Billie Eilish, figure de la pop contemporaine, revendique une admiration profonde pour les Beatles. Leur héritage musical façonne son univers artistique, révélant une connexion sincère entre générations.
L’histoire d’amour entre Billie Eilish et les Beatles n’a rien d’un simple engouement passager. C’est une relation intime, presque filiale, qu’entretient la jeune artiste américaine avec les quatre garçons dans le vent. À seulement 23 ans, la chanteuse californienne ne cesse de clamer haut et fort l’influence déterminante des Beatles sur son art, sa sensibilité musicale, et même sa construction personnelle. Dans une époque où la mémoire musicale semble parfois condamnée à l’oubli sous le poids de l’immédiateté, l’attachement sincère de Billie Eilish à l’œuvre des Fab Four frappe par sa profondeur et son authenticité.
Récemment interrogée par British Vogue, la chanteuse s’est une nouvelle fois livrée à cœur ouvert sur sa vénération pour le quatuor de Liverpool. À la question d’Alex Wolff lui demandant de choisir ses chansons préférées des Beatles, elle n’a pu s’empêcher d’éluder un instant, avouant : « Hardest question of my life! So impossible to pick a favourite. » Une réponse spontanée, presque enfantine, qui témoigne de l’attachement viscéral qu’elle éprouve à leur égard.
Mais au-delà de cette déclaration évasive, Billie Eilish a ensuite cité quelques titres, comme on tirerait au sort quelques trésors d’un coffre trop plein. “Something”, “I’m Looking Through You”, “She’s Leaving Home”, “In My Life”, “A Day in the Life”, “And I Love Her”, “Michelle”, “Julia”… Autant de joyaux choisis parmi les innombrables merveilles du catalogue beatlien, et qui en disent long sur la sensibilité artistique d’une chanteuse qui, en dépit de son succès fulgurant dans la sphère pop contemporaine, revendique une filiation musicale profondément enracinée.
Sommaire
- Une éducation sentimentale orchestrée par les Beatles
- Un panthéon personnel habité par Lennon, McCartney et Sinatra
- Des reprises en hommage, mais jamais en imitation
- Le legs des Beatles à l’heure de la pop contemporaine
- Un pont entre les âges, une langue commune
Une éducation sentimentale orchestrée par les Beatles
Ce n’est pas la première fois que Billie Eilish évoque l’influence capitale des Beatles dans sa vie. Dès ses premières interviews, alors que le monde découvrait cette voix éthérée, presque chuchotée, venue déconstruire les codes de la pop adolescente, elle confiait déjà l’empreinte indélébile laissée par les chansons de Lennon, McCartney, Harrison et Starr dans sa jeunesse.
Dans un entretien accordé à NME, elle déclarait sans détour : « The Beatles were what raised me. My love for music I feel 95 per cent owes to the Beatles and Paul. » Une phrase d’une sincérité désarmante, où transparaît l’image d’une enfant bercée par les accords de « Blackbird », les harmonies de « Because », ou encore les mélodies douces-amères de « Yesterday ».
Il faut dire que dans la famille O’Connell, la musique est une langue maternelle. Finneas, son frère aîné et acolyte artistique, partage avec elle un goût prononcé pour les arrangements subtils et les expérimentations sonores — une démarche qui n’est pas sans rappeler l’évolution stylistique des Beatles entre 1965 et 1969, période où leur ambition créative atteignit des sommets insoupçonnés. On pense évidemment à Revolver, Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, ou encore au White Album — trois albums qui, par leur richesse et leur audace, constituent une source d’inspiration intarissable pour toute une génération d’artistes en quête de vérité musicale.
Un panthéon personnel habité par Lennon, McCartney et Sinatra
À la faveur de ce même entretien avec British Vogue, Billie Eilish s’est vue poser une question existentielle par Colman Domingo : « And tell me, my dear, if heaven exists, what singer or band would you like to perform upon your arrival? » La réponse de la chanteuse a fusé, aussi claire que spontanée : « The Beatles, definitely. Maybe Frank Sinatra. »
Il y a dans ce choix une élégance rare. Les Beatles pour l’univers, Sinatra pour le phrasé. Deux visions de la musique que tout semble opposer, et qui pourtant se rejoignent dans leur capacité à transcender les époques. Cette réponse en dit long sur le rapport au passé que cultive Billie Eilish. Non pas un fétichisme nostalgique, mais une forme de dialogue intérieur avec les voix qui ont marqué l’histoire de la musique, et qui résonnent encore aujourd’hui dans les productions les plus modernes.
Il est d’ailleurs frappant de constater à quel point les titres cités par la chanteuse — “In My Life”, “Julia”, “Michelle” — sont des chansons empreintes de mélancolie, de douceur, souvent portées par des orchestrations minimalistes. C’est dans cette esthétique dépouillée, presque introspective, que se cristallise l’essence même de l’univers de Billie Eilish. Une pop de l’intime, où chaque souffle, chaque silence compte.
Des reprises en hommage, mais jamais en imitation
Ce lien presque sacré entre Billie Eilish et les Beatles s’est également manifesté à travers des reprises, notamment celles de “Something” et “Yesterday”, deux chansons emblématiques de George Harrison et Paul McCartney. Ces interprétations, diffusées lors d’événements ou en sessions intimes, ne relèvent pas de la simple performance. Elles traduisent un besoin de se réapproprier ces morceaux avec une sincérité désarmante, sans jamais sombrer dans la mimésis.
La version de “Yesterday” chantée par Eilish frappe par sa retenue, son humilité. Elle s’approprie la chanson non pas en l’ornant de fioritures, mais en l’effleurant, à peine, comme on toucherait un objet précieux avec révérence. La modernité de son approche réside dans cette capacité à faire résonner l’émotion brute des Beatles dans un langage sonore profondément actuel.
Cette démarche artistique, loin d’être isolée, s’inscrit dans une tendance plus large où les jeunes musiciens ne cherchent plus à s’affranchir du passé, mais au contraire à le comprendre, à le revisiter, à l’habiter de l’intérieur. Chez Billie Eilish, cette volonté se manifeste avec une intensité rare, qui confère à son rapport aux Beatles une dimension presque spirituelle.
Le legs des Beatles à l’heure de la pop contemporaine
Le cas de Billie Eilish interroge, plus largement, sur la postérité des Beatles dans l’univers musical actuel. Si leur influence sur la musique rock et pop des décennies 1970-2000 est largement documentée, leur impact sur les artistes nés après 2000 est parfois plus difficile à cerner. Et pourtant, force est de constater que leur œuvre continue de façonner les sensibilités, d’inspirer les structures, d’éclairer les chemins de création.
Dans un paysage pop souvent dominé par la production massive et les impératifs commerciaux, l’exemple de Billie Eilish — une artiste qui cite “I’m Looking Through You” ou “She’s Leaving Home” parmi ses morceaux préférés — apparaît comme un rappel salutaire de l’importance de la mélodie, de l’émotion vraie, et d’un certain idéal artistique hérité des années 1960.
Loin de toute récupération, cette influence s’incarne chez elle dans des choix esthétiques assumés : voix murmurée, ambiances feutrées, écriture introspective… autant de traits qui trouvent leur origine dans la révolution douce initiée par les Beatles à travers des albums comme Rubber Soul ou Abbey Road.
Un pont entre les âges, une langue commune
Ce qui touche, enfin, dans le rapport entre Billie Eilish et les Beatles, c’est cette capacité à faire le lien entre les générations. Quand elle évoque les chansons de Lennon ou McCartney, ce n’est jamais dans une logique de distinction savante, mais toujours avec une émotion vive, comme si elle parlait d’amis intimes, de voix familières qui continuent de l’accompagner.
En ce sens, elle incarne à merveille ce que les Beatles eux-mêmes ont toujours revendiqué : une musique universelle, accessible, mais d’une profondeur infinie. Une musique qui ne vieillit pas, parce qu’elle parle au cœur. En 2025, entendre une artiste comme Billie Eilish proclamer haut et fort son amour pour “A Day in the Life” ou “And I Love Her” n’est pas anodin. C’est le signe que la magie opère toujours, que l’étoile des Beatles brille encore, intensément, dans les cieux de la pop.
Et lorsque Billie Eilish affirme que “Something” ne vieillit jamais, elle ne fait pas que rendre hommage à George Harrison. Elle rappelle au monde que certaines chansons, forgées dans l’écrin de l’instant, traversent le temps comme des phares, éclairant les routes de celles et ceux qui, comme elle, rêvent encore de faire vibrer le monde avec sincérité.
