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« Rainclouds » : L’hommage silencieux de Paul McCartney à John Lennon

Publié le 22 avril 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

« Rainclouds », face B du single « Ebony And Ivory », est une chanson poignante écrite par Paul McCartney après l’assassinat de John Lennon. Enregistrée dans un contexte dramatique, cette chanson révèle la douleur du musicien, accompagné de Denny Laine et de l’irlandais Paddy Moloney. Avec son instrumentation sobre et ses accents celtiques, elle capture l’émotion brute de McCartney, une réponse musicale à la perte de son ami et ancien complice des Beatles.


Lorsqu’on évoque Paul McCartney, les hymnes intemporels et les collaborations mythiques viennent immédiatement à l’esprit. Pourtant, certains morceaux plus discrets renferment une émotion brute, témoin d’une époque troublée. « Rainclouds », face B du célèbre « Ebony And Ivory », appartient à cette catégorie. Cette chanson, enregistrée dans des circonstances particulièrement dramatiques, porte en elle le poids d’un deuil ineffable, celui de John Lennon.

Sommaire

Une genèse au sein de Wings

« Rainclouds » naît au sein de Wings, alors que le groupe répète en octobre 1980. Paul McCartney et son complice Denny Laine, qui co-signent la chanson, travaillent sur une mélodie acoustique où dominent leurs guitares à douze cordes. Pourtant, à cette époque, la chanson n’est pas encore achevée. Il faudra attendre les sessions deTug Of Warpour qu’elle prenne pleinement forme, devenant un titre à la fois sobre et poignant.

Un jour noir pour la musique

L’histoire de « Rainclouds » prend une tournure tragique le 8 décembre 1980. Ce jour-là, Paul McCartney se rend aux studios AIR de Londres pour enregistrer la chanson. Il ignore encore que, quelques heures plus tard, une nouvelle bouleversante va ébranler le monde entier : John Lennon vient d’être assassiné à New York. La douleur est immense, et pourtant, McCartney décide de poursuivre le travail en studio. « C’était une manière de fuir, de ne pas affronter la réalité », confiera plus tard George Martin, producteur historique des Beatles et deTug Of War.

Une session émouvante avec Paddy Moloney

Le lendemain, alors que la nouvelle du drame se répand, la session d’enregistrement prévue est maintenue. L’invitation avait été faite à Paddy Moloney, musicien irlandais de renom et membre des Chieftains, pour ajouter des parties de uilleann pipes, ces cornemuses typiques de la musique celtique. Moloney, en apprenant la mort de Lennon, contacte le studio pour savoir si la session est maintenue. On lui répond que oui.

Lorsqu’il arrive à Londres, il retrouve un Paul McCartney silencieux, visiblement bouleversé. Moloney improvise alors plusieurs parties, et McCartney lui demande de conserver l’une d’elles, qui deviendra le pont musical du morceau. « Je me suis senti envahi par l’émotion en jouant sur ‘Rainclouds’. Comme si quelque chose me guidait d’ailleurs », confiera-t-il plus tard.

La douleur en filigrane

Ce jour-là, le studio est assiégé par une nuée de journalistes cherchant à arracher une réaction à McCartney. Lorsqu’il quitte AIR Studios, il est pris au dépourvu par les questions brutales des reporters. « It’s a drag, isn’t it? OK, cheers, bye », lâche-t-il d’un ton las. Une phrase qui lui vaudra bien des critiques, perçue à tort comme une réaction détachée. Des années plus tard, McCartney reviendra sur cet épisode : « Je n’étais pas capable d’exprimer mon chagrin. Aucun de nous ne l’était. John était trop proche, c’était trop douloureux. »

Une face B discrète mais poignante

Sorti en mars 1982, « Rainclouds » accompagne « Ebony And Ivory » en face B du single. Contrairement à ce duo engagé entre McCartney et Stevie Wonder, qui connaît un succès retentissant, « Rainclouds » reste plus confidentiel. Pourtant, il révèle une facette intime de McCartney, loin des tubes calibrés pour les hit-parades.

La chanson, avec son instrumentation sobre et ses accents celtiques, traduit une mélancolie profonde. On y entend McCartney et Laine harmoniser sur des guitares acoustiques, tandis que les uilleann pipes de Moloney apportent une touche poignante, presque spectrale.

Une évocation musicale du deuil

Si « Rainclouds » ne figure pas parmi les titres les plus célèbres de McCartney, elle n’en demeure pas moins essentielle pour comprendre l’état d’esprit du musicien au lendemain de la perte de son ami et ancien complice. Contrairement à « Here Today », ballade émouvante écrite en hommage explicite à Lennon, « Rainclouds » exprime une douleur plus diffuse, comme un murmure noyé sous la pluie.

Avec le recul, cette chanson constitue un document sonore précieux, témoin d’un moment de l’histoire de la musique où l’un des plus grands compositeurs du XXe siècle a tenté, maladroitement mais sincèrement, d’exprimer l’inexprimable.


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