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Les pires chansons des Beatles ? Quand le génie vacille…

Publié le 23 avril 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Même les Beatles ont eu leurs faux pas. Certaines chansons divisent critiques et fans, révélant que derrière le génie, se cachent aussi des moments de doute ou d’audace mal reçue.


Même les plus grands connaissent leurs instants de faiblesse. Les Beatles, souvent couronnés comme les rois incontestés de la pop du XXe siècle, n’échappent pas à cette loi immuable de l’art : l’inspiration n’est pas linéaire. Si l’œuvre du quatuor de Liverpool est d’une richesse inégalée, elle n’est pas exempte de failles, de tentatives hasardeuses ou de morceaux qui vieillissent moins bien que d’autres.

À l’ère des forums Reddit, des playlists collaboratives et de l’archivage massif des opinions, certains titres se retrouvent invariablement au bas des classements. Le site American Songwriter, relayant les tendances et débats numériques, a compilé ce que l’Internet considère comme les pires chansons de chaque album des Beatles. Une démarche provocante ? Peut-être. Mais aussi révélatrice. Car si l’on scrute les défauts, on comprend mieux encore l’ampleur des réussites.

Sommaire

Des débuts hésitants : les balbutiements de la Beatlemania

Please Please Me (1963) ouvre l’épopée discographique des Beatles. Mais l’un de ses titres les plus iconiques, Love Me Do, se retrouve ici sur la sellette. Une hérésie ? Non, une lecture critique. Certes, le morceau marqua les débuts du groupe sur les ondes, mais il trahit une structure inachevée, une naïveté harmonique que les Beatles dépasseront rapidement.

Même constat pour With The Beatles, dont Little Child souffre de paroles datées et d’un traitement musical standardisé. On sent le groupe encore prisonnier des codes du rock’n’roll générique, avant l’envol vers des contrées plus ambitieuses.

Sur A Hard Day’s Night, When I Get Home paraît en retrait, morceau passe-partout noyé parmi les joyaux mélodiques du disque. De même, sur Beatles For Sale, c’est Every Little Thing qui divise : si certains saluent son audace harmonique, d’autres lui reprochent son aspect bancal et son manque d’impact.

Premiers pas vers la complexité, premières fautes de goût ?

À mesure que le groupe s’éloigne des amourettes teenage pour explorer des thématiques plus mûres, l’écriture se complexifie… et parfois trébuche.

Sur Help!, Tell Me What You See est pointé du doigt pour sa production molle et une ligne mélodique en demi-teinte. Pourtant, ce titre mineur reste révélateur d’une transition en cours : la candeur d’hier fait place à la recherche formelle.

C’est sur Rubber Soul (1965) que le débat devient plus idéologique. Le morceau Run for Your Life, écrit par Lennon, est aujourd’hui largement critiqué pour ses paroles menaçantes et misogynes. « I’d rather see you dead, little girl, than to be with another man » — une ligne que Lennon lui-même reniera par la suite. C’est ici la morale plus que la musique qui est en procès.

La dérision mal interprétée : Yellow Submarine

Sur Revolver, c’est Yellow Submarine qui suscite la controverse. Morceau enfantin ? Chanson potache ? Certains y voient un exercice ludique réussi, d’autres une rupture de ton regrettable dans un album aussi novateur. Mais peut-on vraiment reprocher aux Beatles de s’amuser ?

Même dilemme sur Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band avec Good Morning Good Morning. Derrière la batterie explosive de Ringo Starr, une chanson perçue comme fade par comparaison au reste de l’album. Lennon lui-même n’en gardait pas un souvenir impérissable.

Quand McCartney s’égare dans le rétro

L’album Magical Mystery Tour abrite un de ces morceaux ambigus : Your Mother Should Know. Paul McCartney, nostalgique des comédies musicales d’avant-guerre, s’amuse ici à convoquer les orchestrations du passé. Mais pour nombre d’auditeurs, l’effet tombe à plat. Ce n’est pas mauvais, mais c’est déplacé.

Sur le double blanc de The Beatles (1968), l’embarras du choix est presque cruel. Ob-La-Di, Ob-La-Da est souvent cité pour son refrain jugé enfantin, agaçant. Lennon la détestait. George Martin en était las. Quant à Wild Honey Pie, sa dissonance expérimentale divise : audace dadaïste ou simple remplissage ? Les opinions sont tranchées.

Et que dire de Revolution 9, expérience sonore radicale ? Beaucoup l’adorent pour sa radicalité. D’autres en ont gardé de véritables angoisses d’adolescence…

Les erreurs d’Abbey Road et l’effacement de George

L’opinion publique se montre plus partagée sur Abbey Road. Certains pointent Maxwell’s Silver Hammer pour ses paroles absurdes, d’autres Her Majesty, considéré comme un simple appendice. Mais c’est Mean Mr. Mustard qui est ici condamné : John Lennon lui-même l’a qualifié de « merde ». Une chanson inachevée, issue d’un embryon de triptyque bancal.

Sur Let It Be, c’est à nouveau George Harrison qui subit l’injustice du choix éditorial. For You Blue est sélectionnée au détriment de compositions plus abouties qu’il aurait pu proposer. Dans l’ombre de Something et Here Comes the Sun, ce blues léger paraît bien secondaire.

Ce que révèlent ces chansons dites « faibles »

Au fond, désigner les « pires chansons » des Beatles revient souvent à mesurer leurs écarts par rapport à une norme qu’ils ont eux-mêmes définie. Lorsqu’un morceau comme Love Me Do ou Ob-La-Di, Ob-La-Da est critiqué, c’est au regard du génie environnant. Ces chansons ne sont pas intrinsèquement mauvaises — elles souffrent de la comparaison.

Plus intéressant encore : ces titres souvent décriés sont ceux où les Beatles expérimentent, dérivent, se cherchent. Les essais infructueux précèdent les chefs-d’œuvre. La grandeur des Beatles tient aussi à leur capacité à oser — quitte à déplaire.

Et puis, la beauté de leur œuvre réside dans sa diversité. Ce que l’un rejette, l’autre l’adopte. Ce que l’on raille aujourd’hui, sera peut-être redécouvert demain, comme ce fut le cas pour Blue Jay Way, The Inner Light ou Long, Long, Long, autrefois négligées, aujourd’hui adorées.


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