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Julian Lennon à 62 ans : une vie entre création, héritage et lumière

Publié le 08 avril 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Julian Lennon fête ses 62 ans et revient sur une vie marquée par l’héritage de son père, entre douleurs, créations multiples et engagement humanitaire. Musicien, photographe et militant, il s’impose aujourd’hui comme un artiste accompli.


Ce 8 avril 2025, Julian Lennon célèbre son 62ème anniversaire. L’occasion idéale pour revenir sur un destin unique, tissé d’art, de douleur, d’héritage et de résilience. Car être l’aîné de John Lennon, légende absolue de la pop culture du XXe siècle, n’est pas un simple privilège : c’est une marque brûlante sur l’âme, un fardeau parfois, une inspiration toujours. À 62 ans, Julian s’impose comme un créateur accompli, loin de l’étiquette encombrante de « fils de », maître d’une œuvre multiple qui traverse la musique, la photographie, l’écriture et l’humanitaire.

Sommaire

  • Un enfant dans l’œil du cyclone
  • Une adolescence marquée par l’absence
  • Les débuts prometteurs d’un musicien
  • Un artiste pluriel, à la croisée des disciplines
  • L’engagement humanitaire : une foi en l’action
  • Jude : l’album de la réconciliation
  • Une relation enfin apaisée avec l’héritage Lennon
  • Une vie sans enfants, mais riche de sens
  • À 62 ans, un homme accompli

Un enfant dans l’œil du cyclone

Julian Charles John Lennon naît le 8 avril 1963 à Liverpool. Il est le fruit de l’union de John Lennon et Cynthia Powell, alors mariés depuis un an. À peine âgé de quatre ans, il est déjà au cœur de la Beatlemania, et même indirectement l’un de ses artisans : c’est un dessin de lui représentant sa camarade de classe Lucy, flottant dans un ciel constellé, qui inspirera à son père la chanson psychédélique « Lucy in the Sky with Diamonds ». À la séparation de ses parents en 1968, il n’a que cinq ans, mais déjà une histoire lourde à porter.

Son père, happé par la passion fulgurante qu’il partage avec Yoko Ono, s’éloigne de lui. Julian entre alors dans une vie où le nom Lennon ouvre toutes les portes… mais où l’amour paternel reste un bien rare. « Paul et moi avions une relation plus proche que celle que j’ai eue avec mon père », confessera-t-il bien plus tard. Cette complicité avec McCartney se concrétisera dans une chanson devenue immortelle : Hey Jude, écrite à l’origine pour consoler le petit Julian du divorce de ses parents.

Une adolescence marquée par l’absence

L’adolescence de Julian se déroule dans l’ombre d’un père devenu une icône mondiale… mais inaccessible. Ce n’est qu’au milieu des années 1970, lors de la fameuse « Lost Weekend » où John Lennon s’éloigne temporairement de Yoko Ono pour vivre avec May Pang, que le père et le fils renouent quelque peu. John lui offre alors une guitare Les Paul et une boîte à rythmes : un geste qui marque le début d’une passion, et peut-être une réparation, bien tardive.

Mais cette trêve sera de courte durée. Le 8 décembre 1980, John Lennon est assassiné à New York. Julian, alors âgé de 17 ans, doit faire face à une nouvelle forme d’absence, irrémédiable celle-là. À la douleur s’ajoute l’humiliation : il est exclu du testament de son père, et doit engager une bataille juridique contre l’héritage Lennon, contrôlé par Yoko Ono. Il finira par obtenir un accord estimé à environ 20 millions de livres sterling. Une somme qui ne rachètera jamais les années perdues.

Les débuts prometteurs d’un musicien

Julian Lennon n’a jamais caché que la musique fut pour lui une thérapie. En 1984, il frappe un grand coup avec son premier album Valotte, produit par le légendaire Phil Ramone. Le disque séduit par sa mélancolie élégante et son habileté mélodique. Les titres Too Late for Goodbyes et Valotte entrent dans les charts, et l’accueil critique est plus que favorable. Pour beaucoup, Julian est enfin sorti de l’ombre du père.

Mais la suite est moins linéaire. The Secret Value of Daydreaming (1986) est mal reçu, malgré quelques éclairs comme Stick Around. Les années suivantes sont marquées par des albums inégaux et une exposition médiatique fluctuante. Le poids du patronyme Lennon pèse lourd, et Julian lutte pour exister en tant qu’artiste à part entière.

Son retour avec Photograph Smile en 1998, produit sur son propre label, montre un musicien apaisé, libre de ses choix. La critique salue alors un travail mature, bien qu’injustement ignoré par le grand public.

Un artiste pluriel, à la croisée des disciplines

Loin de se limiter à la musique, Julian Lennon embrasse, à partir des années 2000, d’autres formes d’expression. La photographie devient un domaine d’excellence. Son œil, sensible et contemplatif, capte les nuances de l’intime et du monde. Des expositions à New York, Miami, Los Angeles et plus récemment à Santa Monica (ATMOSPHERIA en 2023), témoignent d’une réelle légitimité artistique. Son livre Life’s Fragile Moments, publié en 2024, vient consacrer cette deuxième carrière.

Il est aussi auteur de livres pour enfants. Sa trilogie Touch the Earth, Heal the Earth et Love the Earth s’impose dans les meilleures ventes du New York Times, prônant une écologie bienveillante et accessible dès le plus jeune âge. En 2021, il publie The Morning Tribe, un roman graphique destiné aux pré-adolescents.

L’engagement humanitaire : une foi en l’action

Mais l’un des aspects les plus admirables de la trajectoire de Julian Lennon réside dans son engagement philanthropique. En 2007, il fonde The White Feather Foundation, un geste symbolique né d’un souvenir poignant : son père lui aurait promis de lui envoyer un signe après sa mort… sous la forme d’une plume blanche. Un présage devenu mission.

TWFF soutient des causes essentielles : l’accès à l’eau potable, la préservation des cultures autochtones, l’éducation des filles, et la sauvegarde de l’environnement. En 2015, après le séisme au Népal, la fondation contribue à hauteur de 106 000 dollars à la reconstruction. Elle a déjà attribué plus de 50 bourses scolaires à des jeunes filles défavorisées, à travers l’Afrique, l’Europe et les États-Unis.

Julian ne se contente pas de signer des chèques : il se rend sur le terrain, notamment au Kenya, en Éthiopie ou en Colombie. En 2020, il coproduit Kiss the Ground, un documentaire salué pour sa pédagogie sur l’agriculture régénératrice. En 2022, il finance également Women of the White Buffalo, un film centré sur les femmes de la réserve lakota de Pine Ridge.

Jude : l’album de la réconciliation

Son dernier album, Jude, sorti en 2022, est peut-être le plus personnel. Le choix du titre est éminemment symbolique : c’est la première fois qu’il assume pleinement ce surnom donné par McCartney. « L’appeler Jude, c’était affronter qui je suis. Une manière de faire la paix avec mon histoire », confie-t-il.

Les chansons, composées sur plusieurs décennies, évoquent les guerres intérieures et les tensions du monde. L’album est salué comme un accomplissement introspectif, sincère et musicalement abouti. En 2024, il en dévoile une nouvelle version du morceau I Should Have Known, remixé par Spike Stent, preuve qu’à 61 ans, il n’avait rien perdu de sa curiosité artistique.

Une relation enfin apaisée avec l’héritage Lennon

Lentement mais sûrement, Julian Lennon semble avoir apprivoisé le fantôme du père. S’il fut longtemps critique envers l’hypocrisie perçue entre le message de paix de John et son comportement familial, il choisit aujourd’hui le pardon. En enregistrant Imagine en 2022 au profit de l’Ukraine, il a envoyé un message fort : celui d’un fils qui, sans renier ses blessures, embrasse désormais la lumière.

Il reste proche de Paul McCartney, malgré une courte brouille en 2011 lorsqu’il ne fut pas invité au mariage du bassiste des Beatles. Depuis, les liens ont été renoués. McCartney a même fourni à Julian le manuscrit original du mot « Jude » pour la pochette de l’album éponyme. Il entretient aussi une relation fraternelle avec Sean Lennon, son demi-frère, et conserve des liens affectueux avec May Pang, qui a immortalisé la seule période heureuse qu’il ait connue avec son père.

Une vie sans enfants, mais riche de sens

Julian Lennon ne s’est jamais marié et n’a pas eu d’enfants. Une décision assumée, qu’il relie à son histoire familiale : « Je ne voulais pas reproduire ce que j’avais vécu », avouait-il en 2011. Il vit désormais à Monaco, dans une sérénité discrète, entouré de ses amis, notamment le prince Albert II.

En 2020, il subit l’ablation d’un grain de beauté cancéreux, et en 2024, il évoque une nouvelle biopsie en attente de résultats. Mais ces épreuves, loin de l’affaiblir, semblent renforcer chez lui une lucidité, une volonté de transmission, un attachement profond à la beauté du monde et à l’introspection.

À 62 ans, un homme accompli

Julian Lennon a désormais 62 ans. Il n’est plus seulement le fils de John. Il est photographe, écrivain, musicien, militant, homme libre. Il a forgé sa voix, son style, sa vision, en résistant aux orages et en refusant de se définir par le nom qu’il porte.

L’histoire retiendra que Julian Lennon fut bien plus qu’un reflet. Il est un créateur à part entière, et à sa manière, un passeur de lumière. Au moment où le monde salue son 62e printemps, il est permis d’espérer que la plume blanche entrevue jadis continue de guider ses pas.


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