Composé en 1979 lors des sessions de McCartney II, Blue Sway est un titre expérimental longtemps resté inédit. Revisité en 1986 avec un arrangement orchestral, il ne sera officiellement publié qu’en 2011. Accompagné d’un clip hypnotique de Jack McCoy, ce morceau illustre la quête d’innovation sonore de McCartney.
L’univers de Paul McCartney est riche de multiples facettes et d’expérimentations sonores qui ont traversé plusieurs décennies. Parmi ses œuvres moins connues se cache un morceau fascinant,Blue Sway. Ce titre, issu des sessions de son albumMcCartney II, a pris des détours inattendus avant de trouver sa place dans le grand ensemble de son répertoire. Découverte d’un titre resté longtemps dans l’ombre et plongée dans son histoire.
Sommaire
- Les origines deBlue Sway: 1979, une époque charnière
- Un second souffle en 1986
- Le clip : une vision surf et sous-marine
- Une œuvre en perpétuelle réévaluation
- L’empreinte deBlue Swaydans l’univers de McCartney
Les origines deBlue Sway: 1979, une époque charnière
En 1979, Paul McCartney s’éloigne des grands enregistrements de groupe et des productions orchestrées pour se retrouver seul dans son studio. C’est au cours de cette année-là qu’il enregistre une grande partie des morceaux qui composeront son albumMcCartney II, un travail expérimental et profondément personnel. Ce projet marque un tournant dans la carrière de McCartney, qui, après la fin des Beatles, cherche à affirmer sa propre identité musicale sans la pression d’un groupe.Blue Swaynaît dans cet environnement créatif.
À l’époque, le morceau a une genèse plutôt libre, où McCartney, en toute indépendance, expérimente avec des sons synthétiques, des rythmes atypiques et des ambiances très marquées. Ce n’est pas un titre du tout conventionnel, et c’est là que réside son charme. La structure du morceau est fluide, presque hypnotique, avec une durée qui dépasse facilement les sept minutes. McCartney, connu pour sa facilité à naviguer entre des genres variés, fait deBlue Swayun exemple parfait de son approche non linéaire de la musique. Les longues improvisations et les ajouts de percussions comme lecowbell(cloche) ou les maracas se font sentir à chaque instant, accentuant l’idée de liberté et de voyage musical. Un voyage que McCartney mène à son rythme, loin des contraintes imposées par l’industrie musicale.
Cependant, même si le morceau paraît déjà abouti, il ne trouvera pas sa place dansMcCartney II, l’album qui connaîtra finalement un grand succès.Blue Sway, avec sa longueur imposante et ses expérimentations sonores, est relégué au statut deouttake, un morceau écarté de l’album pour des raisons qui, aujourd’hui, semblent plus liées à une question de cohérence d’ensemble qu’à une critique de sa qualité intrinsèque.
Un second souffle en 1986
C’est en 1986 que McCartney revisiteBlue Swaydans un tout autre contexte. Après l’échec commercial de son projetCold Cuts, qui devait regrouper une série de chansons inédites de la périodeMcCartney II,Blue Swayrefait surface. Cette fois, l’artiste revient dessus pour y ajouter une nouvelle orchestration. Le producteur Richard Niles se charge d’enrichir le morceau en y intégrant des arrangements de cordes, donnant une nouvelle dimension à cette œuvre longtemps laissée de côté. McCartney, fidèle à son habitude, enregistre de nouvelles parties vocales pour la version de 1986, et un saxophone joué par Dick Morrissey vient se mêler à la composition.
Malgré cette révision et la volonté de McCartney de donner un second souffle àBlue Sway,Cold Cutsne verra jamais le jour. Le projet est mis en pause et abandonné. Il faut alors attendre l’année 2011 pour queBlue Swaytrouve finalement sa place dans le paysage discographique de McCartney. Lors de la réédition deMcCartney IIen version étendue, le morceau fait son entrée en tant que piste bonus, dans deux versions différentes : l’une avec l’orchestration de Richard Niles et l’autre dans une version alternative et expérimentale, d’une durée impressionnante de plus de dix minutes.
Le clip : une vision surf et sous-marine
En 2011, pour accompagner la réédition deMcCartney IIet apporter un vent de fraîcheur à la promotion de ce morceau longtemps ignoré, McCartney décide de produire un clip vidéo pourBlue Sway. Un clip étonnant qui se distingue par l’audace de sa réalisation. C’est Jack McCoy, un réalisateur de films de surf, qui est choisi pour créer ce visuel. McCoy, connu pour ses images sous-marines à couper le souffle, conçoit un clip qui semble presque tout droit sorti d’un rêve aquatique.
Le réalisateur, qui venait de tourner un film intituléA Deeper Shade of Blue, utilise des séquences de surf prises au large de la fameuse vague de Teahupoo, à Tahiti. En surfant derrière les vagues à l’aide d’un jet-ski sous-marin, McCoy parvient à capter des images inédites, jamais vues auparavant, offrant une perspective totalement nouvelle sur le monde de la mer et des vagues. C’est avec cette image du surf, des vagues et de l’eau qui se brise contre les rochers que le clip deBlue Swayprend vie. Loin des clichés traditionnels du genre musical, l’alliance des images subaquatiques et de la musique aérienne de McCartney crée un moment hypnotique, où le visuel épouse parfaitement le son.
La vidéo est un véritable succès, remportant même le prix du meilleur clip auNYC BE FILM Short Festivalen mai 2011. L’union de la mer, de la musique et de la vision artistique de McCoy devient une expérience sensorielle qui va au-delà de la simple illustration d’une chanson. C’est une œuvre d’art visuelle qui ajoute de la profondeur au morceau déjà fascinant de McCartney.
Une œuvre en perpétuelle réévaluation
Blue Swayincarne à merveille l’essence même de la carrière de Paul McCartney : une quête de liberté artistique, un désir de s’émanciper des attentes du public tout en restant fidèle à sa propre vision musicale. Ce morceau, dont la production à la fois artisanale et audacieuse témoigne de l’esprit d’expérimentation qui anime McCartney, nous montre un artiste toujours en recherche de nouvelles formes d’expression. Loin des attentes d’un public large, mais fidèle à lui-même, McCartney explore sans relâche de nouveaux horizons sonores, repoussant les limites de la musique pop-rock traditionnelle.
L’histoire deBlue Swaysoulève aussi des questions fascinantes sur la manière dont la musique est perçue et distribuée. Un titre qui n’a pas trouvé sa place dans l’album initial, qui a été mis de côté pour une autre collection, et qui, pourtant, a marqué les esprits dès sa réédition. Cette chanson prouve que certaines œuvres, même si elles ne rencontrent pas immédiatement le succès qu’elles méritent, peuvent à tout moment ressortir du passé et prendre une nouvelle dimension, grâce à une réévaluation de leur qualité artistique. Ce qui semblait être un simpleouttakedevient, avec le temps, une pièce incontournable du répertoire de McCartney.
L’empreinte deBlue Swaydans l’univers de McCartney
Aujourd’hui,Blue Swayreste un morceau marginal dans la carrière de McCartney, un titre qui n’a pas connu la gloire des classiques commeHey JudeouLet It Be, mais qui possède une beauté propre, unique et hypnotique. Il est le témoin d’une époque où McCartney se tournait vers l’expérimentation et la liberté totale, loin des normes établies par ses anciens partenaires des Beatles. Si ce morceau n’a pas connu un grand succès à sa sortie, il a su, au fil des années, trouver sa place parmi les fans les plus dévoués du musicien. En cela,Blue Swayest un symbole parfait de l’évolution d’un artiste qui n’a jamais cessé de se réinventer.
