L’album Wonderwall Music, sorti en 1968, constitue un moment charnière dans l’évolution musicale de George Harrison. Après ses premières incursions dans la musique indienne en 1965, avec l’apprentissage du sitar et son influence croissante dans les compositions des Beatles, Harrison se lance enfin dans un projet solo où il pourra pleinement explorer cette nouvelle dimension sonore. Wonderwall Music est non seulement son premier album solo, mais également une exploration immersive de la musique traditionnelle indienne à travers le prisme de l’Occident. Parmi les morceaux de cet album, « Fantasy Sequins » se distingue, non pas par ses paroles, mais par sa capacité à faire voyager l’auditeur dans un univers onirique et mystique, une sorte de rêverie musicale à la fois profonde et délicate.
Sommaire
- Un Voyage Sonore en Inde
- La Collaboration avec les Musiciens Indiens
- Un Pont entre les Cultures
- L’Héritage de Wonderwall Music
Un Voyage Sonore en Inde
« Fantasy Sequins » est un instrumental captivant qui nous plonge directement dans l’Inde, et ce, dès les premières notes. La pièce a été enregistrée en janvier 1968, lors du séjour de George Harrison en Inde, un moment charnière dans sa carrière. Harrison, immergé dans la culture musicale du sous-continent, se laisse guider par les instruments traditionnels indiens et par la sagesse des maîtres qu’il rencontre. Ce voyage musical, qui commence par l’harmonieux et mystérieux jeu de sitar et de sarod, nous invite à une expérience d’écoute où les frontières entre l’Orient et l’Occident s’estompent.
La chanson, initialement intitulée « Fantasy Sequence », est une exploration instrumentale libre, un enchevêtrement de sonorités qui semblent flotter et s’entrelacer. Au cœur de cette composition se trouve une structure mélodique inspirée des ragas indiens, ces systèmes de mélodies utilisés dans la musique classique de l’Inde, qui sont conçus pour évoquer des émotions et des atmosphères particulières. « Fantasy Sequins » nous transporte ainsi dans un rêve éveillé, une échappée sensorielle, un monde de sons qui dialoguent entre eux, dans une cadence lente et envoûtante.
Les instruments traditionnels indiens tels que le sarod, le sitar, la tabla, et le santoor se mêlent avec des textures sonores plus occidentales, créant une fusion inédite. Mais ce qui rend cette pièce d’autant plus magique, c’est la manière dont Harrison, tout en étant respectueux de la tradition, réussit à y insuffler son propre style, presque psychédélique, qui était si caractéristique de cette époque. Ce mélange unique fait de « Fantasy Sequins » un moment musical fascinant, et marque le début d’une relation très intime de Harrison avec la musique indienne, qui allait profondément influencer son travail futur, y compris dans les albums des Beatles, comme Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band ou The White Album.
La Collaboration avec les Musiciens Indiens
La genèse de « Fantasy Sequins » s’inscrit dans une période où Harrison cherche à approfondir son apprentissage des instruments indiens et à élargir ses horizons musicaux. L’enregistrement de la chanson en Inde est en grande partie dû à la rencontre de Harrison avec certains des musiciens les plus respectés du pays. Pour cette composition, Harrison fait appel à un ensemble de musiciens traditionnels indiens. Le sarod de Aashish Khan, instrument à cordes dont les sonorités profondes et envoûtantes viennent souligner la beauté de la mélodie, est un des éléments clés de la chanson. Le tabla, joué par Mahapurush Misra, apporte une dimension rythmique qui donne du corps à la pièce, un mouvement sous-jacent qui permet aux autres instruments de se déployer.
À ces instruments viennent se greffer le sitar de Shambhu Das et Indranil Bhattacharya, le santoor de Shivkumar Sharma, ou encore le surbahar de Chandrashekhar Naringrekar, créant une texture sonore dense et envoûtante. Chaque musicien apporte sa propre richesse au morceau, et bien que Harrison soit le catalyseur de cette collaboration, c’est la synergie entre les artistes qui permet à « Fantasy Sequins » de prendre toute son ampleur. L’addition de ces instruments traditionnels, comme le bansuri (flûte indienne) et le tar shehnai, produit une atmosphère unique, un enchevêtrement sonore qui semble suspendu dans l’air, presque irréel.
Un Pont entre les Cultures
« Fantasy Sequins » est bien plus qu’une simple composition instrumentale. C’est un pont entre deux mondes musicaux, un espace où Harrison réussit à fusionner les influences occidentales de la pop et du rock avec les racines profondes de la musique classique indienne. Dans le contexte de Wonderwall Music, cet album représente un moment de synthèse, où Harrison, loin de vouloir imposer une vision occidentale de la musique indienne, se met humblement à l’écoute de la tradition musicale de l’Inde. La richesse des harmonies, des rythmes et des instruments fait de « Fantasy Sequins » un morceau qui non seulement expérimente avec des sonorités nouvelles mais aussi un hommage respectueux à une culture qui, pour Harrison, avait ouvert des portes spirituelles et créatives.
Il convient de souligner que cette fusion des styles n’est pas sans rappeler l’approche de Harrison vis-à-vis de la musique en général. Celui-ci ne cherche pas à fusionner les genres de manière forcée, mais plutôt à faire appel à un esprit d’ouverture et de respect mutuel, une volonté d’incorporer les éléments culturels qui le touchaient sans jamais les dénaturer. Ainsi, « Fantasy Sequins » est le reflet de ce respect, de cette recherche incessante d’une compréhension plus profonde de soi-même et du monde à travers la musique.
L’Héritage de Wonderwall Music
L’album Wonderwall Music, et « Fantasy Sequins » en particulier, marquent une étape importante dans l’histoire musicale de George Harrison. Bien que l’album n’ait pas rencontré un énorme succès commercial à sa sortie, il reste aujourd’hui un témoignage précieux du tournant artistique que Harrison a pris au cours de la fin des années 1960. En plus de l’influence de la musique indienne sur ses compositions post-Beatles, Wonderwall Music a aussi été un précurseur dans la manière dont les musiciens occidentaux abordaient la musique non occidentale, un domaine qui allait influencer de nombreux artistes dans les décennies suivantes.
« Fantasy Sequins », en particulier, témoigne de l’évolution musicale et spirituelle de Harrison, qui, à travers sa quête personnelle et musicale, est parvenu à créer une pièce profondément émotive et transcendante. Ce morceau reste l’un des joyaux cachés de l’album, une exploration sonore sans prétention, mais d’une richesse inouïe.
Aujourd’hui, plus de cinquante ans après sa sortie, Wonderwall Music et ses morceaux instrumentaux, dont « Fantasy Sequins », continuent de fasciner les auditeurs, témoignant de l’audace créative et de l’esprit d’innovation de George Harrison, un artiste toujours en quête de nouvelles frontières musicales. Dans cet univers où se mêlent spiritualité et sonorités exotiques, « Fantasy Sequins » résonne comme un appel à la beauté de l’inconnu, un voyage sonore sans fin, qui invite l’auditeur à se perdre et à se retrouver dans les méandres de la musique.
