Couverture chez Points
Ces deux poèmes sont extraits du recueil de 1954, Clair-obscur, un recueil tardif du poète (il avait la soixantaine) qui use de formes poétiques assez classiques (presque toujours des quatrains rimés – souvent en alexandrins ou en octosyllabes, mais d’autres rythmes sont possibles comme l’hexamètre ou l’heptamètre).
J’ai aimé lire ce recueil, où on ressent une lointaine influence de Mallarmé, avec des constructions de vers parfois alambiquées, une virtuosité dans la façon d’amener la rime, l’usage de temps en temps de mots rares. Mais, bien sûr, la poésie de Cocteau sonne plus moderne, plus claire et plus légère, que celle de son prédécesseur du 19e siècle. Egalement, l’humour est présent dans certains de ses poèmes.
L’été dernier, j’avais déjà publié une chronique sur ce recueil de Cocteau, dont voici le lien ici.
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J’ai acheté ce livre aux éditions Points poésie, il était initialement publié aux éditions du Rocher.
Il fait 184 pages.
Quatrième de Couverture
Publié en 1954, Clair-Obscur rassemble une centaine de poèmes. Ce livre chante la désillusion du poète devant le monde moderne et sa révolte devant l’altérité du temps. Fidèle à son génie, Cocteau conjugue humour et gravité. Il rend aussi hommage aux peintres et écrivains qui l’inspirèrent et à l’Espagne, pays qui lui était cher.
Note biographique sur le poète
Jean Cocteau, né en 1889 et mort en 1963, est un des principaux poètes français du 20e siècle, artiste aux multiples talents, romancier, dessinateur, peintre, auteur de théâtre et cinéaste. Il fut ami d’Apollinaire, d’Anna de Noailles, d’Erik Satie, de Radiguet, de Diaghilev, de Picasso et de nombreux artistes d’avant-garde des années 1910-20-30. Il fut l’ami de l’acteur Jean Marais. Il fut élu à l’Académie française en 1955.
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Page 157
Hommage à Jérôme Bosch
Toi qui toi que toi dont toi ventre de cornue
L’échelle de grenouille et la bulle du Pape
Et les mystérieux vignobles de Priape
Et la honte du couple à la licorne nue
Et le verger absurde et le cortège en marche
Vers lui-même et le vent dans une voile d’os
Soufflé par le postérieur d’un patriarche
Te poussant à l’Escurial Dionysos
Et ton rire caché derrière une main vierge
Et le monde effrayé par la foudre d’un pet
Les paradis perdus et les larmes de cierge
Formant un lac en bas on ne peut plus suspect.

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Page 155
Second Hommage à Vélasquez
Quel feu par le bas flambe et vous gonfle les jupes
Effrayante poupée un supplice espagnol
Peut-être de sorcière inadmise du sol
Dont vous allez partir sous forme de tulipe.
Entraîné par les rouges-gorges de vos mains
Par un mouchoir votre appareil en grande pompe
Tient par un fil encore et l’apparence trompe
D’un catafalque rose avec ses gardes nains.
La fière montgolfière est infante on s’en doute
A ce jeune squelette au seuil du pourrissoir
A ce signe d’adieu que présage un mouchoir
A ce pinceau planté dans le cœur qu’il envoûte.

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