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Zak Starkey reste avec The Who : les coulisses d’une crise évitée

Publié le 19 avril 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Une vive tension entre Zak Starkey et Roger Daltrey lors d’un concert des Who a failli coûter sa place au batteur. Mais Pete Townshend a tranché : Zak reste dans le groupe. La famille musicale surmonte la tempête.


Il y a parfois, au sein des grandes familles musicales, des tensions qui éclatent en public comme en coulisses, donnant naissance à des rumeurs aussi persistantes que préoccupantes. Celle qui a récemment enflammé la sphère rock, et en particulier les cercles proches de The Who, tenait en un nom : Zak Starkey. Fils de Ringo Starr, batteur du groupe depuis plus de trente ans, il aurait été sur le point d’être écarté. Mais dans un ultime revirement, c’est Pete Townshend en personne qui est venu mettre un terme à cette polémique, dans une déclaration aussi claire que rassurante : « Nous sommes une famille, cela a explosé très rapidement et a pris trop d’oxygène. C’est terminé. »

Ainsi, ce qui semblait prendre la forme d’un divorce artistique consommé se révèle finalement être un simple épisode houleux, amplifié par le poids des egos, la fatigue des tournées et les exigences de musiciens d’exception.

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Une crise née sur les planches sacrées du Royal Albert Hall

Le déclencheur de cette controverse remonte au concert donné par The Who le 30 mars dernier au Royal Albert Hall, salle mythique s’il en est. Ce soir-là, devant un public fervent, quelque chose a déraillé. Le jeu de batterie de Zak Starkey, jugé trop envahissant, a irrité Roger Daltrey, au point que le chanteur aurait lancé, devant l’audience médusée : « Tout ce que j’entends, c’est boom boom boom. Je ne peux pas chanter là-dessus. »

Cette phrase, crue et frontale, aurait pu ne jamais sortir de l’enceinte du concert. Mais les réseaux sociaux, médias et fans s’en sont emparés, transformant un désaccord musical en potentielle éviction d’un musicien historique. Il faut dire que Zak Starkey n’est pas un simple employé du groupe. Il est, depuis 1996, le cœur rythmique des Who, successeur spirituel du légendaire Keith Moon – avec la bénédiction de celui-ci de son vivant – et héritier d’une tradition de batteurs flamboyants.

Zak Starkey : l’héritage du sang et du son

Fils du célèbre Beatles Ringo Starr, Zak Starkey a toujours marché sur une ligne de crête entre héritage et autonomie. Il ne s’est jamais contenté de son patronyme. C’est par la sueur, la virtuosité et une capacité d’adaptation impressionnante qu’il s’est imposé auprès des Who, mais aussi auprès d’Oasis ou des artistes de son propre collectif Mantra of the Cosmos.

Son jeu, intense, vivant, parfois explosif, s’est affiné avec les années. Mais récemment, la mécanique s’est peut-être enrayée. En janvier, Zak a été victime d’une phlébite, le contraignant à l’annulation d’un concert. Selon certaines sources, cette alerte médicale aurait affecté sa prestation à Londres. Moins tranchant, moins nuancé, le batteur aurait peiné à retrouver la pleine maîtrise de son instrument. La remarque de Roger Daltrey prendrait alors un sens plus pragmatique qu’émotionnel.

Pete Townshend joue les pacificateurs

Dans ce moment de crise, c’est la voix sage et lucide de Pete Townshend qui s’est élevée. Le légendaire guitariste et cerveau musical des Who a publié un long message sur la page Instagram officielle du groupe, dans lequel il clarifie la situation. Il reconnaît que les tensions sont bien réelles, mais qu’elles ont été exagérées : « Il y a eu quelques problèmes de communication, personnels et privés de part et d’autre, qui devaient être réglés, et ils ont été résolus de manière satisfaisante. »

L’artiste va plus loin encore, en s’excusant publiquement pour avoir semé une certaine confusion. Il avoue avoir été lui-même diminué physiquement lors du concert du 30 mars, encore convalescent après une arthroplastie totale du genou. Une opération lourde qui l’a visiblement empêché d’assurer pleinement son rôle, notamment lors des soundchecks. « Nous n’avons peut-être pas consacré assez de temps aux vérifications du son, ce qui nous a causé des problèmes sur scène. »

Il souligne aussi que Zak a reconnu ses erreurs et présenté ses excuses. Bref, des professionnels qui se parlent enfin et trouvent un terrain d’entente, loin des coups de sang et des incompréhensions.

Voici le communiqué de presse officiel :

He’s not being asked to step down from The Who.
There have been some communication issues, personal and private on all sides, that needed to be dealt with, and these have been aired happily.
Roger and I would like Zak to tighten up his latest evolved drumming style to accommodate our non-orchestral line up and he has readily agreed. I take responsibility for some of the confusion. Our TCT shows at the Royal Albert Hall were a little tricky for me. I thought that four and a half weeks would be enough time to recover completely from having a complete knee replacement. (Why did I ever think I could land on my knees?) Wrong!
Maybe we didn’t put enough time into sound checks, giving us problems on stage. The sound in the centre of the stage is always the most difficult to work with. Roger did nothing wrong but fiddle with his in-ear monitors. Zak made a few mistakes and he has apologised. Albeit with a rubber duck drummer.
We are a family, this blew up very quickly and got too much oxygen. It’s over. We move forward now with optimism and fire in our bellies.
As for Roger, fans can enjoy his forthcoming solo shows with his fabulous drummer, Scott Devours, who it was rumoured might replace Zak in The Who and has always been supportive of the band.
I owe Scott an apology for not crushing that rumour before it spread. He has been hurt by this. I promise to buy him a very long drink and give him a hug.
Pete Townshend
19 April 2025

Scott Devours, le remplaçant malgré lui

Un autre nom est apparu dans ce feuilleton inattendu : celui de Scott Devours. Batteur d’exception, compagnon de route de Roger Daltrey en solo, il a déjà joué avec The Who par le passé, notamment lorsque Zak Starkey avait dû s’absenter en 2013. Ces dernières semaines, la rumeur l’annonçait comme remplaçant officiel de Starkey. Une information qui aurait profondément blessé l’intéressé.

Là encore, Pete Townshend fait preuve d’une élégance rare dans l’industrie : « Je dois des excuses à Scott pour ne pas avoir écrasé cette rumeur avant qu’elle ne se répande. Cela l’a blessé. Je promets de lui offrir un très long verre et de le serrer dans mes bras. » Des mots simples, sincères, et qui témoignent d’un sens de l’honneur qui honore Townshend, souvent caricaturé en génie colérique.

Une famille musicale qui traverse les orages

Au fond, cette affaire dit beaucoup de ce que sont devenus les Who. Un groupe mythique, certes, mais aussi un noyau d’individualités vieillissantes, marquées par les décennies de rock, les pertes successives (Keith Moon en 1978, John Entwistle en 2002), les blessures physiques, les projets parallèles, et les inévitables tensions artistiques.

Mais ces musiciens, malgré tout, continuent de croire en leur force collective. Ce n’est pas un hasard si Pete Townshend emploie le mot famille. Cela va bien au-delà de la musique. Zak Starkey, en dépit de son nom prestigieux, a toujours été considéré par le duo Daltrey-Townshend comme un membre à part entière, respecté et aimé.

Que la musique puisse encore les unir, malgré les obstacles, les désaccords et les douleurs du corps, voilà ce qui fait la grandeur des Who.

Un avenir toujours habité par le feu sacré

Alors, que faut-il retenir de cette semaine agitée ? Que Zak Starkey reste bel et bien le batteur des Who. Qu’il a, selon les mots mêmes de Townshend, accepté de resserrer son style de batterie évolué afin de mieux coller au format non orchestral que le groupe explore actuellement. Qu’il a été écouté, soutenu, et qu’il n’est pas question de le sacrifier sur l’autel d’un incident ponctuel.

Et surtout, que The Who, même à plus de 60 ans de carrière, ne sont pas à l’abri de remous. Mais ils savent, mieux que quiconque, transformer les tempêtes en énergie créatrice.

Roger Daltrey, quant à lui, poursuit sa tournée solo avec son complice Scott Devours. Une manière pour lui de s’exprimer librement, de souffler aussi, loin de la structure imposante que représente The Who. Il est probable qu’il ait eu besoin de ce break pour recadrer ses exigences et retrouver un équilibre.

Mais l’histoire n’est pas terminée. Zak Starkey, Daltrey, Townshend : le triangle reste intact. Cabossé, peut-être. Mais debout.

La légende continue

À une époque où tant de groupes se disloquent pour de simples querelles d’ego, The Who prouvent qu’ils sont encore capables de surmonter les orages internes. Le dialogue a prévalu sur la colère, la loyauté sur l’opportunisme. Et c’est là, sans doute, le plus grand enseignement de cette séquence.

Car au fond, qu’est-ce que The Who, sinon un groupe qui a toujours avancé à travers les tumultes, avec une rage de jouer intacte et un amour indéfectible de la scène ? La musique est leur ciment, leur langage commun. Et tant que ce langage pourra encore être parlé à trois, avec Zak derrière les fûts, la légende vivra.


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