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Dhani Harrison transforme Friar Park en hommage vivant à George

Publié le 15 avril 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

À Friar Park, demeure mythique de George Harrison, son fils Dhani perpétue l’héritage familial en construisant une maison artistique mêlant spiritualité, mémoire et innovation écologique.


C’est dans le creux d’une Angleterre verdoyante, à Henley-on-Thames, que l’héritage de George Harrison continue d’émettre ses résonances, presque vingt-quatre ans après sa disparition. Friar Park, ce manoir gothique baroque racheté par l’ancien Beatle en 1970, ne cesse de se réinventer sous les mains de sa famille. Aujourd’hui, c’est Dhani Harrison, fils unique de George et Olivia Harrison, qui reprend la main sur un projet architectural intimement lié à l’histoire musicale et spirituelle du guitariste légendaire des Beatles.

À 46 ans, l’auteur-compositeur-interprète, plusieurs fois récompensé aux Grammy Awards et programmé au prochain Glastonbury, ne se contente pas de perpétuer l’œuvre musicale de son père. Il entend également insuffler un souffle nouveau à Friar Park, cette propriété mystique aux 62 acres de jardins, statues, plans d’eau et allées fleuries, témoin d’une époque révolue autant que d’un génie toujours vivant.

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Une maison dans les arbres du souvenir

Ce que Dhani propose aujourd’hui n’est pas une simple construction de plus sur un domaine historique : c’est une extension sensible d’un univers paternel façonné entre spiritualité hindoue, humour britannique et sens aigu de l’esthétique. Sur l’emplacement abandonné d’un ancien court de tennis, à quelques foulées de la pelouse immortalisée sur la pochette du mythique All Things Must Pass, il prévoit d’ériger une demeure en bois de chêne, pensée comme un écrin d’intimité et de créativité.

Le projet, entamé discrètement en mars 2023, a récemment connu des modifications notables : une spirale d’escalier menant à deux chambres et deux salles de bain, un salon, une cuisine dinatoire, une salle de musique, et même une pièce dédiée à la botanique. Les plans révèlent également trois pinacles en forme de dragon, symbole de protection et clin d’œil légendaire à Saint George — et peut-être, subtilement, au propre prénom du patriarche.

Une architecture pensée comme une composition

Le studio STL, en charge de l’architecture, décrit la future maison comme une structure harmonieuse autour d’un jardin central. Cette configuration vise à favoriser la ventilation naturelle et à jouer avec la lumière, créant ainsi une atmosphère propice aux activités artistiques de Dhani, tout en intégrant discrètement un garage pour quatre véhicules — un autre hommage, cette fois-ci, à l’amour que George portait aux automobiles de course. En 1979, Harrison chantait Faster, ode au monde de la Formule 1, un univers qu’il partageait avec son ami de longue date, l’ingénieur Gordon Murray, ancien mentor de Dhani chez McLaren.

Ce lien filial est partout dans ce projet : dans la circularité des nouvelles fenêtres, dans le retrait d’un clocher jugé trop ostentatoire, dans les portes-fenêtres invitant à l’ouverture sur la nature, comme une répétition architecturale du mantra « Let it roll » gravé dans la pierre du domaine.

Friar Park, un château pour l’imaginaire

Lorsque George Harrison découvre Friar Park en 1970, la propriété est sur le point d’être rasée. Le manoir victorien de 1895, autrefois propriété du fantasque Sir Frank Crisp, est à l’abandon. Harrison, alors âgé de 27 ans, voit au-delà des herbes folles et des murs lézardés un terrain d’expression pour ses rêves les plus vastes : un jardin digne d’un ashram, un studio d’enregistrement secret, un refuge philosophique.

Il s’y installe avec Olivia, restaure les jardins avec une passion quasi mystique, et ponctue le domaine de messages espiègles et méditatifs : « The answer’s at the end », « Don’t keep off the grass »… Autant de traces d’un esprit libre, héritées en ligne directe de Sir Frank Crisp, l’excentrique jardinier dandy dont la chanson The Ballad of Sir Frankie Crisp (Let It Roll) immortalise la mémoire.

Friar Park devient plus qu’une résidence : un sanctuaire. C’est là que George est agressé en 1999 par un déséquilibré qui le poignarde à 40 reprises. Un drame que le musicien survit miraculeusement, grâce au courage d’Olivia. C’est aussi à Friar Park que son dernier souffle est préparé, et que Brainwashed, son ultime album, sera finalisé par Dhani et Jeff Lynne, dans une collaboration posthume bouleversante.

L’art de transmettre sans trahir

Dans une récente interview, Dhani confie : « J’ai pris la place de l’artiste et Jeff celle du producteur. Mon père s’exprimait à travers moi. » Cette proximité, tant affective que spirituelle, irrigue son œuvre, mais également son rapport au lieu. Depuis deux décennies, Dhani s’attache à remastériser, rééditer et faire rayonner le catalogue de son père, dans un souci d’authenticité absolue.

Sa démarche à Friar Park s’inscrit dans cette continuité : plutôt que de fossiliser la mémoire paternelle, il en épouse les contours, en respectant le souffle initial. Le choix du bois, matériau noble et vivant, s’impose comme une évidence. La maison n’est pas un mausolée mais un prolongement : un espace fluide, modulaire, propice à la création, au silence, à la contemplation.

Une vision familiale de l’espace et du temps

Olivia Harrison, aujourd’hui âgée de 76 ans, avait initialement soumis les plans de cette nouvelle maison il y a quatre ans. La passation du projet à Dhani marque une nouvelle étape dans la vie de cette famille singulière, où l’architecture, la musique et le végétal s’entrelacent sans hiérarchie. D’autres aménagements ont récemment vu le jour sur le domaine : un studio de yoga, un garage pour véhicules électriques, un atelier…

Tous répondent à une même philosophie : celle du retrait du monde, non pas par désenchantement, mais pour mieux s’enraciner dans l’essentiel. À l’image de George, jardinier de l’âme autant que des rosiers, qui voyait dans la taille des haies une forme de méditation, et dans chaque bulbe planté une graine d’éternité.

Un musicien aux racines multiples

Si Dhani Harrison évolue dans le paysage musical depuis plusieurs années — aussi bien en solo qu’avec son groupe thenewno2 ou aux côtés de Jeff Lynne dans les Electric Light Orchestra —, c’est dans le terreau de Friar Park qu’il semble puiser son énergie la plus profonde. La demeure, avec ses cent-vingt pièces, son lac miniature, ses grottes artificielles et son Matterhorn de 23 000 tonnes, est un théâtre permanent pour l’imaginaire.

Mais loin de l’extravagance stérile, cette fantaisie assumée repose sur une exigence artistique, un humour tendre, et une foi paisible. Le projet actuel, avec ses finitions soignées, sa discrétion voulue, sa connexion au jardin, pourrait être perçu comme une chanson non écrite de George Harrison — une deep cut architecturale, vibrante et silencieuse.

Un avenir sous le signe de la transmission

Le dossier est actuellement entre les mains du South Oxfordshire District Council. La décision, attendue pour le mois de mai, ne fait guère de doute tant le projet s’intègre harmonieusement au site classé. Mais au-delà des considérations administratives, ce que construit Dhani Harrison, c’est une mémoire habitée, une passerelle entre deux générations d’artistes. Le silence des pierres, ici, résonne des accords d’antan, et les ombres du jardin dansent encore sur les notes de My Sweet Lord.

Dans un monde qui consomme vite et oublie tout, Friar Park, à travers l’amour et la vision de ceux qui y vivent, continue de nous rappeler que certaines choses, comme les grands albums, les jardins métaphysiques ou les maisons construites sur le respect, ne doivent jamais passer.

Et que parfois, derrière une fenêtre ronde, l’âme d’un Beatle veille encore.


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