Sommaire
- L’ombre de Pete Townshend et la genèse de « Helter Skelter »
- Une chanson, un toboggan et un malentendu tragique
- L’empreinte de « Helter Skelter » : une révolution musicale
- Paul McCartney et l’héritage d’un morceau controversé
- « Helter Skelter » : un symbole du génie des Beatles
L’ombre de Pete Townshend et la genèse de « Helter Skelter »
L’histoire de « Helter Skelter » commence par un défi implicite lancé par Pete Townshend, guitariste des Who. En décrivant « I Can See for Miles » comme « le morceau de rock le plus sauvage et le plus bruyant jamais enregistré », Townshend piqua la curiosité de Paul McCartney. Refusant de rester en retrait face à cette audace, McCartney se lança dans la création d’un morceau encore plus bruyant et agressif. Le résultat fut « Helter Skelter », un titre qui allait repousser les limites du rock psychédélique et proto-punk, devenant l’un des morceaux les plus lourds et expérimentaux de l’histoire des Beatles.
McCartney lui-même a décrit « Helter Skelter » comme un exercice de déconstruction du rock. Inspiré par les jams bruyants des Who, il voulait capturer l’essence brute et énergique du rock’n’roll dans toute sa démesure. Les sessions d’enregistrement, chaotiques et prolongées, reflètent cette quête de puissance sonore. Le morceau final est un mélange de riffs lourds, de hurlements frénétiques et de percussions explosives, à des années-lumière des ballades pop mélodieuses pour lesquelles McCartney était souvent moqué. John Lennon, lui-même, avait qualifié certaines des œuvres de McCartney de « musique de grand-mère ». Avec « Helter Skelter », McCartney répondait à ces critiques avec une force créative sans précédent.
Une chanson, un toboggan et un malentendu tragique
Le titre « Helter Skelter » fait référence à un toboggan en spirale que l’on trouvait dans les foires britanniques. La chanson est donc, à l’origine, une métaphore joyeuse sur l’excitation et le chaos d’une descente rapide et incontrôlable. Pourtant, comme c’est souvent le cas avec l’art, les interprétations ne sont pas toujours fidèles aux intentions initiales de l’artiste.
Le malentendu le plus tragique autour de cette chanson provient de son appropriation par Charles Manson. En 1968, à la sortie de l’Album Blanc, Manson et sa « famille » – un groupe de jeunes adeptes influencés par ses délires apocalyptiques – interprétèrent plusieurs chansons des Beatles comme des messages codés leur étant destinés. Dans l’esprit perturbé de Manson, « Helter Skelter » devint une prophétie annonçant une guerre raciale imminente. Il considérait les Beatles comme des messagers divins lui confirmant son rôle de leader dans ce qu’il appelait « l’Apocalypse Helter Skelter ».
Manson et ses adeptes perpétrèrent plusieurs meurtres en 1969, notamment l’horrible assassinat de Sharon Tate, associant à jamais « Helter Skelter » à ces actes de violence. Ironiquement, McCartney rappelait fréquemment que la chanson n’était qu’une simple évocation d’un jeu d’enfance : « C’est juste un toboggan ! », disait-il avec exaspération.
L’empreinte de « Helter Skelter » : une révolution musicale
Malgré ces associations tragiques, « Helter Skelter » reste un chef-d’œuvre de l’expérimentation musicale. La chanson incarne le génie collectif des Beatles à leur apogée créative, mêlant chaos sonore et sophistication musicale. Elle annonce aussi la naissance du heavy metal, avec son riff de guitare agressif et sa structure brute, influençant des groupes comme Led Zeppelin, Black Sabbath et bien d’autres.
La prestation vocale de McCartney est particulièrement saisissante. Il abandonne sa voix douce et mélodieuse pour un chant rauque et déchirant, démontrant une facette rarement explorée de son talent. Ringo Starr, épuisé par les nombreuses prises de batterie, aurait même crié : « I’ve got blisters on my fingers! », une exclamation capturée dans la version finale du morceau et devenue légendaire.
Paul McCartney et l’héritage d’un morceau controversé
Aujourd’hui, « Helter Skelter » est une pièce maîtresse des performances scéniques de Paul McCartney. Lorsqu’il monte sur scène et entame les premières notes du morceau, le public est transporté dans une vague d’énergie brute et intemporelle. En jouant cette chanson, McCartney semble reprendre possession de son œuvre, détachant son héritage du spectre de Charles Manson.
Lors de sa première performance aux Grammy Awards, McCartney choisit « Helter Skelter » comme pièce maîtresse, soulignant son importance dans son répertoire. Il reconnaît sans doute la tragédie liée à l’histoire de cette chanson, mais il revendique aussi son rôle de pionnier dans l’évolution du rock’n’roll.
« Helter Skelter » : un symbole du génie des Beatles
Malgré les détournements tragiques de son sens, « Helter Skelter » reste une pièce incontournable de l’héritage des Beatles. Elle montre à quel point le groupe n’avait pas peur d’explorer de nouveaux horizons musicaux, même au risque de choquer ou de dérouter son public. En 1968, alors que le monde était en plein bouleversement culturel et social, les Beatles osaient aller au-delà de leur propre légende pour produire un son qui résonne encore aujourd’hui.
McCartney, toujours lucide sur l’histoire complexe de cette chanson, en a fait un symbole de sa propre audace artistique. « Helter Skelter », c’est avant tout cela : un cri primal de liberté musicale, bruyant, chaotique et absolument inoubliable.
