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Julia Baird alerte : les Beatles sans l’accent de Liverpool ?

Publié le 05 avril 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Julia Baird, demi-sœur de John Lennon, critique le casting du biopic de Sam Mendes sur les Beatles : aucun acteur n’est originaire de Liverpool. Pour elle, l’accent et l’identité culturelle sont cruciaux. Le projet, ambitieux et novateur, suscite le débat sur l’authenticité dans les biopics.


Le monde entier a les yeux tournés vers le projet titanesque de Sam Mendes : une tétralogie cinématographique entièrement consacrée aux Beatles. Quatre longs-métrages, quatre perspectives, quatre regards croisés sur un phénomène culturel inégalé. Un pari audacieux, ambitieux, presque démesuré. Pourtant, bien avant la première prise de vue, une polémique vient gripper la belle mécanique : Julia Baird, demi-sœur de John Lennon, s’inquiète publiquement du choix des acteurs qui incarneront les Fab Four à l’écran. Et son grief est clair : aucun n’est originaire de Liverpool.

Dans une déclaration sans ambages au Telegraph, Baird a résumé son objection en une phrase cinglante : « Yes, of course. No one else can get that Liverpool intonation. Nobody. » Pour elle, l’authenticité vocale et culturelle des Beatles est non négociable. Et dans ce domaine, selon elle, seuls des comédiens Liverpuldiens pouvaient espérer atteindre la vérité.

Cette réaction, au-delà de sa portée émotionnelle, soulève une question cruciale dans le monde du biopic : jusqu’où faut-il aller pour rendre hommage à l’authenticité ? Le réalisme régional peut-il s’effacer derrière la puissance du jeu d’acteur ?

Sommaire

Sam Mendes et le pari de la quadruple narration

L’annonce de cette quadrilogie par Sam Mendes lors du CinemaCon 2025 a suscité un enthousiasme immédiat. Le concept en lui-même est novateur : chaque film sera centré sur un membre du groupe — John, Paul, George et Ringo — chacun avec son propre ton, sa propre esthétique, sa propre trajectoire. Une manière de déconstruire le mythe collectif en explorant les individualités, les failles, les fêlures et les éclats de lumière de ces quatre garçons dans le vent.

Le casting, lui, s’inscrit dans une logique générationnelle : Harris Dickinson prêtera ses traits à John Lennon, Paul Mescal endossera le rôle de McCartney, Barry Keoghan se glissera dans la peau de Ringo Starr et Joseph Quinn incarnera George Harrison. Quatre acteurs en pleine ascension, applaudis par la critique, et déjà familiers des rôles complexes et nuancés. Mais aucun d’eux ne possède l’accent de Liverpool dans ses gènes.

C’est là que le bât blesse pour Julia Baird.

L’accent liverpuldien, marqueur identitaire des Beatles

Pour les néophytes, cela pourrait paraître anecdotique. Après tout, un accent peut se travailler, se perfectionner, se simuler. Mais dans le cas des Beatles, le dialecte de Liverpool n’est pas un simple vernis linguistique : c’est un élément constitutif de leur identité.

Le « Scouse », cet accent si particulier du nord-ouest de l’Angleterre, mêle des influences irlandaises, galloises, écossaises et norvégiennes. Il est rapide, musical, souvent chantant, et s’accompagne d’un humour sec et d’un franc-parler typique de la classe ouvrière. Dans les années 60, entendre quatre jeunes hommes parler ainsi dans les médias nationaux représentait une rupture culturelle. C’était une manière de revendiquer ses origines, d’affirmer que l’on pouvait être issu des quartiers populaires et devenir une icône mondiale.

L’intonation, les tournures de phrases, l’attitude même — tout dans la manière de parler des Beatles participait à leur singularité. En faire abstraction dans un projet cinématographique aussi ambitieux, c’est risquer d’effacer une part de leur essence.

Julia Baird, témoin de l’ombre

La réaction de Julia Baird ne surprend guère ceux qui connaissent son parcours. Demi-sœur de Lennon par leur mère Julia Stanley, elle a grandi à Liverpool, dans une proximité directe avec le quotidien du jeune John. Depuis plusieurs années, elle s’est imposée comme une voix discrète mais passionnée dans la défense de l’héritage de son frère.

Elle ne détient aucun droit officiel sur l’œuvre ou l’image de Lennon — ces prérogatives étant entre les mains de Yoko Ono et du fils de John, Sean — mais elle incarne une mémoire familiale, une perspective intime que les grandes structures juridiques n’intègrent pas toujours. Lorsqu’elle affirme que Sam Mendes ne voudra jamais lui parler « because then he can’t make it up », c’est à la fois une pique ironique et une critique subtile : l’industrie préfère souvent les interprétations libres à la réalité brute.

Un casting talentueux, mais hors sol ?

D’un point de vue strictement artistique, le quatuor choisi par Mendes a de quoi rassurer. Paul Mescal, notamment, est salué pour sa profondeur émotionnelle. Barry Keoghan, quant à lui, brille par sa capacité à incarner des personnages ambigus et touchants. Harris Dickinson, déjà vu dans des rôles exigeants, possède une intensité intérieure qui pourrait s’avérer précieuse pour rendre la complexité de Lennon. Joseph Quinn, révélé par Stranger Things, bénéficie d’un capital sympathie indéniable.

Mais aucun d’eux n’est Liverpuldien. Deux sont irlandais, deux sont londoniens. Et même avec un entraînement linguistique intensif, les subtilités du « Scouse » risquent d’échapper à leur jeu. Or, pour les fans les plus fidèles — et ils sont légion — ce genre de détail peut faire la différence entre un hommage sincère et une reconstitution aseptisée.

Une tension constante entre fidélité et fiction

Ce débat n’est pas nouveau. Depuis des décennies, les biopics naviguent entre deux pôles : la reconstitution fidèle des faits et la liberté artistique. Le Bohemian Rhapsody consacré à Freddie Mercury a été applaudi pour son énergie mais critiqué pour ses approximations historiques. Rocketman, le film sur Elton John, a assumé sa dimension onirique, quitte à flirter avec la fantaisie. Elvis de Baz Luhrmann, enfin, a misé sur le spectaculaire au détriment parfois de la rigueur biographique.

Dans ce contexte, Mendes semble vouloir adopter une posture hybride : raconter une histoire fidèle dans ses grandes lignes, mais libérée de certaines contraintes réalistes. Le risque, évidemment, est que cette liberté se retourne contre lui si les spectateurs ne retrouvent pas leurs Beatles à l’écran.

Un groupe façonné par sa ville

Liverpool n’a pas seulement vu naître les Beatles : elle les a façonnés. Le port, les docks, les rues industrielles, les clubs comme le Cavern Club, les pubs, la mer grise, le ciel bas… C’est dans ce décor que John, Paul, George et Ringo ont forgé leur humour, leur mélancolie, leur goût du groove et de la dérision. Leur ville n’était pas un simple décor mais une matrice identitaire.

Oublier cela, c’est risquer de faire des Beatles une abstraction. Un mythe désincarné, hors-sol, coupé de ses racines. Le talent d’acteur ne peut pas tout, surtout quand le sujet est aussi incarné que les Beatles.

L’attente d’un miracle cinématographique

Il reste du temps. La sortie des quatre films est prévue pour 2028. Sam Mendes a donc encore quatre années pour peaufiner son approche, affiner son écriture, et peut-être, qui sait, ajuster certains choix. Il n’est pas exclu que des Liverpuldiens soient intégrés aux seconds rôles, ou que des coachs vocaux spécialisés soient recrutés pour guider les comédiens principaux.

Mais le défi est immense. Car au-delà des accents, c’est l’âme des Beatles qu’il faudra capter. Leur camaraderie, leur ironie, leur complicité, leurs disputes aussi. Cette alchimie unique qui a traversé les décennies et continue de toucher des millions d’auditeurs à travers le monde.

Et là, Julia Baird a peut-être raison : sans la voix de Liverpool, il manquera une note à la mélodie.

Ce projet de Mendes, s’il réussit son pari, pourrait redéfinir le genre du biopic musical. Mais il devra pour cela conjuguer fidélité historique, intelligence narrative, et respect des racines. En choisissant de ne pas engager de Liverpuldiens, il s’est imposé une difficulté supplémentaire. À lui de la surmonter. Car avec les Beatles, le public n’accepte rien de moins que l’excellence.


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