Parmi les nombreuses compositions des Beatles, It’s Only Love occupe une place particulière, non pas en raison de son succès ou de son impact sur la musique rock, mais plutôt à cause du regard critique que ses propres créateurs ont porté sur elle. Issue de l’album Help!, sorti en 1965, cette chanson, bien que mélodiquement riche, a été rejetée par John Lennon lui-même, qui la considérait comme l’une de ses pires créations. Pourtant, au-delà de ce jugement sévère, It’s Only Love mérite d’être réévaluée sous un prisme plus nuancé.
Sommaire
- Une composition rapidement évacuée
- Un travail harmonique intéressant
- L’enregistrement en studio
- Une réévaluation tardive ?
Une composition rapidement évacuée
Composée principalement par John Lennon, avec l’aide de Paul McCartney, It’s Only Love a vu le jour sous le titre de travail That’s A Nice Hat. Contrairement à d’autres morceaux de la période Help! qui témoignaient d’une plus grande profondeur lyrique et musicale, cette chanson semble avoir été conçue comme un simple exercice de style, un « remplissage » selon McCartney. Ce dernier, dans Many Years From Now, se souvient que certains morceaux ne faisaient pas l’objet d’une attention méticuleuse lorsque leur vocation était simplement d’étoffer l’album. Pour lui, ce n’était que du « rock ‘n’ roll », et non de la grande littérature.
Lennon, de son côté, a été encore plus catégorique. Dans une interview accordée à Hit Parader, il n’a pas caché son mépris pour la chanson, déclarant : « C’est une chanson que je déteste vraiment. Les paroles sont terribles. » Dans All We Are Saying, recueil d’entretiens avec David Sheff, il ira même plus loin en affirmant que It’s Only Love et Run For Your Life (issue de Rubber Soul) étaient ses morceaux les moins aimés de la période Beatles.
Un travail harmonique intéressant
Si les paroles peuvent sembler banales à Lennon, il n’en va pas de même pour l’aspect musical de It’s Only Love. Ian MacDonald, dans son livre Revolution In The Head, souligne que Lennon avait tendance à composer des mélodies « horizontales », reposant souvent sur des notes répétées, tandis que McCartney construisait des lignes plus « verticales », montant et descendant dans les gammes. Or, It’s Only Love surprend par une approche plus mélodique et des progressions harmoniques inattendues.
L’enchaînement des accords illustre une recherche poussée, loin de la simplicité à laquelle Lennon faisait référence. Cette sophistication mélodique se retrouvera plus tard dans Being For The Benefit Of Mr. Kite! en 1967, où Lennon réutilisera certaines idées explorées dans It’s Only Love.
L’enregistrement en studio
Le 15 juin 1965, les Beatles entrent en studio pour enregistrer It’s Only Love. La session d’après-midi aboutira à six prises, dont seulement quatre seront complètes. La version finale sera obtenue à partir de la sixième prise, sur laquelle Lennon doublera sa voix pour enrichir le rendu sonore.
L’instrumentation de la chanson repose sur un ensemble de cinq guitares : deux acoustiques (dont une à 12 cordes) et trois guitares électriques. Un effet de trémolo est appliqué à la Rickenbacker 12 cordes de George Harrison, conférant à la chanson une ambiance particulière, presque onirique. Ce choix de production, orchestré par George Martin et enregistré par Norman Smith, renforce l’identité sonore du morceau et lui apporte une texture distinctive.
En 1996, les fans ont pu découvrir une version alternative de It’s Only Love sur Anthology 2. Cette prise inédite révèle un travail encore en évolution, avec une partie de batterie de Ringo Starr qui préfigure celle qu’il utilisera plus tard sur In My Life, un autre chef-d’œuvre signé Lennon/McCartney sur Rubber Soul.
Une réévaluation tardive ?
Malgré le rejet de Lennon, It’s Only Love possède un charme indéniable. Elle illustre une période de transition dans l’œuvre des Beatles, où le groupe commence à explorer de nouvelles textures sonores sans pour autant abandonner totalement ses racines pop. Son inclusion sur Help! ne doit pas être vue comme une simple nécessité de remplissage, mais plutôt comme un témoignage d’un moment où Lennon et McCartney, parfois sous pression, devaient livrer des chansons à un rythme soutenu.
Aujourd’hui, si It’s Only Love n’est pas considérée comme un sommet de leur discographie, elle mérite néanmoins une écoute attentive. Son mélange de douceur acoustique et d’arrangements sophistiqués en fait une pièce unique, qui préfigure les expérimentations plus poussées que le groupe entreprendra quelques années plus tard. Peut-être n’est-elle « que de l’amour », mais elle est surtout une preuve que même les Beatles pouvaient sous-estimer leur propre génie.
