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George Harrison et les Traveling Wilburys : L’ultime supergroupe du rock

Publié le 22 avril 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Sommaire

Les années 1980 : Un âge d’or pour la nostalgie musicale

Les années 1980 ont vu une vague de renaissances musicales pour les artistes emblématiques des années 1960. Avec l’arrivée à maturité de la génération du baby-boom, un public nostalgique et financièrement stable s’est tourné vers ses idoles d’antan, offrant une seconde vie commerciale à des musiciens qui avaient façonné l’ère du rock. Cette décennie a vu Roy Orbison retrouver le sommet des charts, les Monkees faire un retour triomphal et d’anciens Beatles revendiquer leur place dans l’histoire contemporaine.

Mais peu de ces come-backs ont eu la portée et la réussite de George Harrison. Après une période de relatif retrait au début des années 1980, l’ancien Beatle a réaffirmé sa stature avec Cloud Nine en 1987. Ce disque, produit en collaboration avec Jeff Lynne, leader de l’Electric Light Orchestra, marquait un retour à une pop sophistiquée et lumineuse, empreinte de nostalgie et d’expérimentation moderne.

Le tube « Got My Mind Set On You », reprise d’un morceau de James Ray, a non seulement offert à Harrison l’un de ses plus grands succès, mais a aussi prouvé qu’il pouvait encore captiver le public en pleine ère MTV. Ce regain d’énergie et d’enthousiasme l’a conduit à un projet encore plus audacieux : la formation des Traveling Wilburys.

Naissance d’un supergroupe : une histoire de connexions et de spontanéité

Loin d’être un simple concept marketing, la création des Traveling Wilburys découle d’un hasard et d’une passion commune pour la musique et l’humour. À l’origine, George Harrison et Jeff Lynne cherchaient à enregistrer un titre bonus pour un single extrait de Cloud Nine. Pour cela, Harrison demanda à son ami Bob Dylan d’utiliser son studio de Santa Monica. Sur le chemin, ils croisèrent Tom Petty, qui, enchanté par l’idée, se joignit à eux. Roy Orbison, alors en pleine résurgence de carrière, fut invité à participer.

C’est dans cette atmosphère informelle, où le respect mutuel régnait, qu’est né Handle with Care, morceau spontané qui captait parfaitement l’esprit du groupe. Face à la qualité évidente de la chanson, Harrison et Lynne réalisèrent qu’ils ne pouvaient pas la reléguer à un simple bonus. Ils décidèrent donc d’aller plus loin et d’enregistrer un album entier, donnant naissance à un collectif qui marquerait l’histoire du rock.

Les Traveling Wilburys n’étaient pas un groupe ordinaire. C’était un assemblage d’icônes, unis par l’envie de s’amuser et de retrouver la fraîcheur de leurs débuts. Tous prirent des pseudonymes burlesques (Nelson Wilbury, Otis Wilbury, Charlie T. Wilbury Jr., etc.), créant ainsi une mythologie autour du projet. Cette approche ludique rappelait les Monty Python, dont Harrison était un fervent admirateur et soutien financier (il avait notamment produit La Vie de Brian).

Un succès fulgurant et une suite avortée

Le premier album, Traveling Wilburys Vol. 1, sorti en octobre 1988, fut un succès critique et commercial retentissant. Avec des morceaux comme « End of the Line », « Handle with Care » et « Last Night », l’album captait un mélange unique de nostalgie, de spontanéité et de musicalité exceptionnelle.

Malheureusement, quelques mois après la sortie du disque, Roy Orbison décéda d’une crise cardiaque, marquant un coup dur pour le groupe. Malgré cette perte, Harrison, Lynne, Dylan et Petty décidèrent de poursuivre l’aventure et enregistrèrent Traveling Wilburys Vol. 3 en 1990 (le titre étant une blague interne, la bande ayant sauté « Vol. 2 »).

Toutefois, l’énergie du premier opus était difficile à retrouver. L’absence d’Orbison se faisait ressentir et, après cet album, le projet s’éteignit doucement, chacun retournant à ses propres aventures musicales.

Pourquoi une tournée n’a-t-elle jamais eu lieu ?

L’une des grandes frustrations pour les fans des Wilburys reste l’absence de tournée. Pourtant, George Harrison avait imaginé un concept extravagant : un porte-avions suivant le soleil, où le groupe jouerait sur le pont avant de repartir vers une nouvelle destination.

Si l’idée était audacieuse, elle restait impraticable, pour plusieurs raisons :

  • L’agenda des membres : Bob Dylan, Tom Petty et Jeff Lynne avaient leurs propres carrières et engagements.
  • La réticence de Harrison : après l’expérience éprouvante de la tournée de 1974, il n’avait plus envie de jouer dans de grandes salles.
  • Le décès d’Orbison : sa disparition a affecté l’équilibre du groupe, rendant l’idée d’une tournée moins évidente.

L’héritage des Traveling Wilburys

Malgré une carrière brève, les Traveling Wilburys restent un phénomène unique dans l’histoire du rock. Peu de groupes ont réussi à rassembler cinq figures légendaires avec une alchimie aussi naturelle. Leur héritage dépasse la musique elle-même :

  • Ils ont prouvé que les supergroupes pouvaient être spontanés et non des machines marketing.
  • Ils ont réhabilité le plaisir et la simplicité dans le rock à une époque où le genre devenait parfois trop sérieux.
  • Leur musique a influencé des générations d’artistes, de Noel Gallagher à Jack White, qui ont cité les Wilburys comme un modèle d’authenticité et de créativité.

Aujourd’hui, même si la bande ne peut plus se reformer, l’esprit des Traveling Wilburys demeure. Leur musique continue de captiver, leurs clips pleins de charme font partie de la légende, et leur histoire rappelle que, parfois, les plus belles aventures naissent du pur plaisir de jouer ensemble.

Il n’y a jamais eu de tournée des Wilburys. Mais peut-être qu’elle n’a jamais eu besoin d’exister ailleurs que dans l’imaginaire collectif. Après tout, certains rêves sont faits pour rester intacts.


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