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Let It Be : le rêve qui a inspiré l’un des plus beaux adieux musicaux

Publié le 24 avril 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Composée à la suite d’un rêve de Paul McCartney où sa mère défunte lui murmure « Let it be », cette chanson devient un hymne de réconfort et marque la fin douce-amère des Beatles.


Il est des chansons qui, au-delà de leur succès commercial ou de leur statut d’icône populaire, traversent les générations parce qu’elles touchent à quelque chose d’universel, de profondément humain. Let It Be, composée et interprétée par Paul McCartney, est de celles-là. Publiée en mars 1970, en pleine désintégration du plus célèbre groupe du monde, la chanson devient rapidement un chant de réconfort, une prière laïque. Mais derrière sa douceur apaisante se cache une histoire intime, marquée par la perte, le deuil et la quête de paix intérieure.

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Un rêve comme refuge : le retour de la mère disparue

C’est l’une des anecdotes les plus touchantes que McCartney ait partagées dans ses nombreuses confessions tardives. Invité par James Corden dans une séquence désormais célèbre de Carpool Karaoke, Paul raconte l’origine onirique de la chanson. Dans les années 1960, alors qu’il traverse une période de doute et d’anxiété liée aux tensions internes des Beatles, il rêve de sa mère, Mary Patricia McCartney, disparue lorsqu’il avait seulement 14 ans.

Dans ce rêve, elle lui apparaît sereine, rassurante, et prononce une phrase simple : « It’s gonna be OK. Just let it be. » Une phrase de mère, pleine de tendresse, de sagesse, et surtout de ce calme inaltérable que seule l’expérience et l’amour peuvent offrir. Cette phrase devient un mantra, un message à traduire en musique.

La perte de sa mère fut pour Paul un traumatisme précoce, mais aussi un socle affectif indéfectible. Contrairement à d’autres pertes, celle-ci ne cessa jamais d’habiter son imaginaire. Le fait qu’elle ressurgisse dans un rêve au moment le plus critique de sa vie adulte témoigne de la puissance des liens invisibles, de ces présences qui nous accompagnent même dans le silence des années.

« Mother Mary » : figure spirituelle ou souvenir personnel ?

Le public, en entendant Let It Be, associe immédiatement la « Mother Mary » évoquée au début de la chanson à une figure biblique, quasi mystique. Dans un contexte où les Beatles s’intéressent aux philosophies orientales, à la méditation transcendantale et à diverses formes de spiritualité, cette lecture semble cohérente. Mais Paul clarifie : ce n’est pas la Vierge Marie. C’est bien sa mère, Mary McCartney.

« C’est venu naturellement. Je n’ai pas pensé que cela prêterait à confusion. Pour moi, c’était elle », expliquera-t-il plus tard. Cette confusion, loin de trahir le propos de la chanson, lui donne au contraire une universalité supplémentaire. Chacun peut y projeter sa propre figure maternelle, protectrice, consolatrice.

Un autre récit : Brother Malcolm ?

Cependant, comme souvent avec les Beatles, les origines d’un morceau ne sont jamais totalement figées. Mal Evans, l’indispensable assistant et homme de l’ombre du groupe, racontera en 1975 dans une émission télévisée que Let It Be aurait aussi été inspirée par lui. Selon son témoignage, Paul, plongé dans une méditation, aurait eu une vision où Mal lui apparaissait et murmurait : « Let it be. »

Evans plaisante même sur le fait que la chanson aurait pu s’intituler Brother Malcolm, avant que McCartney ne préfère opter pour une formulation moins sujette à confusion. Fable ou réalité ? Difficile à dire. Une rare prise alternative de la chanson, dévoilée en 2018 dans une édition anniversaire du White Album, laisse entendre McCartney chanter : “When I find myself in times of trouble, Brother Malcolm comes to me.”

Qu’il s’agisse d’un clin d’œil amical ou d’une phase de travail momentanée, cette version renforce l’idée que Let It Be fut un morceau en gestation lente, fruit d’émotions diverses, nourries par les relations complexes entre les membres du groupe et leur entourage.

Une chanson pour tourner la page

Lorsqu’elle paraît en mars 1970, Let It Be est chargée d’une émotion particulière. L’album du même nom — assemblé dans des conditions chaotiques par le producteur Phil Spector — est le chant du cygne des Beatles. Quelques jours plus tard, Paul McCartney annonce officiellement qu’il quitte le groupe. La rupture, entamée depuis longtemps dans les faits, devient irréversible.

Mais Let It Be, par son ton apaisé, son piano contemplatif, ses chœurs solennels, ne parle pas de rupture. Elle parle d’acceptation. Elle n’est pas un cri de colère comme I’m So Tired ou Revolution, ni un constat amer comme The End. Elle est un baume. Un adieu sans rancune.

McCartney ne cherche pas à réparer, ni à expliquer. Il offre simplement une respiration. Et dans une époque marquée par les bouleversements politiques, les deuils collectifs et les désillusions post-soixante-huitardes, cette simple injonction à « laisser faire » — ou « laisser aller » — agit comme une incantation de sagesse.

Une portée universelle et intemporelle

Depuis sa sortie, Let It Be est devenu bien plus qu’un tube. Elle est une chanson-refuge, une consolation musicale reprise dans d’innombrables contextes : commémorations, mariages, funérailles, hommages. Elle traverse les époques, résonne dans toutes les cultures, et continue d’évoquer cette part de nous qui cherche la paix au milieu du tumulte.

C’est l’une des rares chansons qui semble véritablement parler à tous. Et cela, parce qu’elle est née d’un lieu de vulnérabilité, d’un moment où un homme — même célèbre, même adulé — cherchait juste à croire que tout irait bien.

« Let It Be », ou la musique comme transmission de la paix

Au fond, ce que Paul McCartney réussit avec Let It Be, c’est un geste rare : transformer la peine en lumière, le chagrin en réconfort. Il ne s’adresse pas seulement à ceux qui l’écoutent. Il s’adresse à l’enfant qu’il fut, à l’homme qu’il est devenu, à la mère absente devenue présence intérieure.

Et cette chanson, dans sa simplicité formelle, dans la grâce évidente de sa mélodie, dans la douceur de son message, continue d’être l’un des témoignages les plus purs de ce que la musique peut accomplir : faire du deuil un hymne, et du silence, une promesse de paix.


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