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Zak Starkey évincé de The Who : fin brutale d’une collaboration mythique

Publié le 16 avril 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Zak Starkey, fils de Ringo Starr, quitte The Who après près de 30 ans. Une rupture tendue, marquée par des critiques publiques et un post Instagram amer. Retour sur le parcours unique d’un batteur emblématique.

Sommaire

  • Un départ qui résonne comme une détonation
  • Un jeu jugé « trop démonstratif » par Roger Daltrey
  • Le coup de grâce : un post Instagram teinté d’ironie amère
  • Zak Starkey : un héritage rythmique forgé dans la démesure
  • Une longévité rare au sein d’un groupe aussi exigeant
  • Entre Oasis, reggae et expérimentations : la quête d’indépendance de Zak Starkey
  • Un départ qui interroge : fatigue physique ou querelle d’ego ?
  • Un avenir à réinventer, une légende intacte
  • Le fils de l’autre devenu l’un des siens

Un départ qui résonne comme une détonation

Après presque trois décennies passées derrière les fûts du mythique groupe The Who, Zak Starkey, fils du légendaire Ringo Starr, aurait été écarté du groupe dans une ambiance pour le moins tendue. L’annonce, relayée par The Mirror, fait l’effet d’un séisme dans l’univers du rock britannique : Starkey, pilier rythmique du groupe depuis 1996, aurait été « remercié » à la suite de tensions survenues lors des récentes prestations au Royal Albert Hall. Un lieu symbolique, certes, mais qui semble avoir cristallisé des frustrations longtemps contenues.

Selon les propos recueillis par la presse britannique, la séparation serait le fruit d’une “décision collective” du groupe. Une formulation diplomatique qui ne masque en rien les dissensions internes. D’autres sources évoquent une rupture “acrimoni[euse]”, alimentée par des critiques ciblant les performances de Starkey, jugées “en deçà du niveau attendu”. Une remise en question technique que d’aucuns lient à des soucis de santé récents : le batteur avait souffert d’un caillot sanguin à la jambe en début d’année, un incident qui aurait pu affecter son jeu.

Un jeu jugé « trop démonstratif » par Roger Daltrey

Le feu couvait depuis quelque temps, mais c’est lors du concert du 30 mars dernier, donné pour la Teenage Cancer Trust, que les braises se sont muées en incendie. Devant un Royal Albert Hall plein à craquer, Roger Daltrey, le chanteur du groupe, n’a pas hésité à critiquer publiquement son batteur. “Pour chanter ce morceau, j’ai besoin d’entendre la tonalité, et là je n’entends que les boom, boom, boom de la batterie. Je ne peux pas chanter dans ces conditions”, a-t-il lancé au micro, devant un public médusé.

Une déclaration qui, au-delà de son caractère inhabituellement frontal, révèle une tension artistique palpable. Starkey, dont le jeu est reconnu pour sa puissance et sa fougue, se voit reprocher ce qui avait jusque-là fait sa marque : un jeu expressif, parfois volcanique, dans la lignée de son parrain et mentor, Keith Moon. Ce dernier, batteur légendaire et membre fondateur de The Who, avait offert à Zak sa première batterie lorsqu’il était enfant, le plaçant ainsi dans le sillage direct de la légende.

Le coup de grâce : un post Instagram teinté d’ironie amère

Ce divorce musical, bien que non encore formellement confirmé par toutes les parties, a trouvé un écho sur les réseaux sociaux. Zak Starkey lui-même a publié un message sur Instagram, accompagné d’une photo avec Daltrey, dans lequel il ironise sur son propre licenciement : “J’ai entendu dire que Roger veut littéralement Zak the drummer…” Le jeu de mots, évident pour les anglophones (sack the drummer signifiant “virer le batteur”), en dit long sur la façon dont Starkey perçoit cette éviction.

L’ironie n’enlève rien à l’amertume : il est rare, dans les annales du rock, qu’un groupe se sépare d’un membre aussi longtemps impliqué, et qui plus est dans des circonstances aussi peu élégantes. La famille musicale, souvent présentée comme unie et soudée, révèle ici des fractures profondes, à la fois humaines et artistiques.

Zak Starkey : un héritage rythmique forgé dans la démesure

Né en 1965, Zak Starkey grandit à l’ombre d’un monument : son père, Ringo Starr, batteur des Beatles, icône pop et pionnier du rythme rock. Mais c’est en dehors de cette ombre tutélaire que Zak forge sa propre identité musicale. Très jeune, il joue dans des groupes de pub et reçoit les encouragements de Keith Moon et Kenney Jones, tous deux batteurs de The Who. Il développe un style à la fois explosif et précis, évitant soigneusement d’imiter son père.

Dans les années 1990, après de multiples collaborations (Spencer Davis Group, Icicle Works, Adrian Smith d’Iron Maiden, Johnny Marr), il trouve sa place au sein des Who, d’abord lors d’un concert anniversaire pour Daltrey à Carnegie Hall en 1994, puis de façon permanente à partir de 1996 pour la tournée Quadrophenia. Dès ses débuts, il reçoit l’aval enthousiaste de Pete Townshend, qui loue “l’instinct musical” de Zak, capable d’apporter de l’énergie sans chercher à singer Moon.

Une longévité rare au sein d’un groupe aussi exigeant

Durant près de trente ans, Zak Starkey devient bien plus qu’un remplaçant : il est l’élément fédérateur du son live du groupe. De la prestation mémorable au Concert for New York City en 2001, saluée par Rolling Stone comme l’un des “50 moments qui ont changé le rock”, jusqu’au spectacle du Super Bowl 2010, il incarne une forme de continuité flamboyante dans l’histoire du groupe.

Malgré des absences ponctuelles (notamment en 2006, en raison d’un engagement avec Oasis), Starkey reste l’option par défaut, la boussole rythmique sur laquelle le groupe s’appuie. Ses performances aux tournées Who Hits 50! ou lors du concert mythique Desert Trip à Coachella témoignent de sa place centrale dans l’ADN du Who moderne.

Entre Oasis, reggae et expérimentations : la quête d’indépendance de Zak Starkey

Mais l’histoire de Zak ne se résume pas aux Who. À partir de 2004, il participe activement à l’aventure Oasis, enregistre deux albums avec eux, et devient un membre de tournée de premier plan. S’il finit par quitter le groupe sur une dispute avec Noel Gallagher, il retient de cette expérience une admiration intacte : “Ce sont parmi les musiciens les plus intelligents que j’aie jamais rencontrés.”

En parallèle, il explore des univers moins attendus. Avec sa compagne Sharna Liguz, il fonde Penguins Rising, puis le duo SSHH. Ensemble, ils enregistrent un album de reprises en compagnie des membres originaux des groupes concernés, et montent un projet reggae d’envergure à Ocho Rios, en Jamaïque.

C’est là qu’il fonde le label Trojan Jamaica, avec la bénédiction (et le soutien financier) de BMG. L’ambition est claire : fusionner les racines jamaïcaines, le blues et la soul américaine. Le pari est réussi : en 2020, Got To Be Tough de Toots and the Maytals, co-produit par Starkey, remporte le Grammy du meilleur album reggae.

Un départ qui interroge : fatigue physique ou querelle d’ego ?

L’épisode du Royal Albert Hall semble avoir servi de catalyseur. Mais derrière les critiques sur le “jeu trop appuyé” de Starkey, certains observateurs évoquent plutôt un conflit d’ego, voire une divergence de vision artistique. Daltrey, vieillissant (et désormais confronté à des problèmes de vue qu’il a évoqués publiquement), souhaiterait un accompagnement plus minimaliste, centré sur la voix. Une exigence compréhensible, mais peut-être difficile à concilier avec la nature même du jeu de Zak, aussi instinctif que tempétueux.

Il faut également considérer l’aspect humain : Starkey n’est pas un simple musicien de session. Son implication, son héritage familial, et son lien affectif avec le groupe (notamment avec Pete Townshend) rendent cette séparation d’autant plus délicate.

Un avenir à réinventer, une légende intacte

À 59 ans, Zak Starkey ne montre aucun signe de ralentissement. Musicien éclectique, producteur aguerri, batteur instinctif et charismatique, il possède tous les atouts pour continuer une carrière riche et indépendante. Sa contribution à l’histoire des Who est incontestable. Mieux : il en est un chapitre fondamental, celui d’un renouveau énergique qui aura permis au groupe de traverser les décennies sans perdre son souffle.

Le futur de The Who, sans lui, reste incertain. Aucun remplaçant n’a été annoncé. Le départ de Starkey pourrait bien marquer la fin d’une époque, voire poser la question de la pertinence de poursuivre l’aventure scénique. Car au-delà du son, c’est une alchimie, un équilibre subtil entre force et fragilité, qui semble aujourd’hui rompu.

Le fils de l’autre devenu l’un des siens

Zak Starkey restera comme l’un des rares musiciens à avoir transcendé un double héritage. Fils de Beatle, parrainé par Keith Moon, il a su imposer une voie personnelle, entre filiation assumée et indépendance farouche. Sa trajectoire est celle d’un homme qui n’a jamais renié ses origines, mais a su leur échapper, pour bâtir une carrière fondée sur le talent pur, l’intuition musicale et une passion intacte pour le rock sous toutes ses formes.

Il est peut-être aujourd’hui “remercié” par The Who, mais dans la grande histoire du rock britannique, Zak Starkey a définitivement trouvé sa place : non pas comme le fils de Ringo, ni comme l’ombre de Moon, mais comme lui-même — un batteur immense, un musicien total, et un homme de scène dont le silence désormais retentit avec fracas.


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