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La Naissance du jour de Colette

Par Etcetera
Naissance jour Colette

J’ai beaucoup lu Colette quand j’étais jeune – disons entre vingt et trente ans – mais je l’avais un peu oubliée par la suite. Grâce à notre Cercle de lecture, où « La naissance du jour » a été choisi, j’ai pu renouer avec cette écrivaine fine et sensitive.

Ce livre a été lu dans le cadre du Printemps des Artistes car la plupart des personnages sont des écrivains ou des peintres : Colette, Carco, Segonzac, Hélène Clément.

Note Pratique sur le livre

Editeur : Flammarion (GF)
Année de première publication : 1928
Préface et chronologie par Claude Pichois
Nombre de pages : 167

Présentation du début de l’histoire

Ce livre se présente comme un récit autobiographique, écrit au présent. Pendant des vacances d’été, Colette vit dans sa maison de Provence, au bord de la mer. Elle fréquente un groupe de jeunes gens, écrivains et artistes, dont certains sont célèbres à l’époque (Carco, Segonzac), qui animent, pimentent et égayent ce séjour estival. Ils la traitent comme un maître respecté car elle a atteint la maturité – le milieu de la cinquantaine – et une grande renommée littéraire. Colette, pendant ce séjour, relit également les lettres de sa mère disparue, et s’émeut devant leur beauté. Parmi son groupe de jeunes amis, elle en a repéré deux, la jeune artiste peintre Hélène Clément et l’artisan tapissier Vial, qui l’intéressent tout particulièrement et qu’elle aimerait bien réunir en couple. Mais c’est sans compter avec les sentiments des intéressés et notamment de Vial, qui n’est pas indifférent au charme de Colette…

Mon Avis

Comme dans tous les livres de Colette, les descriptions poétiques de la nature, des paysages, des fleurs, des animaux, sont merveilleusement ciselées et m’ont ravie. On est comme devant des tableaux, dessinés, colorés, éclairés, animés, et j’ai pensé parfois au style très artistique de Julien Gracq.
La manière d’évoquer les caractères des personnages, les méandres de leurs intentions ou de leurs hésitations, les subtilités de leur psychologie, paraissent très minutieuses et d’une finesse extrême. Ces passages demandent de la concentration car Colette procède par allusions, ellipses, métaphores sophistiquées, pas toujours évidentes à interpréter, et le lecteur peut se laisse désarçonner s’il n’est pas totalement vigilant.
Nous sommes ici dans une autofiction qui mélange visiblement les éléments de réalité et les choses plus romancées, arrangées, voire idéalisées. Ainsi, on a l’impression que l’intrigue sentimentale autour d’Hélène Clément et de Vial est peut-être une invention de Colette, ou du moins la partie la moins véridique du livre. On sent que Colette pèse très soigneusement ce qu’elle nous révèle de sa propre personnalité, de ses réactions, de ses habitudes de vie ou de ses désirs. Bien qu’elle adopte souvent le ton de la confidence, ce sont des aveux très bien contrôlés, me semble-t-il, où elle prend garde de toujours soigner son image de grande dame, sage et bienveillante, plus expérimentée et donc plus perspicace que les autres. Elle semble surplomber royalement son petit cercle de jeunes amis artistes et les regarder avec une certaine distance attendrie. Elle a l’air aussi de leur préférer largement la compagnie des plantes et des bêtes, auxquels elle consacre la plus grande (et la meilleure) partie de ce livre. Par ce trait de caractère, elle se rapproche de sa mère dont une lettre – donnée en incipit – nous apprend qu’elle renonçait à un séjour chez sa fille pour le seul plaisir de voir fleurir son cactus rose. Une façon de nous prévenir d’emblée que la nature a plus de prix, aux yeux de sa mère et aux siens, que les relations humaines.
Un livre admirablement écrit, avec des descriptions exceptionnelles, des atmosphères poétiques… mais dont l’intrigue romanesque est assez mince et finalement très secondaire par rapport à la célébration de la nature, des sensations immédiates, des beautés de la Provence en été.

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Un Extrait Page 34

Une des grandes banalités de l’existence, l’amour, se retire de la mienne. L’instinct maternel est une autre grande banalité. Sortis de là, nous nous apercevons que tout le reste est gai, varié, nombreux. Mais on ne sort pas de là quand, ni comme on veut. Qu’elle était judicieuse, la remontrance d’un de mes maris : « Mais tu ne peux donc pas écrire un livre qui ne soit d’amour, d’adultère, de collage mi-incestueux, de rupture ? Est-ce qu’il n’y a pas autre chose dans la vie ? » Si le temps ne l’eût pressé de courir – car il était beau et charmant – vers des rendez-vous amoureux, il m’aurait peut-être enseigné ce qui a licence de tenir, dans un roman et hors du roman, la place de l’amour…

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Un Extrait Page 152

Les pins filtrent l’ondée ralentie ; en dépit de leur baume, des orangers mouillés et de l’algue sulfureuse qui fume en bordure de mer, l’eau du ciel gratifie la Provence d’une odeur de brouillard, de sous-bois, de septembre, de province du Centre. La grande rareté qu’un horizon brumeux sous ma fenêtre ! Je vois le paysage trembler, comme à travers une montée de larmes. Tout est nouveauté et douce infraction, jusqu’au geste de ma main qui écrit, geste depuis si longtemps nocturne. Mais il fallait bien fêter à ma manière la pluie, – et puis je n’ai de goût, cette semaine, que pour ce qui ne me plaît guère.

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Naissance jour Colette

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