Bangladesh au Madison Square Garden, Harrison ouvre son set avec ce titre, entouré d’un line-up de légende comprenant Eric Clapton, Ringo Starr et Leon Russell. L’interprétation live, plus aérée que la version studio, gagne en dynamique et en ferveur.

Par la suite, Wah-Wah demeure un pilier des rares apparitions live de Harrison. Lors du Concert for George en 2002, organisé en hommage au musicien disparu, le morceau est repris par Eric Clapton, Jeff Lynne et Billy Preston. Sa puissance n’a rien perdu de sa superbe.

Une production controversée

Malgré son statut de titre incontournable, Wah-Wah est aussi critiqué pour sa production extrême. Harrison lui-même reconnaîtra plus tard que le morceau aurait gagné à être épuré. Klaus Voormann, bassiste de l’album, confiera :

« Il savait que c’était surproduit. Quand on superpose autant de guitares acoustiques, le son devient étouffant. »

Phil Spector, fidèle à son approche maximaliste, avait pourtant prévu d’ajouter encore davantage d »éléments au mix, comme en témoigne une lettre adressée à Harrison le 17 août 1970 :

« WAH-WAH : Il manque encore un pont et peut-être un solo de Bobby Keys. Il faut aussi ajouter le chant lead et les chœurs. »

Malgré ces critiques, Wah-Wah demeure une pierre angulaire de l’album, incarnant l’explosion de créativité de Harrison post-Beatles.

Un cri de libération intemporel

Plus de cinquante ans après sa sortie, Wah-Wah résonne toujours avec la même intensité. Symbole de la renaissance artistique de George Harrison, ce morceau traduit la frustration et l’enthousiasme d’un homme qui, enfin, prend son envol. Avec ce titre, il ne se contente pas de tourner la page des Beatles : il ouvre un nouveau chapitre flamboyant de sa carrière, marqué par une quête de liberté et une vérité musicale indélébile.


Retour à La Une de Logo Paperblog