C’est une séparation qui résonne comme un coup de tonnerre dans le ciel feutré du rock britannique : après près de trois décennies de loyaux services, Zak Starkey, batteur attitré des Who et fils de l’illustre Ringo Starr, a confirmé ce 16 avril son départ du groupe. Une nouvelle qui intervient au lendemain d’un article du Mirror évoquant un limogeage discret, mais brutal, et qui laisse un arrière-goût amer à ceux qui voyaient en lui bien plus qu’un simple musicien d’accompagnement.
Retour sur une trajectoire exceptionnelle, sur les raisons troubles de cette rupture, et sur ce que cette décision signifie pour l’avenir d’un groupe dont l’histoire est indissociable des secousses de la batterie.
Sommaire
- L’héritier naturel : d’un Beatle à un Who
- Une rupture qui ne dit pas son nom
- L’ombre d’un malaise physique ?
- Un homme de transition… et de transmission
- Vers un nouveau chapitre personnel
- Une page se tourne, mais l’histoire continue
L’héritier naturel : d’un Beatle à un Who
Zak Starkey n’est pas seulement un nom célèbre ; il est le trait d’union vivant entre deux des plus grandes épopées du rock britannique. Fils de Ringo Starr, batteur des Beatles, il est également le filleul de Keith Moon, l’exubérant et légendaire cogneur des Who, mort en 1978. C’est Moon lui-même qui, selon la légende, lui aurait offert sa première batterie à l’âge de huit ans. Un geste hautement symbolique, presque prophétique.
Lorsque Zak rejoint officiellement les Who en 1996, c’est d’abord pour une tournée. Mais très vite, il devient bien plus qu’un remplaçant : il incarne l’esprit de Moon, sans jamais verser dans l’imitation. Son jeu, précis, énergique mais sans exagération, apporte au groupe une stabilité rythmique qui leur faisait défaut depuis longtemps. Il a notamment participé à l’enregistrement de Endless Wire (2006), premier album studio du groupe en vingt-quatre ans, et s’est imposé sur scène comme une présence centrale, respectée et aimée.
Une rupture qui ne dit pas son nom
Les premiers signes de tensions sont apparus à bas bruit. Officiellement, un communiqué d’un porte-parole du groupe parle d’une décision « collective », prise à l’issue des récents concerts au Royal Albert Hall. Il s’agirait, selon ce dernier, d’un départ sans animosité, empreint de respect mutuel. Mais les informations recoupées par plusieurs médias anglais dressent un tableau bien plus nuancé.
Zak Starkey, dans un entretien accordé à Rolling Stone, se dit « surpris et attristé », laissant entendre qu’il n’a pas été pleinement informé de cette décision, ou qu’il ne s’y attendait pas du tout. Et pour cause : depuis près de trente ans, il tenait fermement les baguettes d’un groupe légendaire, toujours fidèle au poste, toujours au diapason des explosions vocales de Daltrey et des fulgurances de Townshend.
Mais ce qui aurait précipité la fracture, ce sont les critiques formulées par Roger Daltrey lui-même lors du concert du 30 mars. S’adressant au public, il aurait déclaré : « Tout ce que j’ai, c’est une batterie qui fait boum, boum, boum… Je ne peux pas chanter sur cette musique. » Une phrase sèche, désabusée, qui aurait mis le feu aux poudres. Daltrey, perfectionniste jusqu’à l’obsession, ne supporte plus certaines limites perçues dans le jeu de Starkey. Pete Townshend, quant à lui, s’est abstenu de tout commentaire public jusqu’à présent.
L’ombre d’un malaise physique ?
Zak Starkey ne nie pas avoir connu des difficultés ponctuelles. En janvier dernier, il a souffert d’un caillot sanguin au mollet droit, un accident médical qui aurait pu affecter sa performance scénique, bien qu’il affirme aujourd’hui être « complètement guéri ». Peut-on vraiment lui reprocher une baisse de régime passagère après une carrière aussi régulière et solide ? La question reste en suspens, et elle divise autant les fans que les observateurs.
Dans sa déclaration, il rappelle fièrement avoir « joué ces chansons pendant près de trois décennies » et se dit « surpris que quelqu’un puisse avoir un problème avec [sa] performance ce soir-là. » Ce qui se profile ici, au-delà du débat sur la qualité d’un concert isolé, c’est la difficulté qu’éprouvent certains groupes historiques à gérer la fatigue, le vieillissement, et les tensions internes qui surgissent quand la perfection n’est plus systématique.
Un homme de transition… et de transmission
Starkey n’est pas un simple exécutant. En rejoignant les Who dans les années 1990, il a non seulement redonné de l’élan au groupe, mais il a aussi perpétué un style de batterie flamboyant, presque orchestral, hérité de son parrain Keith Moon. Dans une formation où le batteur est bien plus qu’un métronome, il fallait quelqu’un capable de maîtriser la tempête tout en l’incarnant. Zak l’a fait, pendant vingt-neuf ans.
Son départ pose la question de la suite pour les Who. Aucun remplaçant n’a encore été annoncé, et il est peu probable qu’un tel choix puisse se faire sans heurts. La batterie dans les Who est un poste éminemment symbolique, presque sacré. Qui osera succéder à celui qui avait lui-même pris la relève de Moon ? Et surtout, les Who ont-ils encore l’énergie, la dynamique, la nécessité intérieure de continuer à jouer ?
Vers un nouveau chapitre personnel
Zak Starkey, quant à lui, ne se laisse pas abattre. Il entend profiter de ce départ forcé pour se recentrer sur ses projets personnels. Il finalise actuellement son autobiographie – une entreprise prometteuse pour celui qui a grandi entre les Beatles, les Who, Oasis et les innombrables figures du rock britannique. Le fils de Ringo a aussi confirmé la sortie prochaine du single Domino Bones, issu de son projet Mantra Of The Cosmos, auquel participe notamment Noel Gallagher. La sortie est prévue pour le mois de mai.
Il confie aussi vouloir passer plus de temps avec sa famille, loin des projecteurs et des tumultes de la scène. Un choix compréhensible pour un homme qui, à 58 ans, a déjà vécu plusieurs vies d’artiste. « Vingt-neuf ans dans n’importe quel emploi, c’est une bonne période », déclare-t-il, non sans une certaine élégance.
Une page se tourne, mais l’histoire continue
Ce départ laisse un vide, et pas seulement derrière les fûts. Zak Starkey, par sa longévité, sa filiation et son talent, incarnait une certaine continuité dans l’histoire mouvementée des Who. Il représentait le lien entre l’âge d’or du rock et son prolongement contemporain, entre les fulgurances des années 60-70 et les résurgences modernes.
Ce qu’il reste aujourd’hui, c’est un flou, une tension larvée, et une interrogation sur ce que signifie vieillir en rock star. Les Who, comme les Rolling Stones ou les survivants de Pink Floyd, sont des monuments vivants, mais aussi des êtres de chair, avec leurs doutes, leurs failles et leurs orgueils. L’éviction de Zak Starkey nous rappelle cruellement que même dans les plus grandes familles musicales, les séparations ne se font jamais sans douleur.
Et comme souvent dans ces situations, la musique parlera peut-être mieux que les communiqués. Les fans, eux, n’oublieront pas celui qui, pendant près de trente ans, a donné à la batterie des Who une voix à part entière.
