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10 avril 1967 : Une journée historique : Paul McCartney, les Beach Boys et une étonnante collaboration

Publié le 10 avril 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Le 10 avril 1967, Paul McCartney rejoint brièvement les Beach Boys en studio à Los Angeles pour enregistrer la chanson “Vega-Tables”. Cet instant, entre réalité et légende, symbolise l’esprit créatif et la complicité entre les Beatles et les Beach Boys, deux géants de la pop en quête d’expérimentation.


En ce 10 avril 2025, la communauté musicale francophone se penche sur une date qui, malgré son caractère discret à l’époque, a fini par marquer les esprits : le 10 avril 1967. Ce jour-là, Paul McCartney, figure éminente des Beatles, rejoint brièvement les Beach Boys en studio, à Los Angeles, pour une collaboration inattendue. Dans l’univers mouvementé de 1967, cette simple rencontre porte pourtant une valeur symbolique forte : elle incarne le lien entre deux groupes majeurs de la pop, chacun engagé dans la réalisation d’albums révolutionnaires. D’un côté, les Beatles poursuivent l’élaboration de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, promis à un immense succès ; de l’autre, Brian Wilson et ses acolytes se débattent avec le projet Smile, dont le potentiel colossal se heurte à mille obstacles. Aujourd’hui, la presse dédiée aux Beatles et les passionnés de musique célèbrent cet instant, tiraillé entre la réalité et la légende : Paul McCartney aurait croqué bruyamment dans des légumes pour agrémenter la chanson “Vega-Tables”. Retour sur une journée qui, par son énergie et son audace, a façonné un pan de l’histoire de la pop.

Sommaire

  • Le contexte californien : entre fêtes et créativité sans bornes
  • Paul McCartney en break américain : une parenthèse de dix jours
  • La session légendaire : l’enregistrement de “Vega-Tables”
  • Des témoignages multiples, un mystère persistant
  • Un instant d’échange musical autour de “She’s Leaving Home”
  • L’impact sur l’histoire de la pop et sur la relation Beatles-Beach Boys
  • L’ambiance nocturne de Los Angeles
  • Après la session : le retour de Paul et l’achèvement de Sgt. Pepper
  • Un symbole de l’époque : l’audace et la complicité
  • Des sources journalistiques et le rôle de Derek Taylor
  • Un héritage durable et un anniversaire célébré
  • Un instant de grâce au carrefour des imaginaires
  • Une célébration toujours d’actualité
  • Un jalon dans la mythologie pop
  • Une date gravée dans la mémoire collective

Le contexte californien : entre fêtes et créativité sans bornes

Au printemps 1967, Los Angeles vibre d’une effervescence artistique remarquable. La musique californienne, boostée par The Mamas & The Papas, les Byrds, Buffalo Springfield ou encore Love, ne cesse de s’inventer. Au cœur de ce bouillonnement : Brian Wilson et les Beach Boys, dont l’album Pet Sounds (1966) a ouvert de nouvelles perspectives sonores et influencé bien au-delà des frontières américaines. À l’autre bout de l’Atlantique, les Beatles s’emploient à achever Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band dans les studios d’Abbey Road. Pour eux, 1967 marque une rupture définitive avec l’ère des tournées : désormais, la créativité en studio prime. Les deux groupes se lancent donc dans un véritable bras de fer amical, chaque avancée dans l’un des camps stimulant l’autre à aller plus loin.

C’est précisément cette ambiance propice à l’expérimentation qui explique la place prise par le projet Smile. Brian Wilson a en tête une “teenage symphony to God”, un album ambitieux voué à surpasser Pet Sounds. De nombreuses sessions se déroulent depuis la fin de l’année 1966, dans un contexte parfois confus. Les répétitions s’enchaînent, ponctuées d’idées subites et d’arrangements complexes. L’équipe de Brian Wilson tente de donner corps à un concept où s’enchevêtrent harmonies vocales, collages sonores et bruitages insolites.

Face à cette émulation, Paul McCartney, compositeur prolifique, observe de loin la progression des Beach Boys. Il sait qu’ils peuvent rivaliser avec la quête artistique menée par les Beatles. L’admiration est réciproque : Brian Wilson reconnaît depuis longtemps l’influence des Fab Four, tout particulièrement l’album Rubber Soul, qui l’a poussé à élaborer Pet Sounds. Les rumeurs courent : et si les deux univers finissaient par se croiser de façon concrète, dans un même studio, à Los Angeles ?

Paul McCartney en break américain : une parenthèse de dix jours

C’est dans ce climat d’effervescence que Paul McCartney décide de s’accorder, début avril 1967, une pause loin de Londres. Bien que l’enregistrement de Sgt. Pepper ne soit pas entièrement terminé, il souhaite surprendre sa compagne Jane Asher, qui fête ses 21 ans le 5 avril à Denver. Il embarque pour les États-Unis le 3 avril en compagnie de Mal Evans, l’assistant et ami fidèle des Beatles. Denver devient alors, pendant quelques jours, un havre de tranquillité pour Paul. Entre moments passés avec Jane et découvertes du Colorado, il s’offre un répit mérité après de longues heures passées en studio à peaufiner “Lucy In The Sky With Diamonds”, “She’s Leaving Home” et les autres morceaux qui composeront bientôt Sgt. Pepper.

Le 9 avril, Paul et Mal s’envolent vers Los Angeles. Ils y demeurent brièvement, le temps d’une escale avant de regagner Londres. Le séjour californien n’est pas prioritairement dédié à la musique, du moins pas officiellement. Paul profite de ces heures de liberté pour flâner, faire du shopping, revoir des connaissances comme John et Michelle Phillips, dont le groupe The Mamas & The Papas incarne le style chaleureux et vocalement abouti de la côte Ouest. L’agenda du Beatle reste relativement souple, si bien qu’il peut décider, à tout moment, d’aller saluer n’importe quel artiste local.

La session légendaire : l’enregistrement de “Vega-Tables”

Le 10 avril 1967, l’opportunité se présente : après une courte halte chez John et Michelle Phillips, Paul, vêtu d’un costume blanc et chaussé de souliers vernis, se rend au studio où se trouvent les Beach Boys. Brian Wilson est en pleine session sur la chanson “Vega-Tables”. Son titre parle de légumes, son ambiance se veut légère et décalée. L’idée, portée par Brian, consiste à enregistrer des bruits de mastication pour donner une texture vivante et humoristique au morceau. L’inspiration tient autant de la boutade que de la volonté de briser les conventions.

Lorsque Paul McCartney fait son apparition, l’ambiance est électrique. Plusieurs témoins se souviendront de sa silhouette élégante, de l’éclat de son costume et de sa curiosité immédiate pour le projet. Brian Wilson, manifestement ravi de l’accueillir, lui tend de la carotte, du céleri ou du concombre afin qu’il participe à ce chœur de croqueurs. McCartney, pris au jeu, s’exécute en rythme, ponctuant le morceau de son propre bruit de mastication. Le témoignage d’Al Jardine, qui dirige alors la partie vocale, va dans ce sens : il raconte avoir vu Paul se joindre à l’excentricité générale, apparemment amusé par l’initiative.

Dans les années qui suivent, Paul lui-même évoquera cet instant, parfois en riant, parfois en admettant n’avoir aucun souvenir précis de la scène. Dans un documentaire de 2001, il souligne que de telles situations, dans la Californie psychédélique de 1967, pouvaient aisément se perdre dans les méandres de la mémoire. Mais dans une interview de 2016, il confirme volontiers être allé en studio pour “manger un bout de céleri” au nom de l’expérimentation sonore.

Des témoignages multiples, un mystère persistant

L’authenticité de cet enregistrement ne sera jamais formellement établie. Les bandes de la session “Vega-Tables” ne conservent pas, en effet, de trace évidente de Paul McCartney. Les spécialistes ayant épluché (sans mauvais jeu de mots) les archives de The Smile Sessions ne trouvent ni dialogue mentionnant Paul, ni voix reconnaissable. Mark Linett, qui a co-produit ces mêmes sessions, signale que les micros enregistraient des bruits de légume et des échanges de paroles, mais aucune voix identifiée de McCartney.

Pourtant, des récits concordent : Marilyn Wilson, alors épouse de Brian Wilson, décrit une scène où Paul, accoudé près de la console, trempait des bouts de légumes dans du sel avant de les croquer. Diane Rovell, belle-sœur de Brian, se remémore la surprise de l’arrivée de Paul. Rodney Bingenheimer, futur animateur légendaire de la station KROQ, rappelle avoir crié “TV dinners!” pendant la même séance, à titre de plaisanterie.

En résumé, chacun s’accorde à confirmer la présence de Paul, qui aurait bien participé au spectacle, tandis que d’autres affirment que les sons sur les bandes ne permettent pas de l’identifier formellement. Cette contradiction nourrit la légende : l’enregistrement d’un Beatle croquant des légumes serait quelque part enfoui, ou peut-être a-t-il été effacé par la suite. Les fables de la pop music s’écrivent souvent dans cet entre-deux, où le témoignage humain se heurte à la réalité technique.

Un instant d’échange musical autour de “She’s Leaving Home”

La présence de Paul McCartney dans le studio ne se résume pas à quelques morceaux de carotte. Plusieurs témoignages relatent que, au cours de la séance, Paul se serait installé au piano pour interpréter “She’s Leaving Home”, chanson déjà en phase avancée d’enregistrement pour Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band. Brian Wilson et les autres Beach Boys auraient été émus par cette mélodie délicate, qui paraîtra quelques semaines plus tard sur l’album-culte des Beatles.

D’autres récits affirment aussi que Paul, fier de présenter des avant-premières, aurait fait écouter un acetate de “A Day In The Life”. Cette composition ambitieuse, fruit d’un travail commun entre Lennon et McCartney, deviendra le point d’orgue de Sgt. Pepper. Al Jardine, dans les notes de la réédition de Smiley Smile, se souvient ainsi de la voix de Paul sur le talkback, l’encourageant pendant la prise de “Vega-Tables”. Puis, au moment d’une pause, il aurait écouté “A Day In The Life”, impressionné et peut-être un brin envieux de l’assurance créative des Beatles.

Ce partage de chansons illustre la complicité entre deux géants de la pop. Les Beach Boys se savent attendus au tournant après la réussite de “Good Vibrations”. Les Beatles, quant à eux, sont près de livrer ce qui restera l’un des albums les plus influents de l’histoire. Les échanges de cette nuit du 10 au 11 avril cristallisent un moment décisif, où l’admiration réciproque devient palpable.

L’impact sur l’histoire de la pop et sur la relation Beatles-Beach Boys

Cette rencontre incarne la suite d’un jeu de miroirs amorcé dès 1965-1966. Brian Wilson a souvent expliqué que Rubber Soul avait nourri son désir de repenser l’album pop comme un ensemble cohérent, plaçant Pet Sounds dans cette lignée. Les Beatles, impressionnés à leur tour par la sophistication et la sensibilité de Pet Sounds, se sont investis corps et âme dans Sgt. Pepper, osant de nouvelles formes, poussant l’expérimentation toujours plus loin. La soirée du 10 avril 1967, si brève fût-elle, confirme cette émulation mutuelle.

Certes, la session “Vega-Tables” n’est pas déterminante dans la réalisation de Smile, qui restera inachevé. Mais elle témoigne des liens étroits qui unissaient les deux groupes, dépassant la simple notion de concurrence. Le mythe de Paul McCartney croquant un légume en studio devient, avec le recul, un symbole. Il y a là l’idée que la musique pop, en 1967, se permettait toutes les excentricités. Il ne s’agissait plus d’obéir à un format de single calibré pour la radio, mais de surprendre l’auditeur, de jouer avec les sons, de chambouler les attentes.

Derek Taylor, attaché de presse des Beatles puis proche collaborateur des Beach Boys, soulignera dans plusieurs articles publiés durant ce mois d’avril 1967 l’importance de cette entente. Il y voit une fraternité entre deux groupes pionniers, l’un de Liverpool, l’autre de Californie. Dans ses chroniques, il compare parfois leurs rencontres à des croisements de grands peintres à travers l’histoire, préfigurant la notion de “supergroupes” et de collaborations hors normes qui se multiplieront dans les décennies suivantes.

L’ambiance nocturne de Los Angeles

À l’issue de la session, la soirée ne se termine pas pour autant. Brian Wilson et Paul McCartney prolongent l’échange chez John et Michelle Phillips, quelque part dans les hauteurs de Laurel Canyon ou dans un quartier cossu de Los Angeles. Les guitares circulent, les voix s’entremêlent, tandis que la nuit californienne vibre au rythme de ces idoles de la pop rassemblées dans un seul et même salon. Dans ce cadre informel, la créativité se nourrit des rencontres spontanées.

À cette époque, Los Angeles est un carrefour artistique : David Crosby (alors membre des Byrds) ou Roger McGuinn ne sont jamais très loin. L’idée de croiser un Beatle dans une fête n’a rien d’incongru. Les artistes se retrouvent pour improviser, échanger des harmonies, tester de nouvelles substances parfois, prolonger la fête jusqu’à l’aube. Paul McCartney, pourtant figure mondialement connue, circule avec une relative aisance grâce à Derek Taylor, qui le guide à travers la ville.

Au petit matin, selon diverses sources, Paul repart vers son hôtel, la tête remplie de musique et d’images. Il doit encore profiter de quelques heures à Los Angeles avant de regagner Londres, là où les studios d’Abbey Road attendent son retour. Sgt. Pepper n’est plus qu’à quelques semaines de sa sortie, et la promotion s’annonce intense. Brian Wilson, de son côté, reste hanté par l’exigence de Smile, projet qui, à ce stade, a déjà commencé à l’oppresser.

Après la session : le retour de Paul et l’achèvement de Sgt. Pepper

Le 11 avril, Paul McCartney et Mal Evans quittent finalement la Californie. De retour à Londres, Paul reprend le fil des enregistrements de Sgt. Pepper. Les mixages finaux sont imminents. Le groupe doit désormais façonner le son définitif, retoucher les orchestrations, et finaliser la pochette iconique. Le contexte est très différent de celui qu’il vient de vivre à Los Angeles : à Abbey Road, le travail s’avère plus méthodique, presque scientifique, sous la houlette du producteur George Martin.

Le 1er juin 1967, la sortie de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band bouleverse la scène musicale internationale. L’album reçoit un accueil dithyrambique, rapidement érigé en chef-d’œuvre. On en salue la cohérence, la richesse instrumentale, l’audace. La presse voit dans “A Day In The Life” un morceau pivot, annonciateur d’un tournant pour la musique pop, mélangeant ambiance orchestrale et collage sonore. Dans l’esprit de Paul, il est probable que la visite chez les Beach Boys n’ait fait que renforcer l’importance de l’expérimentation.

Les Beach Boys, de leur côté, peinent à finaliser Smile. Brian Wilson, en proie à des troubles psychologiques et à de vives tensions internes au sein du groupe, finit par abandonner le projet. Des fragments de “Vega-Tables” apparaissent toutefois sur l’album Smiley Smile, paru en septembre 1967. La version finale ne reflète plus l’ambition initiale de Smile. Elle garde toutefois quelques touches de fantaisie, peut-être héritées de ces nuits passées à mâchouiller des légumes au micro.

Un symbole de l’époque : l’audace et la complicité

Aujourd’hui, l’épisode du 10 avril 1967 représente davantage qu’une simple anecdote. Il illustre l’excentricité assumée d’une époque où les musiciens ne craignaient pas de tenter des aventures sonores inédites. Les Beatles et les Beach Boys, en dépit de la distance géographique et des styles distincts, partageaient une même volonté de dépasser les limites convenues.

En 1967, l’idée de convoquer des bruits de légumes dans une chanson pop relevait presque de la performance artistique. En outre, la présence de Paul McCartney, alors au sommet de sa popularité, dans un studio californien, témoigne d’une curiosité insatiable. Les deux groupes se nourrissaient mutuellement, cherchant à enrichir leurs palettes respectives. Et même si l’enregistrement exact de Paul en train de mâcher une carotte demeure introuvable, cette image a participé à forger un folklore que les fans continuent de célébrer chaque année.

Ces réminiscences servent aussi à rappeler que, derrière le culte planétaire, les Beatles et les Beach Boys étaient d’abord des amis, des musiciens passionnés. Ils se retrouvaient parfois dans des instants simples, comme cette jam-session improvisée où Paul joue “She’s Leaving Home” devant un Brian Wilson ému. Loin des projecteurs, ces moments hors norme permettent de mieux comprendre la dynamique de ces groupes mythiques.

Des sources journalistiques et le rôle de Derek Taylor

Au-delà des témoignages oraux, la presse spécialisée de l’époque éclaire cette journée sous un angle parfois lyrique. Derek Taylor, plume de talent, publie le 22 avril 1967 dans Disc And Music Echo un article sur la visite furtive de Paul à L.A., décrivant une ambiance féerique. Il évoque la création d’un single des Beach Boys en présence du Beatle, ce qui, selon lui, n’arrive pas tous les jours.

Il insiste aussi sur l’amitié qui se noue alors avec John et Michelle Phillips, ou encore sur l’excitation autour des titres inédits des Beatles. Dans un autre texte pour Cashbox en septembre 1967, il s’étend sur la rencontre entre Brian Wilson et Paul McCartney, y voyant un face-à-face artistique majeur, digne de deux grands peintres se côtoyant. Taylor se plaît à accentuer la dimension quasi-mythique de ces instants, conscient que la presse et les fans raffolent des récits grandioses.

Les articles de Derek Taylor, aussi romancés soient-ils, renforcent l’empreinte historique de cette session. Ils témoignent aussi d’un univers médiatique en plein essor, où la notoriété des Beatles et des Beach Boys dépasse largement le cadre des États-Unis ou de l’Angleterre. Au fil des années, ces comptes rendus se combinent à d’autres sources, scellant l’ascendant légendaire du 10 avril 1967.

Un héritage durable et un anniversaire célébré

Si l’on célèbre encore cette date aujourd’hui, c’est parce qu’elle reflète la fraternité musicale qui animait la fin des années 1960. Brian Wilson, dans certaines interviews, évoque avec émotion la venue de Paul McCartney, louant son élégance et son talent. Al Jardine reste lui aussi élogieux quant à l’attention portée par Paul à son travail. Pour les amateurs d’archives, cette collaboration, même minime, concentre toute l’énergie du moment : deux géants, deux visions complémentaires de la pop, décidés à repenser la musique comme une expérimentation totale.

En 2025, on pourrait croire que tout a été dit sur cette rencontre. Pourtant, la fascination reste intacte. Chaque commémoration du 10 avril amène son lot de spéculations, de petites phrases exhumées. Les forums de fans s’animent autour des hypothèses : Paul a-t-il vraiment été enregistré ? Les bruits de céleri subsistent-ils ? L’auditeur le plus pointilleux tend l’oreille, prêt à jurer qu’il discerne McCartney au milieu des mastications. Le flou qui entoure cette question entretient la magie.

La portée de ce bref passage dépasse largement le cadre de “Vega-Tables”. Elle symbolise l’idée que l’histoire de la pop s’écrit aussi dans ces épisodes informels, quand la spontanéité autorise toutes les folies, même la mise en scène d’un légume dans un micro. De la même façon que les Beatles ont ouvert la voie à une approche plus audacieuse du studio, Brian Wilson a cherché à casser les schémas et à plonger dans une créativité multiforme. Leur entente, fût-elle ponctuelle, immortalise l’esprit de 1967 : liberté, curiosité, et complicité.

Un instant de grâce au carrefour des imaginaires

Au fond, le 10 avril 1967 n’a rien changé à la face du monde : aucun single révolutionnaire n’est né de cette session, aucun contrat n’a été signé, aucune tournée n’a été annoncée. Les Beach Boys n’ont pas résolu leurs problèmes internes, les Beatles n’ont pas enregistré de morceau commun avec Brian Wilson. Et pourtant, la rencontre a cristallisé un instant parfait, suspendu hors du temps. On y voit un Paul McCartney serein, loin de la pression londonienne, prêt à s’aventurer dans le studio d’autrui pour un simple geste ludique. On y voit un Brian Wilson exalté, l’esprit en ébullition, toujours prêt à pousser plus loin le concept d’une chanson.

Dans le paysage médiatique, cette histoire procure un récit alternatif : celui d’une pop music où la fraternité l’emporte sur la concurrence. Ce que retient la mémoire collective, c’est la photo mentale d’un Paul tout de blanc vêtu, souriant, tenant une carotte, sous le regard hilare de musiciens californiens déjà passablement exaltés. Que la bande d’origine ne permette pas d’authentifier la mastication n’a aucune importance. Ce qui compte, c’est que l’anecdote illustre la ferveur créative et la joyeuse excentricité d’une époque aujourd’hui mythifiée.

De nombreuses années plus tard, Paul McCartney reproduira le geste en 2002 pour le groupe Super Furry Animals, comme un clin d’œil à ce lointain épisode. La filiation entre ces deux moments, à trente-cinq ans d’écart, montre la longévité du mythe. Paul lui-même s’amuse de ce souvenir, comme pour confirmer qu’il fait partie intégrante de sa légende personnelle.

Une célébration toujours d’actualité

En 2025, alors que l’on se penche sur l’histoire des Beatles avec une minutie toujours plus grande, le 10 avril 1967 suscite encore l’engouement. Sur les sites francophones dédiés aux Fab Four, des passionnés échangent sur la nature exacte de la contribution de Paul. Certains dressent un parallèle entre les orchestrations de Smile et les innovations de Sgt. Pepper. D’autres cherchent à retracer heure par heure la journée de McCartney, depuis son départ de Denver jusqu’à son arrivée dans le studio des Beach Boys.

Cette curiosité souligne que le patrimoine laissé par les Beatles et les Beach Boys demeure vivant. L’anniversaire du 10 avril n’est pas seulement un prétexte à se souvenir d’un moment amusant, mais aussi l’occasion de mesurer la portée culturelle d’une amitié artistique. Les deux formations représentaient alors des forces créatrices prêtes à transcender les codes, se nourrissant des trouvailles de l’autre pour repousser les frontières de la musique pop.

De la même manière, on se remémore l’état d’esprit qui prévalait : l’ouverture, l’imprévu, la volonté de tout tenter en studio. Les ingénieurs du son rivalisaient d’ingéniosité pour répondre aux sollicitations de musiciens qui voulaient empiler des couches sonores, introduire des instruments exotiques, ou en l’occurrence, intégrer des effets gustatifs. L’inventivité triomphait alors d’une industrie encore peu habituée à ce genre d’excentricités.

Un jalon dans la mythologie pop

Plus de cinq décennies se sont écoulées depuis cette visite de Paul McCartney aux Beach Boys. Et pourtant, le charme opère encore : chaque évocation suscite le sourire ou la nostalgie. Pourquoi ? Sans doute parce que l’anecdote s’inscrit dans la grande fresque qui entoure Sgt. Pepper et Smile, deux projets symboliques de l’année 1967. Le premier a abouti, triomphant, consacrant définitivement les Beatles ; le second est resté inachevé, conférant aux Beach Boys l’image d’un groupe visionnaire mais brisé par la complexité de son ambition.

Le 10 avril 1967 est un trait d’union entre ces deux histoires, l’histoire d’une réussite totale et celle d’une œuvre inaccomplie. Dans ce cadre, la contribution insolite de Paul prend tout son sens, comme si elle soulignait la perméabilité entre les deux mondes. Il n’y avait pas d’hostilité entre Liverpool et Los Angeles, simplement une soif commune de repousser les frontières de la musique pop.

Alors que nous célébrons cet anniversaire, nous rendons hommage à l’esprit d’expérimentation et de curiosité qui animait les sixties. Les Beatles et les Beach Boys, loin de se livrer à une bataille frontale, se sont épaulés dans une compétition saine. Le 10 avril 1967, les deux univers se sont embrassés brièvement, révélant un moment unique, à la fois ancré dans la réalité d’un studio et sublimé par les témoignages contradictoires qui en ont découlé.

Une date gravée dans la mémoire collective

En fin de compte, il est inutile de trancher définitivement la question de savoir si, oui ou non, la bande porte la trace irréfutable de Paul McCartney. L’enjeu dépasse le simple fait technique. Ce qui persiste, c’est l’évocation d’une soirée magique, où un jeune Britannique de 24 ans, en pleine création de l’un des plus grands albums de l’histoire, décide de venir s’amuser avec un pionnier californien dont les recherches sonores redessinent la pop. Ensemble, ils expérimentent, échangent, se complètent.

Depuis, les fans ont élevé cette date au rang de symbole : symbole d’une passerelle musicale entre deux pôles majeurs, symbole d’une spontanéité qui semble parfois manquer aujourd’hui. Si “Vega-Tables” n’est pas le titre le plus connu des Beach Boys, il incarne pourtant un fragment précieux de cette aventure créative. Pour Paul McCartney, la Californie de 1967 fut une escale brève mais mémorable, rehaussée par l’accueil chaleureux de figures telles que John et Michelle Phillips, Al Jardine ou Derek Taylor.

Chaque 10 avril, on célèbre donc cet héritage, convaincu que cette simple journée raconte beaucoup sur la force d’inspiration mutuelle entre les Beatles et les Beach Boys. Cela dépasse le cadre d’une collaboration éphémère : c’est un rappel de ce que la musique pop peut engendrer lorsqu’elle se libère des conventions et qu’elle ose le mélange, l’humour et l’amitié. Le 10 avril 1967, Paul McCartney n’a pas seulement croqué un légume ; il a scellé devant témoins la complicité de deux univers au faîte de leur créativité. Une date qui, près de soixante ans plus tard, n’en finit pas de fasciner et de faire rêver.


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