Sean Lennon soutient avec ferveur le projet ambitieux de Sam Mendes : une série de quatre biopics sur les Beatles. Il défend les choix artistiques du réalisateur, insiste sur la fidélité d’esprit plus que la ressemblance physique, et souligne l’importance de transmettre l’héritage des Beatles aux nouvelles générations.
Alors que le monde de la musique et du cinéma retient son souffle à l’approche du monumental projet cinématographique orchestré par Sam Mendes — une tétralogie dédiée aux Beatles, chacun des quatre volets étant consacré à un membre du groupe — les premiers avis sur la distribution commencent à affluer. Entre scepticisme, enthousiasme et critiques acerbes sur les réseaux sociaux, une voix compte plus que les autres : celle de Sean Lennon, fils de John et Yoko. Et cette voix s’élève aujourd’hui pour défendre sans réserve la vision du réalisateur britannique oscarisé.
Sommaire
- Un pari artistique assumé
- Un héritage confié en de bonnes mains
- Préserver la flamme dans une époque amnésique
- Sam Mendes : un cinéaste au défi démesuré
- La mémoire de John Lennon, entre célébration et vigilance
- Entre mythe et modernité, un équilibre fragile
- L’attente monte, la légende continue
Un pari artistique assumé
L’annonce de la distribution a suscité autant de ferveur que d’interrogations. Harris Dickinson prêtera ses traits à John Lennon, Paul Mescal incarnera Paul McCartney, Barry Keoghan sera Ringo Starr, tandis que Joseph Quinn prendra le rôle de George Harrison. Un quatuor talentueux, issu de la scène britannique et irlandaise, mais dont les visages, bien que connus, n’évoquent pas immédiatement ceux des Fab Four. C’est précisément là que réside le courage artistique de Mendes, et c’est ce que Sean Lennon souligne avec justesse.
Dans une interview accordée à Vanity Fair, le fils unique de Lennon et Ono coupe court à toute tentative de remise en cause : « Je ne suis pas intéressé par le fait de remettre en question les choix de casting d’un réalisateur. Quelqu’un aurait-il imaginé Christian Bale en Dick Cheney ? » interroge-t-il malicieusement, en référence à l’interprétation magistrale et pourtant improbable livrée par l’acteur dans Vice (2018).
Un héritage confié en de bonnes mains
Pour Sean Lennon, le sujet ne se résume pas à des choix physiques ou à la ressemblance visuelle. Ce qui prime, c’est l’intention, la cohérence du récit et la manière dont les quatre films vont s’entrelacer pour raconter non pas seulement une histoire de musique, mais une odyssée humaine, spirituelle, politique. « Mon intérêt porte davantage sur les scénarios et sur la manière dont ils s’entrelacent », confie-t-il. « J’ai une confiance totale en Sam, Harris et toute l’équipe. »
Cette confiance ne relève pas d’un simple geste de courtoisie : Sean Lennon est un gardien scrupuleux de l’œuvre et de la mémoire de ses parents. En pleine promotion du documentaire One to One: John & Yoko, qui s’apprête à sortir dans les salles IMAX, il témoigne d’une vigilance constante face aux usages de l’héritage Beatles dans la culture contemporaine.
Préserver la flamme dans une époque amnésique
La déclaration de Sean va bien au-delà du simple soutien à Mendes. Elle est aussi un constat amer sur le recul, voire l’effacement, des figures mythiques du rock dans l’imaginaire collectif. « Quand j’étais enfant — dans les années 80, 90, même au début des années 2000 — on pouvait dire que des gens comme Zeppelin, Hendrix, les Beatles ou les Stones faisaient partie du panthéon de ces figures quasi divines. Je ne pense plus que ce soit vrai aujourd’hui. Et c’est regrettable. »
Ce glissement culturel, Sean Lennon l’observe avec inquiétude. Il ne s’agit pas simplement d’un manque de reconnaissance artistique, mais d’un affaiblissement de valeurs fondamentales. Car derrière la musique de son père, derrière la légende des Beatles, se cache une vision du monde : « Paix et amour. » Deux mots devenus clichés dans la bouche de certains, mais qui conservent une puissance intacte quand on mesure leur urgence dans notre époque fracturée.
Sam Mendes : un cinéaste au défi démesuré
Il faut ici saluer l’audace d’un metteur en scène comme Sam Mendes, connu pour ses fresques cinématographiques aussi spectaculaires qu’intimistes, de American Beauty à 1917, en passant par deux volets de James Bond (Skyfall et Spectre). S’attaquer au mythe des Beatles n’est pas une mince affaire : il ne s’agit pas de ressasser une gloire passée, mais de redonner chair à des hommes dont les visages sont gravés dans la mémoire collective.
Mendes a fait le choix de quatre films séparés, une décision inédite qui permet d’explorer les trajectoires individuelles au sein d’une entité souvent perçue comme monolithique. Cela permettra de montrer un John Lennon tour à tour visionnaire, caustique, tendre et déchiré, un George Harrison mystique et silencieux, un Paul McCartney stratège mélodique et émotif, et un Ringo Starr à l’humour ravageur, pilier rythmique et affectif du groupe.
La mémoire de John Lennon, entre célébration et vigilance
Pour Sean, la représentation de son père à l’écran est une affaire délicate. John Lennon fut tout à la fois un génie musical, un militant politique, un provocateur, un poète urbain, un homme traversé par des contradictions puissantes. Le réduire à une figure pop serait une trahison ; en faire un martyr, une erreur. Ce que Sean espère, c’est une incarnation sincère, nuancée, fidèle dans l’esprit, non dans la mimique.
C’est d’ailleurs dans cet esprit qu’il s’est impliqué dans le documentaire One to One: John & Yoko, qui revient sur le fameux concert de 1972 donné au Madison Square Garden au profit des enfants handicapés. Mais au-delà du concert, c’est le lien entre deux êtres — John et Yoko — que le film explore, avec des images rares, des témoignages inédits, et une approche résolument immersive, magnifiée par la technologie IMAX.
Entre mythe et modernité, un équilibre fragile
La grande question qui traverse aujourd’hui le rapport aux Beatles est celle de la transmission. Comment faire vivre leur héritage auprès des nouvelles générations ? Comment ne pas figer leur image dans un passé idéalisé ? Pour Sean Lennon, cette responsabilité est collective. Il appelle à ne pas oublier, mais aussi à ne pas fétichiser. Les Beatles, s’ils ont changé la musique, ont aussi changé la société. Ils sont les témoins d’une époque, mais aussi des vecteurs d’une conscience toujours en mouvement.
« Nous ne pouvons pas nous permettre de les oublier, surtout dans le cas de John et Yoko, car dans ce cas précis, nous parlons de paix et d’amour », insiste-t-il. Et cette insistance n’est pas nostalgique, elle est politique. Car dans un monde où la polarisation, le cynisme et la violence verbale semblent gagner du terrain, rappeler les messages portés par les Beatles — surtout dans leurs dernières années — est plus que jamais pertinent.
L’attente monte, la légende continue
Le projet de Sam Mendes est encore en développement, et la sortie des films n’est pas prévue avant plusieurs mois, voire années. Mais déjà, l’anticipation est palpable. Les fans scrutent chaque information, chaque cliché de tournage, chaque déclaration. Sean Lennon, en apportant son soutien public et clair, vient non seulement rassurer les puristes, mais aussi ouvrir la voie à une lecture plus ouverte, plus confiante, de cette entreprise artistique hors-norme.
Au fond, ce que propose Mendes — et que Sean valide —, c’est de raconter à nouveau l’histoire des Beatles, non comme un récit figé dans le marbre des légendes, mais comme une symphonie humaine, avec ses éclats, ses ombres, ses dissonances, et sa capacité intacte à bouleverser les cœurs.
Laissons donc les artistes travailler. Et attendons. Car si la musique des Beatles continue de résonner, peut-être qu’à travers ces films, c’est une nouvelle génération qui entendra, pour la première fois, les accords éternels de Help!, Something ou Imagine. Non pas comme un souvenir, mais comme une promesse.
