
Notes après un séjour en terre bordelaise...
Il faut des espaces de partage de la parole. Plus que jamais. Mon expédition bordelaise me le rappelle. Des espaces décloisonnés. C'est extrêmement difficile actuellement. J'avoue que c'est quasiment impossible. A moins de construire à partir d'un certain arc narratif et ouvrir progressivement le lieu, quand il grandit. Indépendamment de l'hommage des villes de Bordeaux et de Bègles au grand poète Gabriel Okoundji sur lequel je reviendrai, j'ai assisté à de belles rencontres. Ces espaces de littérature sont des lieux où la parole sonne juste. Elle dit la vérité des auteurs qui se mettent à nu et nous donne la possibilité d'interagir avec les failles qu'ils, qu'elles laissent transparaître.Pour la première fois, j'ai vu le professeur Jean Michel Devesa. Aujourd'hui à la retraite, en tant qu'enseignant. Mais romancier, désormais. Ecrivaillon dit-il avec beaucoup d'humour et fausse modestie. Mais, la vérité de la rencontre littéraire nous dit autre chose. Une désarmée des morts (éd. Le temps des cerises). Probablement la rencontre qui m'a le plus touché, non parce que je connais M. Devesa comme spécialiste de Sony Labou Tansi et pour avoir enseigné à Bayardelle, mais surtout parce que son roman convoque l'histoire de Bordeaux. J'ai besoin de personnages qui se meuvent dans l'Histoire. Sans que cela soit une fin en soi. Mais en évitant un entre soi qui exclut d'autres sujets de société à une période où beaucoup de choses deviennent incertaines. En attendant de lire ce roman. Les modérations étaient intéressantes. Je me rends que les ambiances du salon du livre de Paris ou de Genève me manquent où on avait de belles rencontres littéraires. J'ai retrouvé cela à Bordeaux. J'ai bien aimé Philippe Besson, maîtrisant sa communication autour de son nouveau roman sur le thème du harcèlement. Pour ces auteurs ayant dépassé la cinquantaine, je trouvais intéressant qu'ils, elles soulignent l'apparition de nouveaux mots. Harcèlement. Relation toxique. Maltraitance. Marie Nimier indique que lorsqu'elle a commencé à écrire, il y a quarante ans, ces termes n'existaient dans le débat public. Je rajouterai d'autres mots consentement, attouchement... Et ce qui est amusant, c'est que certains modérateurs, modératrices n'avaient pas conscience ou ont pu être surpris par la réaction des écrivains old school. A titre d'exemple, avec Constantin Alexandrakis, beaucoup plus jeune, on a pas eu ce genre de situation, de décalage. La littérature nous rappelle combien la société a évolué. Pour revenir à Philippe Besson, son regard, son enquête sur le harcèlement est très riche en enseignement. Elle nous dit aussi, ce qui importe pour lui. Être au plus près de la douleur, mieux la restituer et faire littérature, c'est trouvé le bon mot, pour toucher, là ou un essai, une idéologie nous laisse de marbre. C'est passionnant d'écouter un tel auteur expliquer sa démarche avec autant d'efficacité. Ça semble simple. Les mots de Constantin Alexandrakis étaient de mon point de vue moins fluides. La rencontre plus confuse, mais plus émouvante aussi. J'ai jeté un coup d'oeil à son roman L'hospitalité du démon qui touche aux questionnements d'un jeune père qui à l'occasion de la naissance de son enfant réalise qu'il a subi des attouchements. Comment faire ? La littérature est un moyen pour une approche, déconstruire des maux jusque là inconnus. Jean Michel Devesa rappelle dans sa séquence qu'il n'y a pas de monstre, que nous sommes tous des humains capables de monstruosités ou pas. Ce rappel nous empêche de diviser une humanité en deux compartiments : les humains et les monstres. Il n'y a pas de réhabilitation pour un monstre. C'est un nuisible à éliminer...J'ai découvert pour la première fois, en rencontre littéraire Marie NDiaye. En duo, en regards croisés avec un autre auteur. J'ai aimé la parole hésitante de Marie NDiaye, la complicité des deux auteurs, sur des thèmes différents. La question du père est revenue. Je ne connais pas assez son oeuvre. Mais les mots des écrivains sur scène en disent parfois quand elle parle de ce père venu d'un village minuscule, ayant grandi dans un contexte misérable. Certains accomplissements autorisent-ils l'abandon de nos proches ? Chacun de nous peut avoir une lecture sur le sujet. Ce que j'ai aimé dans cette rencontre, ce sont les vrais regards croisés d'auteur.es qui prennent le temps de se lire, qui se connaissent. C'est frais. C'est agréable.L'intime nous parle. Même si on aimerait que la littérature questionne les clivages de plus en plus profonds de la société française. Ecouter Marie Nimier et Florence Seyvoz sur le sujet de l'accompagnement de nos parents, de celles et ceux qui nous ont éduqué, me parle. Observer sous la plume des écrivaines, du moins ce qu'elles en disent, la perception du changement de l'ancienne autorité, les relations qui se complexifient. Devoir. Manipulation. Je vous parlerai de Gabriel Okoundji, dans le prochain sujet.
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