Sommaire
- Un titre pensé comme un single potentiel
- Un amour mis en musique
- Une orchestration ambitieuse et inhabituelle
- Un enregistrement dans la bonne humeur
- Un morceau sous-estimé mais influent
Un titre pensé comme un single potentiel
« Every Little Thing » est une chanson des Beatles parue sur leur quatrième album, Beatles For Sale, en décembre 1964. Bien que souvent considérée comme une simple « album filler », elle porte en réalité l’empreinte mélodique et romantique de Paul McCartney, avec une exécution vocale partagée entre McCartney et John Lennon.
À l’origine, McCartney espérait que ce titre devienne le successeur de « A Hard Day’s Night » en single, mais cela ne s’est jamais concrétisé. Aux États-Unis, la chanson a été publiée l’année suivante sur l’album Beatles VI.
« Every Little Thing, comme la plupart des choses que j’ai écrites, était une tentative de créer un futur single. Je me souviens l’avoir jouée à Brian (Epstein) en coulisses, avec quelques autres morceaux. C’était un de ces moments où nous devions enregistrer et où chacun proposait ce qu’il avait sous la main. J’ai pensé que c’était un titre accrocheur, mais au final, il est devenu un morceau d’album plutôt qu’un grand single incontournable. »
— Paul McCartney, Many Years From Now
Si Beatles For Sale est souvent qualifié d’album plus sombre et introspectif, notamment à cause de la mélancolie de morceaux comme I’m a Loser et No Reply, Every Little Thing se distingue par une touche de tendresse et d’optimisme, typique des ballades de McCartney.
Un amour mis en musique
La chanson a été écrite en août 1964, alors que les Beatles effectuaient leur première tournée complète aux États-Unis. McCartney et Lennon l’ont composée à Atlantic City, profitant d’un rare moment de répit entre deux concerts.
« John et moi avons écrit celle-là à Atlantic City, pendant notre dernière tournée aux États-Unis. John joue le riff principal, George est à la guitare acoustique, et Ringo tape sur les timbales pour les gros accents sonores que vous entendrez. »
— Paul McCartney, Disc, 14 novembre 1964
Si l’histoire officielle ne le confirme pas explicitement, il est probable que McCartney ait écrit cette chanson en pensant à Jane Asher, sa compagne de l’époque. Avec ses paroles simples mais sincères – « Every little thing she does, she does for me » – McCartney exprime une admiration et une reconnaissance profondes pour une femme qui comble toutes ses attentes.
Ce texte, à la fois délicat et universel, marque une évolution dans l’écriture de McCartney, qui s’éloigne de l’enthousiasme juvénile de morceaux comme I Want to Hold Your Hand pour tendre vers des chansons plus personnelles et introspectives.
Une orchestration ambitieuse et inhabituelle
Si Every Little Thing est une chanson relativement simple dans sa structure, sa production comporte des choix instrumentaux audacieux.
Les timbales (jouées par Ringo Starr) ajoutent une dimension dramatique et solennelle, tandis que le piano de McCartney, placé en contrepoint rythmique, confère au morceau une texture sonore inhabituelle pour une ballade amoureuse.
En analysant la répartition des rôles dans la chanson, on remarque que John Lennon occupe une place centrale dans l’interprétation vocale, ce qui est assez inhabituel pour une chanson principalement écrite par McCartney. Cela donne au morceau une certaine dualité :
- La douceur et la tendresse de McCartney dans l’écriture
- Le côté plus brut et affirmé de Lennon dans l’interprétation
Cette alliance confère à la chanson une véritable dynamique émotionnelle, la rendant à la fois délicate et puissante.
Un enregistrement dans la bonne humeur
L’enregistrement d’Every Little Thing s’est déroulé les 29 et 30 septembre 1964 aux studios Abbey Road.
Le premier jour, les Beatles enregistrent quatre prises, mais aucune n’est jugée satisfaisante. Le groupe y retourne le lendemain pour cinq prises supplémentaires, où l’ambiance semble être particulièrement détendue et joyeuse.
« La sixième prise a été abandonnée lorsque Paul a remplacé un mot par un rot, et la septième s’est terminée dans un éclat de rire général. Ringo s’amusait avec un instrument encore inédit chez les Beatles : les timbales. Elles apparaissent pour la première fois sur la neuvième prise, en même temps que l’introduction à la guitare et la ligne de piano. »
— Mark Lewisohn, The Complete Beatles Recording Sessions
Ce détail est révélateur de la spontanéité et de la liberté artistique qui régnaient encore à cette époque chez les Beatles. Bien qu’ils enregistraient à un rythme effréné, le groupe savait toujours préserver une certaine légèreté dans le processus créatif.
Un morceau sous-estimé mais influent
Bien qu’elle ne soit jamais devenue un single majeur, Every Little Thing a marqué certains musiciens, notamment Yes, qui l’a reprise sur son album Time and a Word (1970), en lui apportant une dimension plus progressive.
La chanson illustre aussi un aspect essentiel du style McCartney : une capacité à mêler l’émotion pure et une mélodie accrocheuse, sans jamais sombrer dans la mièvrerie.
Avec le recul, Every Little Thing annonce les grandes ballades qu’il composera dans les années suivantes, notamment Yesterday, Here, There and Everywhere et Maybe I’m Amazed.
Elle prouve également la richesse du catalogue des Beatles, où même les morceaux jugés secondaires par leurs auteurs peuvent contenir une sincérité et une beauté intemporelles.
