C’est au mois d’août 1976 que Garrett Nelson doit dire adieu à sa carrière de shérif adjoint en Floride. Blessé par balle lors d’une intervention qui a mal tourné, il n’est en effet plus apte à servir au sein des forces de l’ordre et doit même suivre des séances de rééducation afin de retrouver l’usage de sa jambe. C’est d’ailleurs sa kinésithérapeute, Hannah Montgomery, dont le père et le frère travaillent dans le pénitencier de Southern State, qui va lui suggérer de devenir gardien de prison…
Faites immédiatement abstraction de cette couverture chaleureuse et ensoleillée car ce nouveau roman de R.J. Ellory vous plonge dans un univers carcéral sombre et froid, au cœur d’un état qui vient de réinstaurer la peine de mort. Et… tant que vous y êtes, oubliez également le titre de cet ouvrage car la prison que vous allez intégrer a beau se situer au beau milieu des Everglades, ce ne sont pas les alligators et autres dangers abrités par ces marécages qui vous empêcheront de dormir, mais bel et bien cet univers violent, dépourvu d’humanité, où règne la loi du plus fort et des magouilles en tout genre et où la moindre étincelle peut causer une rébellion.
À l’instar de son tout premier roman, « Papillon de nuit », qui invitait à suivre les derniers jours d’un jeune homme enfermé dans le couloir de la mort durant les années 80, R.J. Ellory s’intéresse une nouvelle fois à la peine de mort, mais en changeant cette fois-ci de point de vue. Au fil des pages, le lecteur se glisse en effet dans la peau d’un maton et de ces employés qui partagent quotidiennement ce sentiment d’emprisonnement, tout en ramenant ses effets à la maison. Page après page, cet univers pénitentiaire commence à déteindre sur le personnage principal d’Ellory, l’invitant à réfléchir sur la nature humaine et sur la morale et l’éthique des lois carcérales.
« Everglades » est donc un roman sombre, qui invite à côtoyer ce que la nature humaine produit de pire, en compagnie d’un personnage heureusement pourvu d’un brin d’humanité, tout en questionnant nos convictions les plus profondes concernant la peine de mort et en s’interrogeant même sur l’intérêt d’encore avoir des enfants dans un monde pareil…
Everglades, R.J. Ellory, Sonatine ,456 p., 24€
Elles/ils étaient également enfermés à Southern State : Yvan, Kitty, Aude, Matatoune, Thomas, Julie
