Paul McCartney, l’un des plus grands génies musicaux du XXe siècle, a toujours été un homme en quête d’excellence. Pourtant, même lui n’a pas pu échapper à l’implacable loi des chiffres, ces statistiques qui semblent dicter la valeur d’un artiste ou d’un album. La fin des années 1970 a marqué un tournant difficile pour McCartney, notamment avec la sortie de Back to the Egg, un album controversé de Wings, qui a connu un accueil bien en deçà des attentes. Retour sur cet épisode complexe de la carrière de Sir Paul.
Sommaire
- Les Beatles : des sommets inégalables
- Wings : l’ascension laborieuse d’un nouveau groupe
- Back to the Egg : une déception inattendue
- La réhabilitation tardive d’un album sous-estimé
- Le poids des chiffres et la résilience de l’artiste
Les Beatles : des sommets inégalables
Il faut d’abord comprendre le poids de l’héritage laissé par les Beatles. Avec 20 numéros un au Billboard aux États-Unis et 15 albums classés numéro un au Royaume-Uni, le groupe a redéfini le succès commercial et culturel dans l’histoire de la musique. Les Beatles étaient plus qu’un phénomène musical ; ils étaient un véritable mouvement culturel, capable de transformer tout ce qu’ils touchaient en or. Dans un tel contexte, il était presque impossible pour Paul McCartney de retrouver des sommets comparables dans sa carrière post-Beatles.
Comme McCartney l’a souvent confessé, cet héritage a été à la fois une bénédiction et une malédiction. Chaque projet post-Beatles était inévitablement comparé à l’âge d’or du groupe, une pression écrasante pour un artiste qui ne cherchait qu’à explorer de nouvelles voies.
Wings : l’ascension laborieuse d’un nouveau groupe
Après la séparation des Beatles en 1970, McCartney a lancé sa carrière solo avant de former Wings avec sa femme Linda et d’autres musiciens. Les débuts de Wings ont été marqués par des critiques mitigées, mais le groupe a peu à peu trouvé son rythme. L’album Band on the Run (1973) a été le point culminant de cette période, remportant un énorme succès commercial et critique. Il s’est classé numéro un dans plusieurs pays et a prouvé que McCartney pouvait encore captiver les foules, même loin de l’ombre des Beatles.
Cependant, le succès de Wings n’a jamais été uniforme. McCartney a travaillé d’arrache-pied pour maintenir un rythme de production effréné, produisant presque un album par an. Ce rythme, qui avait été sa marque de fabrique avec les Beatles, allait finalement le rattraper.
Back to the Egg : une déception inattendue
En 1979, Wings sort Back to the Egg. Conçu comme un album ambitieux mêlant des éléments de rock, de punk et de nouvelles expériences sonores, il est le fruit de longues sessions d’enregistrement. Pourtant, l’album ne trouve pas son public. Il se vend mal, échoue à se hisser en haut des classements et subit un accueil glacial de la critique. Certains journalistes n’hésitent pas à qualifier l’album de « désastre », accentuant l’épuisement moral et créatif de McCartney.
Dans une rare confession, McCartney a admis que cet échec l’avait durement touché : « Linda et moi étions tellement déçus. Nous nous sommes dit : ‘Mon Dieu, c’est un fichu album terrible.’ » À ce moment-là, la fatigue accumulée par des années de créativité intense se faisait sentir. Comme il l’a rappelé plus tard : « J’ai fait un putain de disque par an pendant longtemps. » Cet épuisement n’a fait qu’aggraver son sentiment d’échec face à la réception de Back to the Egg.
La réhabilitation tardive d’un album sous-estimé
Malgré la déception initiale, Paul McCartney n’a jamais totalement renié Back to the Egg. Avec le recul, il a exprimé un certain attachement à cet album, reconnaissant que son jugement avait pu être altéré par l’accueil négatif de l’époque. En 1997, il déclarait : « Mon fils l’a ressorti récemment et il n’est vraiment pas aussi mauvais que je le pensais. »
McCartney a également admis que certaines paroles et mélodies avaient été bâclées, mais il reste persuadé que l’album recèle des trésors méconnus. Cette conviction reflète un phénomène courant dans l’industrie musicale : certains albums jugés « mineurs » à leur sortie finissent par être réévalués des années plus tard. Dans le cas de Back to the Egg, des titres comme Arrow Through Me ou Old Siam, Sir ont trouvé une nouvelle audience, et l’album commence à être vu comme un témoignage des expérimentations de McCartney à la fin des années 1970.
Le poids des chiffres et la résilience de l’artiste
L’échec relatif de Back to the Egg illustre la difficulté, même pour un artiste de la trempe de McCartney, de se défaire de la tyrannie des statistiques. Pourtant, cet épisode témoigne également de la résilience de l’artiste. Malgré les critiques, McCartney a continué à avancer, explorant de nouvelles directions musicales et consolidant un héritage qui dépasse largement les chiffres de ventes.
Ce que l’histoire de Back to the Egg nous apprend, c’est qu’un album ne se résume pas à ses statistiques commerciales. Les œuvres d’art, même les moins comprises à leur sortie, peuvent trouver leur place dans les mémoires collectives grâce au temps et à la réévaluation critique. McCartney, lui, a prouvé qu’il était bien plus qu’un numéro dans les classements : un véritable créateur, porté par une quête incessante d’expression musicale.
