Parmi les nombreuses compositions de George Harrison restées dans l’ombre du duo Lennon-McCartney, « Sour Milk Sea » occupe une place particulière. Écrite en 1968 lors du séjour du groupe en Inde, cette chanson ne trouva jamais sa place sur un album des Beatles mais connut une existence propre grâce à Jackie Lomax, premier artiste signé sur le label Apple. Retour sur un titre fascinant, reflet des influences spirituelles et musicales de Harrison.
Sommaire
- Une genèse indienne
- Une version démo chez Harrison
- Un casting de rêve pour Jackie Lomax
- Un message toujours d’actualité
Une genèse indienne
C’est à Rishikesh, en Inde, que George Harrison compose « Sour Milk Sea ». Il y séjourne avec les Beatles au sein de l’ashram du Maharishi Mahesh Yogi, cherchant l’illumination à travers la Méditation Transcendantale. L’ambiance y est propice à la création et le guitariste y écrit plusieurs chansons, dont certaines figureront sur le futur « White Album ». Mais « Sour Milk Sea » suivra un autre destin.
Harrison révèle plus tard que la chanson s’inspire du « Vishvasara Tantra », un texte de la tradition tantrique qui enseigne que « ce qui est ici est ailleurs, et ce qui n’est pas ici n’est nulle part ». Le titre du morceau renvoie à une image bien précise issue de cette philosophie : « Kalladadi Samudra », un concept désignant une mer de lait aigre, une métaphore de l’existence dans laquelle l’individu doit se libérer des entraves pour atteindre un état supérieur.
D’un point de vue musical et lyrique, « Sour Milk Sea » est une incitation à l’action, un appel à la transformation personnelle. Loin d’être un simple exercice mystique, elle s’inscrit dans la lignée des chansons inspirées par l’expérience indienne de Harrison, aux côtés de « While My Guitar Gently Weeps » ou « Long, Long, Long ».
Une version démo chez Harrison
Avant d’être proposée à Jackie Lomax, « Sour Milk Sea » fait l’objet d’une démo enregistrée chez George Harrison, dans sa maison de Kinfauns, à Esher. En mai 1968, les Beatles y réalisent une série de maquettes sur un magnétophone Ampex quatre pistes, posant les bases de nombreuses chansons destinées au « White Album ».
La version de « Sour Milk Sea » enregistrée à Kinfauns reste inédite officiellement mais circule parmi les collectionneurs sous forme de bootlegs. Cette version met en avant un George Harrison inspiré, livrant une performance énergique qui reflète l’urgence du message qu’il veut transmettre. Pourtant, lors des sessions du « White Album », la chanson est écartée au profit d’autres compositions.
Un casting de rêve pour Jackie Lomax
Déterminé à ne pas laisser « Sour Milk Sea » sombrer dans l’oubli, Harrison décide de l’offrir à Jackie Lomax, l’un des premiers artistes signés sur Apple Records. En juin 1968, l’ex-Beatle se charge de la production de la chanson aux studios Abbey Road et réunit une équipe de musiciens de renom pour l’accompagner : Paul McCartney à la basse, Ringo Starr à la batterie, Eric Clapton à la guitare et Nicky Hopkins au piano.
Le morceau est enregistré en trois jours, les 24, 25 et 26 juin 1968. La version finale conserve l’énergie brute de la démo d’Harrison, tout en y ajoutant une dimension plus élaborée grâce aux arrangements et à la virtuosité des musiciens impliqués. Jackie Lomax, quant à lui, livre une interprétation passionnée, à la hauteur de l’ambition du titre.
« Sour Milk Sea » est publié en single en août 1968 sous la référence Apple 3. Il fait partie des « Our First Four », les quatre premiers 45 tours du label Apple, aux côtés de « Hey Jude » des Beatles, « Those Were The Days » de Mary Hopkin et « Thingumybob » du Black Dyke Mills Band. Malgré ce lancement prestigieux, la chanson ne rencontre pas un succès commercial retentissant.
Un message toujours d’actualité
Si « Sour Milk Sea » est restée méconnue du grand public, elle demeure un témoignage précieux de la période Apple et de l’influence grandissante de la philosophie orientale sur George Harrison. Son refrain, « Get back to where you should be », n’est pas sans rappeler le « Get Back » des Beatles, sorti l’année suivante. Cette similitude suggère que certaines idées circulaient librement entre les membres du groupe, nourrissant leur créativité commune.
Au-delà de son contexte historique, la chanson porte un message universel. Elle invite à prendre en main son destin, à dépasser les obstacles et à trouver sa véritable place. Un mantra qui résonne encore aujourd’hui, prouvant que l’héritage de Harrison dépasse largement le cadre de sa discographie officielle.
Si le « Sour Milk Sea » symbolise les illusions et les entraves de l’existence, George Harrison, lui, nous en montre la voie de sortie.
