Sam Mendes signe un projet inédit : quatre films pour retracer la vie des Beatles, chacun centré sur un membre du groupe. Prévu pour 2028, ce biopic ambitieux explore l’intimité de Lennon, McCartney, Harrison et Starr, avec un casting jeune et audacieux, et l’accord historique des ayants droit.
Sommaire
- Un projet hors norme pour une légende hors du commun
- Le pari de l’intime : raconter les Beatles de l’intérieur
- Un casting générationnel entre flair et audace
- Une confiance historique : les Beatles donnent leur bénédiction
- Un genre en quête de renouveau
- Les Beatles, éternels phénix du grand écran
- Une attente à la mesure de l’événement
- Vers une réinvention des Beatles pour une nouvelle génération
Un projet hors norme pour une légende hors du commun
Il fallait bien une idée folle et inédite pour oser retracer l’odyssée des Beatles au cinéma. Plutôt que de condenser en deux heures l’histoire vertigineuse du groupe le plus influent du XXe siècle, Sam Mendes a choisi de la déplier, de l’étirer, de la fragmenter pour mieux en saisir la richesse. En avril 2028, pas un mais quatre longs-métrages viendront enchanter les écrans du monde entier. Quatre films, quatre regards, quatre destins liés et pourtant profondément distincts : ceux de John Lennon, Paul McCartney, George Harrison et Ringo Starr.
Un tel projet ne va pas sans audace, ni sans un profond respect pour la matière qu’il s’agit ici d’honorer. Car filmer les Beatles, ce n’est pas simplement raconter une histoire de musique. C’est ressusciter une époque, un souffle, une révolution. Et c’est, surtout, faire émerger l’humain derrière l’icône.
Le pari de l’intime : raconter les Beatles de l’intérieur
Depuis des décennies, le mythe des Beatles est inlassablement conté, disséqué, romancé. Des documentaires, des livres, des reconstitutions, des hommages, des comédies musicales… Tout semblait avoir été dit. Pourtant, Mendes touche là où peu se sont aventurés : dans l’intimité de chaque Beatle, dans ce que leur trajectoire personnelle dit non seulement d’eux-mêmes mais aussi de l’alchimie incroyable – et parfois destructrice – de leur groupe.
« L’histoire des Beatles est trop vaste pour tenir dans un seul film », explique le cinéaste britannique, oscarisé pour American Beauty en 2000. Il a raison. Le récit linéaire et global ne peut suffire. Ce que propose Mendes, c’est un kaléidoscope narratif, où chaque film s’articulera autour du point de vue d’un seul des membres, offrant des perspectives qui parfois se croisent, parfois se contredisent, comme autant de vérités simultanées. Loin de l’hagiographie, il s’agit ici de comprendre, d’approcher les fractures, les élans, les contradictions.
Un casting générationnel entre flair et audace
Sony Pictures, à qui l’on doit le financement du projet, a levé le voile fin mars 2025, lors du CinemaCon de Las Vegas, sur le casting tant attendu. Quatre acteurs au sommet de leur ascension, porteurs chacun d’un potentiel dramatique fort, ont été choisis pour incarner les mythiques Fab Four. Un choix qui, loin de chercher le mimétisme à tout prix, privilégie l’énergie, la profondeur et l’ambiguïté propres à chacun des personnages.
Harris Dickinson, 28 ans, sera John Lennon. Le londonien, remarqué dans Sans filtre (Palme d’or à Cannes 2022) puis dans Babygirl face à Nicole Kidman, possède cette intensité contenue, ce regard à la fois perçant et mélancolique qui sied à merveille au plus torturé des Beatles. Lennon, en perpétuel conflit entre la paix prônée et la colère contenue, entre l’amour universel et les fêlures intimes, demande un acteur capable d’habiter ses paradoxes. Dickinson semble taillé pour cela.
Paul McCartney sera incarné par Paul Mescal, 29 ans, autre étoile montante du cinéma mondial. L’Irlandais s’est imposé dans Aftersun, film déchirant de Charlotte Wells, puis dans Gladiator 2 de Ridley Scott, où il porte l’armure du héros Lucius. Il faudra à Mescal toute la souplesse de son jeu pour évoquer McCartney : le charme solaire, la maîtrise mélodique, mais aussi la solitude croissante de celui qu’on a parfois perçu comme l’architecte rigide du groupe. Une partition subtile, dont on attend beaucoup.
George Harrison, le plus introspectif, le plus spirituel aussi, sera interprété par Joseph Quinn. Si ce nom vous est familier, c’est qu’il a incarné Eddie Munson dans la saison 4 de Stranger Things, rôle qui a conquis une génération. Quinn, 31 ans, incarnera Harrison dans toute sa retenue, son élégance douloureuse, sa quête de sens au-delà des projecteurs. Il y a chez Quinn une sensibilité brute qui devrait servir à merveille celui que l’on surnommait le « Beatle silencieux ».
Enfin, Barry Keoghan, 32 ans, campera Ringo Starr. Celui que certains ont trop longtemps réduit à son statut de batteur bonhomme sera ici réhabilité dans toute sa complexité. Keoghan, révélé dans The Killing of a Sacred Deer et salué pour ses performances dans Les Banshees d’Inisherin ou Saltburn, possède cette étrangeté captivante, ce magnétisme singulier qui peut faire de Ringo une figure centrale, pivot discret mais essentiel à l’équilibre du quatuor.
Une confiance historique : les Beatles donnent leur bénédiction
Ce qui rend ce projet encore plus inédit, c’est la participation active des ayants droit. Pour la première fois, les membres survivants du groupe – Paul McCartney et Ringo Starr – ainsi que les familles de Lennon et Harrison, ont accordé les pleins droits sur leur vie et leur musique à un projet cinématographique. C’est un événement en soi. Cela signifie que Mendes pourra utiliser les chansons originales du groupe, mais aussi s’appuyer sur des documents, lettres, interviews et témoignages encore inédits.
Le projet a d’abord été annoncé en 2024. Un an plus tard, le tournage est sur le point de commencer et devrait durer plus d’un an. Les quatre films sortiront en rafale en avril 2028, dans un ordre encore non dévoilé. Cette simultanéité de sortie est elle aussi sans précédent, et constitue un événement majeur dans l’histoire du cinéma musical.
Un genre en quête de renouveau
Le biopic musical est un genre en perte de souffle. Après le succès critique et populaire de Bohemian Rhapsody (2018) ou Rocketman (2019), nombre de tentatives plus récentes ont peiné à convaincre. Trop codifiées, trop formatées, ces œuvres ont souvent été des vitrines lustrées, écartant l’ombre au profit de la lumière, la complexité au profit de la célébration.
Avec Mendes, le genre pourrait retrouver de sa noblesse. En déployant quatre films complémentaires, il s’autorise le recul, la nuance, la contradiction. Il s’autorise surtout le temps. Et ce temps est précieux : il permet d’approfondir les relations, de montrer comment la dynamique d’un groupe aussi exceptionnel est aussi le fruit de tensions, de frustrations, de générosité et de jalousie mêlées.
Les Beatles, éternels phénix du grand écran
Ce n’est pas la première fois que les Beatles s’invitent au cinéma. On se souvient bien sûr de A Hard Day’s Night (1964), film-culte réalisé par Richard Lester, qui capturait l’énergie folle de la Beatlemania naissante. Ou encore du psychédélique Yellow Submarine (1968), qui donnait une forme graphique à l’imaginaire surréaliste du groupe. Plus récemment, Yesterday (2019) de Danny Boyle, proposait une variation fantastique : un monde où seuls quelques élus se souvenaient des Beatles.
Mais jamais encore un cinéaste ne s’était attaqué à la totalité de leur trajectoire, en assumant frontalement la complexité humaine du mythe. Car si les Beatles sont devenus des légendes, ils furent d’abord – et c’est cela que Mendes veut nous rappeler – quatre garçons dans le vent, jeunes Liverpuldiens habités par la musique, la rage de réussir, la tendresse et la rivalité. Le cinéma peut, enfin, leur rendre justice.
Une attente à la mesure de l’événement
À trois ans de la sortie prévue, l’impatience grandit déjà dans les cercles de fans et d’historiens du rock. Sur les forums, les réseaux, les spéculations vont bon train : quels morceaux seront au cœur de chaque film ? Verra-t-on la création de Sgt. Pepper ? Le malaise du White Album ? Les tensions lors des sessions de Let It Be ? L’enregistrement mythique d’Abbey Road ? Et surtout, quel sera le regard porté sur les séparations, les blessures, les silences ?
Mendes a promis un traitement à la hauteur. Lui-même fan de longue date, il confiait avoir depuis longtemps rêvé d’un film sur les Beatles, avant de renoncer, pensant l’entreprise impossible. Ce n’est que lorsqu’il a envisagé cette approche dédoublée, cette structure en miroir, qu’il a compris qu’il tenait quelque chose d’unique.
Vers une réinvention des Beatles pour une nouvelle génération
Les Beatles sont immortels. Mais ils sont aussi, pour les nouvelles générations, parfois perçus comme des figures éloignées, sanctuarisées, figées dans la légende. Offrir leur histoire dans une forme cinématographique contemporaine, portée par des acteurs jeunes, au sommet de leur art, c’est aussi les rendre à nouveau accessibles, vibrants, vivants.
Ce que Sam Mendes tente ici, c’est un coup de dés cinématographique, un geste artistique ambitieux, risqué, mais nécessaire. Il redonne chair aux Beatles, il ose les incarner, les fissurer, les aimer. Et il nous invite à les redécouvrir non plus comme des statues de cire, mais comme ce qu’ils ont toujours été : quatre âmes humaines, extraordinaires, traversées par le feu sacré de la musique et par les tempêtes de la vie.
En avril 2028, les Beatles referont battre le cœur du monde. En quatre temps.
