À 84 ans, Ringo Starr continue d’incarner la paix, l’humour et la résilience. De son enfance difficile à Liverpool à sa carrière solo, il reste un pilier discret mais essentiel de l’héritage des Beatles.
À 84 ans, Ringo Starr fait partie d’un duo devenu mythique par l’absence : les deux derniers Beatles encore vivants. Et tandis que Paul McCartney incarne la majesté mélodique et l’empreinte créative du groupe, Ringo, lui, incarne autre chose. Quelque chose de plus discret, de plus humain, et peut-être, de plus essentiel. Il est la pulsation constante, le tempo de la fraternité, le cœur battant d’un monde qu’il refuse de laisser glisser dans le cynisme. Dans une époque fracturée, où la division semble être devenue une valeur commune, Ringo Starr offre encore, inlassablement, ses deux doigts dressés en signe de paix et d’amour.
Le voir aujourd’hui, toujours sur scène, à la tête de sa All Starr Band, c’est un miracle tranquille. Il n’est pas simplement une légende vivante. Il est la preuve qu’une vie de rock’n’roll peut aussi être une vie de résilience, de transformation, et même, de gratitude.
Sommaire
- Une vie comme un roman dickensien
- L’alchimiste du groove
- L’homme qui riait pendant la tempête
- Le survivant humble et reconnaissant
- Le cow-boy de Liverpool
- L’ambassadeur itinérant de la paix
- L’indispensable complice de McCartney
- Toujours la scène, toujours le groupe
- Une légende bien vivante
Une vie comme un roman dickensien
Né Richard Starkey dans le quartier pauvre du Dingle à Liverpool, le petit Ritchie a connu une enfance que certains biographes qualifieront plus tard de dickensienne. À six ans, il est terrassé par une péritonite ; les médecins annoncent à sa mère, à trois reprises, qu’il ne survivra pas à la nuit. Mais Ringo est un miraculé. Une première fois.
Ensuite vient la tuberculose, des mois d’hospitalisation, puis une révélation : la musique. Lorsqu’on lui tend un tambourin dans un hôpital pour enfants, quelque chose se passe. Ce jour-là, Ringo Starr est né. Pas encore le Beatle, mais déjà le percussionniste. L’orphelin des rythmes.
Il n’a jamais voulu faire autre chose que de jouer de la batterie. Et cette vocation viscérale le mènera, à force de concerts et de clubs enfumés, jusqu’à Rory Storm and the Hurricanes, l’un des groupes les plus populaires de Liverpool à la fin des années 1950. Et un jour, il reçoit un appel. Les Beatles veulent qu’il les rejoigne.
L’alchimiste du groove
Lorsque Ringo intègre les Beatles en 1962, le groupe devient instantanément plus soudé, plus organique. McCartney lui-même en témoigne : « Nous avons joué avec lui pour la première fois, et nous nous sommes tous regardés… Quelque chose venait de se passer. » Il n’est peut-être pas le batteur le plus technique de sa génération – Buddy Rich le qualifiait d’« adéquat, sans plus » – mais Ringo joue à la chanson, au feeling, et non à l’ego.
Il est le ciment. Celui qui tient les morceaux ensemble. Dans les moments d’extase comme dans les crises internes. Même lorsque les tensions explosent pendant l’enregistrement du White Album, et qu’il quitte brièvement le groupe, c’est vers lui que les Beatles se tournent pour recoller les morceaux. Ringo ne cherche jamais la lumière, mais sans lui, elle ne brille pas.
L’homme qui riait pendant la tempête
Starr a toujours été celui qui riait le premier. Celui qui désamorçait. Dans A Hard Day’s Night, il incarne ce mélange de nonchalance et de profondeur qui deviendra sa marque. Il se moque des conventions, des clichés bourgeois, et des phrases pompeuses. Son humour, sec, percutant, est aussi une arme de protection.
Ce n’est pas un hasard si Lennon et McCartney guettaient ses Ringo-ismes. Il en lançait sans y penser : a hard day’s night, rewind forward, slight bread… Des phrases qui semblent absurdes, mais qui captent quelque chose de fondamental, d’intuitif, de poétique même. Lennon, dit-on, le suivait parfois avec un carnet pour noter ses trouvailles.
Starr, c’est l’art de dire peu et de signifier beaucoup. Une philosophie de l’ellipse.
Le survivant humble et reconnaissant
La vie post-Beatles aurait pu broyer Ringo. Et pendant un temps, elle le fit. L’alcool, la solitude, l’effondrement d’un rêve collectif. Mais il remonta la pente, avec l’aide de sa femme Barbara Bach, avec qui il partage la sobriété depuis les années 1980. Ensemble, ils forment un couple solide, discret, mais dont la force irradie dans chacun des gestes du batteur.
Son nouvel album, Look Up, réalisé avec le producteur T Bone Burnett, est un chef-d’œuvre tardif. Un disque de country lumineux et apaisé, où les thèmes de la gratitude, du pardon, de la persévérance affleurent sans jamais sombrer dans le pathos. Le titre Thankful, en duo avec Alison Krauss, sonne comme une suite spirituelle de It Don’t Come Easy. Mais ici, Ringo ne supplie plus. Il remercie.
Le cow-boy de Liverpool
Le pays des cow-boys ? Pour un enfant du Dingle, c’était un rêve d’évasion. Un jour, adolescent, il écrira à la chambre de commerce de Houston pour savoir comment venir vivre près de Lightnin’ Hopkins. Sa passion pour la musique country ne date pas d’hier : Hank Williams, Gene Autry, Johnny Cash… ils font partie de son panthéon personnel.
Son tout premier album country, Beaucoups of Blues, en 1970, passera inaperçu. Mais avec Look Up, il revient au bercail. Et il le fait avec classe. T Bone Burnett le résume ainsi : « Même Octopus’s Garden est une chanson country, en fait. » Il y a, dans la voix de Ringo, ce mélange de mélancolie et d’ironie douce qui sied parfaitement à la country. Une voix qui sourit en pleurant.
L’ambassadeur itinérant de la paix
Ringo Starr a trouvé sa mission : offrir un antidote aux crispations du monde. Ce n’est pas un gourou, ni un prêcheur. Juste un homme qui, chaque 7 juillet à midi, invite la planète entière à dire « peace and love ». Depuis quelques années, l’événement est devenu mondial : jusqu’aux astronautes de l’ISS qui lancent le slogan en orbite.
Quand on l’interroge sur les crises du monde, il répond simplement : « Je ne peux pas vous forcer à être en paix. Je peux juste dire : Peace and love. » C’est peut-être naïf, mais c’est sincère. Et ça résonne.
L’indispensable complice de McCartney
Aujourd’hui, il ne reste plus que deux Beatles. Deux témoins d’un phénomène unique dans l’histoire de la musique. « Seuls nous deux savons ce que c’était », confie Ringo à propos de Paul. « Il n’y avait que nous quatre. On était un sandwich Beatles. »
Leur relation est faite de respect, d’admiration mutuelle, de souvenirs partagés. Ils se voient, se téléphonent, jouent ensemble parfois. En décembre dernier, lors d’un concert au O2 de Londres, McCartney l’a présenté ainsi : « The mighty, the one and only Mr. Ringo Starr. »
Toujours la scène, toujours le groupe
Depuis 1989, Ringo tourne avec sa All Starr Band. Une réunion de vieux amis musiciens, où chacun interprète ses plus grands tubes. Toto, Men at Work, Average White Band… et au centre, Ringo, qui chante With a Little Help From My Friends ou Photograph, et qui reprend place derrière la batterie, là où il est le plus à l’aise, là où il rajeunit.
Il ne cesse de dire que chaque tournée sera la dernière. Et puis une offre arrive. Dix concerts. Vingt. Et il repart. « J’ai besoin du groupe », dit-il. « Je suis un homme de groupe. Je ne suis pas un soliste. »
Une légende bien vivante
À 84 ans, Ringo Starr n’est pas un simple survivant. Il est une force active. Une icône humble. Un rappel que la légèreté, l’humour, la fidélité à soi-même peuvent être des vertus révolutionnaires. Il ne cherche pas à sauver le monde. Il l’invite simplement à lever les yeux.
Et c’est peut-être cela, le plus grand des miracles. Qu’un homme qui a vu le sommet du monde, et connu ses gouffres, continue, encore et toujours, à battre le rythme pour nous rappeler ce que veut dire être ensemble. Sans bruit. Sans rage. Avec paix. Et amour.
Ringo Starr. Le plus discret des Beatles. Le plus indestructible. Le plus tendre, aussi. Et si le monde avait encore besoin de lui, c’est sans doute parce qu’il incarne une chose devenue rare : la bienveillance faite homme. Long live the Beatle.
