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Zak Starkey : retour en fanfare avec The Who après une rupture choc

Publié le 21 avril 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Zak Starkey, fils de Ringo Starr et batteur de The Who depuis près de 30 ans, a brièvement quitté le groupe avant d’y revenir, illustrant la puissance des liens familiaux et musicaux.


Il est parfois des trajectoires qui échappent aux lois du hasard pour s’écrire à la lumière des légendes. Celle de Zak Starkey, fils du vénérable Ringo Starr et filleul spirituel de Keith Moon, appartient à cette catégorie rarissime de destins forgés dans le feu sacré du rock britannique. Depuis près de trois décennies, Zak tient les baguettes au sein de The Who, groupe mythique qui, depuis la disparition tragique de son batteur originel en 1978, a cherché en vain une continuité rythmique à la hauteur de son génie fracassant.

C’est finalement en 1996, lors de la tournée Quadrophenia, que Zak Starkey s’installe définitivement derrière les fûts de la machine The Who. Sans jamais chercher à imiter l’inimitable Moon the Loon, il a su imposer sa patte : énergique, métronomique, tout en nuances, mais sans renier l’élan sauvage hérité de son oncle spirituel. À l’instar de son père avec les Beatles, Zak n’a jamais été un batteur démonstratif ; il est l’épine dorsale, la fondation discrète mais indispensable.

Et pourtant, à la surprise générale, c’est ce pilier-là que le groupe semblait vouloir écarter.

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Une séparation aussi brutale qu’éphémère

Les premiers frissons de la discorde se sont fait sentir à la suite des concerts donnés par The Who au Royal Albert Hall de Londres, au profit de l’organisation Teenage Cancer Trust. Dans un communiqué sibyllin, le groupe annonçait se séparer de Zak à l’issue de cette série de représentations. L’annonce a frappé de stupeur les fans, tant l’association entre Starkey et The Who semblait naturelle, organique même. Plus qu’un simple musicien de scène, Zak était une partie intégrante du son post-Moon du groupe.

Le motif ? Officiellement, des “désaccords artistiques” et des “problèmes de communication”. Officieusement, une performance jugée en-deçà des attentes lors des concerts caritatifs. Pete Townshend, dans un rare moment de transparence, a reconnu que le son sur scène avait été difficile à gérer, que les balances n’avaient pas été suffisamment travaillées, et que lui-même n’était pas totalement remis d’une opération du genou. “Pourquoi ai-je pensé pouvoir atterrir sur mes genoux après une prothèse complète ?” ironise-t-il avec l’humour british qu’on lui connaît.

Zak, de son côté, s’est dit “surpris et attristé” par la remise en question de son jeu. Dans un message publié sur ses réseaux, il rappelait son attachement profond au groupe, sa fierté d’avoir “chaussé les bottes” de Keith Moon pendant près de trente ans, et confiait avoir souffert, en janvier, d’une embolie dans la jambe droite. Un épisode médical sérieux, aujourd’hui totalement résorbé, mais qui avait sans doute altéré sa forme sur scène.

Le pardon dans la note : une réintégration sous le signe de la réconciliation

Quelques jours seulement après l’annonce de cette séparation, le ciel s’est éclairci. L’orage médiatique passé, les tensions internes apaisées, Pete Townshend et Roger Daltrey ont opéré un spectaculaire revirement : Zak est réintégré. La famille est réunie. La raison invoquée ? Un malentendu, de mauvaises communications, des sentiments blessés et, surtout, une volonté commune de repartir sur de bonnes bases.

Townshend, sans faux-fuyants, a reconnu sa part de responsabilité : “Je prends sur moi une partie de la confusion”. Il admet que l’évolution récente du jeu de Zak nécessitait quelques ajustements pour coller à la nouvelle orientation non orchestrale du groupe. Zak a acquiescé, avec cette humilité qui le caractérise, acceptant les critiques constructives et affichant sa gratitude envers “Roger et Pete” dans une sobre publication : “V grateful to be a part of The Who family”.

Le message est clair : il s’agit bien d’une famille. Une famille qui se chamaille, se blesse parfois, mais finit toujours par se retrouver autour de ce qui les unit : la musique.

Des dynasties et des transmissions

Derrière cette affaire se dessine un fil plus profond, presque mythologique : celui de l’héritage. Zak Starkey incarne une double lignée. Biologiquement, il est le fils du batteur le plus célèbre de l’histoire du rock, Ringo Starr, l’homme qui a offert à la batterie ses lettres de noblesse au sein des Beatles. Musicalement, il est le dépositaire d’un style unique, forgé par Keith Moon, dont il fut, enfant, l’élève officieux et l’admirateur inconditionnel.

Il est tentant de tracer des parallèles entre les deux générations. Là où Ringo assurait un groove infaillible sans jamais voler la vedette à Lennon et McCartney, Zak œuvre dans le même esprit au sein de The Who : il ne cherche pas la lumière, il soutient l’édifice. La presse l’a souvent décrit comme “le Moon apprivoisé”, celui qui canalise l’énergie tout en la maîtrisant. Une comparaison sans doute réductrice, car Zak a su se forger son propre style, fait de puissance contenue, de détails ciselés et d’un sens aigu du timing.

Une page tournée, des projets à foison

Cette parenthèse, aussi malheureuse fut-elle, n’a pas freiné les ambitions du musicien. Zak Starkey ne se résume pas à son rôle au sein de The Who. Il est également l’architecte de projets personnels, comme le groupe Mantra of the Cosmos, formé avec sa compagne Sharna Liguz (alias Sshh) et nulle autre que Noel Gallagher. Le groupe, dont l’album Domino Bones est attendu pour mai, mêle électro, rock psychédélique et accents dub dans une esthétique radicalement différente de celle de The Who.

En janvier dernier, Mantra of the Cosmos s’est produit dans un lieu hautement symbolique pour Zak : le Cavern Club, sur Mathew Street à Liverpool. Un retour aux sources pour ce fils de la ville, témoin vivant de la résilience musicale d’un berceau qui a enfanté les Beatles. Dans ce contexte, difficile de ne pas percevoir une forme de boucle, une circularité dans le parcours de Zak. De Liverpool à Londres, de la scène du Cavern à celle du Royal Albert Hall, son itinéraire épouse les lignes d’une légende en perpétuelle redéfinition.

Il travaille également à la rédaction de son autobiographie, une entreprise entièrement personnelle, sans ghostwriter ni compromis. Une manière sans doute d’éclairer de l’intérieur ce parcours atypique, de livrer sa propre version des faits dans une industrie souvent prompte aux caricatures.

The Who, encore et toujours

À 79 ans pour Pete Townshend, 80 pour Roger Daltrey, la longévité de The Who tient presque du miracle. Si la fougue de l’adolescence punk semble loin, l’énergie, elle, n’a pas disparu. Au contraire, le groupe continue de faire salle comble, de se réinventer, et de convoquer l’âme de ses origines tout en explorant de nouveaux territoires.

Dans ce contexte, Zak Starkey n’est pas un simple exécutant. Il est le garant d’une certaine mémoire, d’un style de jeu inscrit dans la continuité sans tomber dans la nostalgie. Il est le lien entre l’héritage de Moon et l’avenir du groupe. Le fait qu’il ait été si vite rappelé en dit long sur son importance musicale et humaine au sein de The Who.

Scott Devours, batteur talentueux qui accompagne Roger Daltrey en solo, avait un temps été pressenti pour le remplacer. Pete Townshend lui-même a reconnu avoir laissé se propager des rumeurs blessantes à son encontre, promettant “une longue boisson et une étreinte” en guise d’excuses. Une manière élégante de refermer la parenthèse.

Une affaire de cœur et de peau

Car au fond, The Who n’est pas un groupe comme les autres. C’est un organisme vivant, parfois instable, toujours passionné. Et Zak Starkey, en dépit des tempêtes, en est l’un des organes vitaux. Comme Ringo avant lui, il bat au rythme de l’histoire du rock, de ses drames et de ses réconciliations. Il est ce musicien fidèle, discret mais essentiel, qui sait que la véritable puissance ne réside pas dans les démonstrations, mais dans la justesse.

Et alors que le groupe se prépare à reprendre la route, avec “du feu dans le ventre” selon les mots de Townshend, le public pourra retrouver le trio reconstitué avec émotion. Car malgré les différends, les coups de sang, les incompréhensions, c’est bien une affaire de famille que l’on nous rejoue. Une famille où l’on se dispute, certes, mais où l’on s’aime profondément. Sur scène, les baguettes de Zak, comme celles de son père avant lui, continueront à écrire la pulsation d’une époque qui refuse obstinément de mourir.

Et c’est peut-être cela, le vrai miracle du rock’n’roll.


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