Le 24 avril 1976, Lennon et McCartney se retrouvent une dernière fois. Ensemble devant la télé, ils hésitent à reformer les Beatles pour 3000 dollars en direct à la télé américaine… mais renoncent.
C’est l’un de ces épisodes à la fois tendres et douloureux de l’après-Beatles. Une soirée new-yorkaise presque banale, un canapé, une télévision allumée, deux anciens complices assis côte à côte… et une proposition venue d’un studio de télévision qui aurait pu bouleverser l’histoire du rock. Le 24 avril 1976, John Lennon et Paul McCartney se retrouvent pour la dernière fois de leur vie, réunis dans l’intimité d’un appartement du Dakota Building, à Manhattan. Ce soir-là, ils auraient pu répondre à un appel à peine croyable : reformer les Beatles en direct à la télévision américaine, pour la modique somme de 3000 dollars. Ils ne le feront pas. Mais l’histoire, elle, est restée.
Sommaire
- L’appel insolite de Lorne Michaels à l’antenne de Saturday Night Live
- Une dernière soirée, une dernière complicité
- Le poids du passé, la légèreté du présent
- George Harrison tente sa chance… avec humour
- Et si… ?
- Une fin douce-amère
L’appel insolite de Lorne Michaels à l’antenne de Saturday Night Live
En 1976, Saturday Night Live n’en est qu’à ses balbutiements. Le show satirique, devenu depuis une institution de la télévision américaine, cherche encore ses marques, mais mise déjà sur l’irrévérence. Ce 24 avril, le producteur Lorne Michaels prend la parole devant les caméras et, avec un aplomb délicieux, lance une offre publique aux Beatles :
« Tout ce que vous avez à faire, c’est chanter trois chansons des Beatles. ‘She Loves You’, yeah, yeah, yeah — ça vaut 1 000 dollars à elle seule. […] L’offre est de 3 000 dollars pour le groupe, à vous de répartir comme vous voulez. Si vous voulez donner moins à Ringo, c’est votre problème. »
Le ton est volontairement absurde, presque moqueur. Mais l’appel, lui, est bel et bien réel. Et le destin, dans un clin d’œil que seul l’univers Beatles pouvait imaginer, veut que Paul McCartney soit justement chez John Lennon à ce moment précis, à New York. Ils regardent l’émission ensemble. Ils entendent l’offre. Et ils y pensent. Sérieusement.
Une dernière soirée, une dernière complicité
Lennon racontera plus tard :
« Paul était en visite chez nous, au Dakota. On regardait l’émission, et on a presque pris un taxi pour aller au studio. Juste pour rire. On s’est dit : ‘Ce serait marrant, non ?’ Mais on était trop fatigués. »
McCartney, de son côté, confirmera :
« John a dit : ‘On devrait y aller, juste toi et moi. On est deux, alors on prend la moitié de l’argent.’ Et pendant une seconde, c’était tentant. Mais ça aurait été du travail, et on passait une soirée de détente, alors on a décidé de ne pas y aller. C’était une belle idée… on a failli le faire. »
Le récit fait frémir. On imagine la scène : Lennon et McCartney, complices, en train de rire doucement devant le poste, évoquant à demi-mot ce qu’ils ne peuvent plus vraiment envisager. Le rêve d’un public planétaire, celui d’une reformation des Beatles, a tenu ce soir-là à une poignée de fatigue, à une humeur nonchalante, à une soirée “off”.
Le poids du passé, la légèreté du présent
Ce moment suspendu est d’autant plus touchant qu’il intervient six ans après la séparation du groupe, et quatre ans avant la mort tragique de John Lennon. À l’époque, les rumeurs de reformation sont incessantes. Les offres pleuvent, les producteurs rivalisent de propositions pharaoniques. Mais les quatre ex-Beatles, désormais éparpillés dans leurs trajectoires personnelles, n’ont plus grand goût à rejouer le passé.
Pourtant, cette soirée au Dakota est marquée par une complicité retrouvée, presque adolescente. Il ne s’agit pas de musique, pas d’affaires, mais de deux amis qui se retrouvent, loin du tumulte. Ils partagent un moment simple, dans un silence post-glorieux. Rien ne sera enregistré. Rien ne sera joué. Mais quelque chose d’invisible circule encore entre eux.
George Harrison tente sa chance… avec humour
L’histoire ne s’arrête pas là. Quelques mois plus tard, George Harrison est invité à son tour dans Saturday Night Live. Et il n’a pas oublié la fameuse proposition de Lorne Michaels. En ouverture de l’émission, une séquence humoristique met en scène Michaels expliquant à Harrison que l’offre de 3 000 dollars était bien pour les quatre Beatles — donc 750 dollars chacun.
Harrison, pince-sans-rire, tente quand même de négocier :
« Mais je suis là, moi. Je peux avoir le chèque en entier ? »
Michaels réplique :
« Si ça ne tenait qu’à moi, tu pourrais l’avoir. Mais je pensais que tu comprendrais qu’il s’agissait d’un montant global… »
Harrison finira par accepter 250 dollars supplémentaires pour avoir dit la fameuse phrase d’ouverture : “Live from New York, it’s Saturday Night!” Le ton est à la blague, mais l’ombre d’un regret flotte toujours.
Et si… ?
Cette anecdote, cocasse en apparence, soulève une question lancinante : et si Lennon et McCartney avaient sauté dans ce taxi ? Que se serait-il passé ? Aurait-on assisté à une reformation improvisée ? Un simple sketch ? Ou bien l’étincelle d’un renouveau musical ? Le public de SNL, ce soir-là, aurait été témoin de l’un des plus grands moments de l’histoire de la musique populaire.
Mais ce moment n’a pas eu lieu. Et peut-être est-ce mieux ainsi. Car ce qu’il reste de cette nuit, ce ne sont pas des accords, ni des harmonies, mais une image profondément humaine : deux hommes autrefois déifiés, redevenus simplement amis, le temps d’une soirée. Ce fut leur ultime rencontre, leur dernière conversation en face à face.
Une fin douce-amère
La dernière fois que Lennon et McCartney ont partagé un instant ensemble n’a pas été sur une scène, ni dans un studio. Ce fut dans un salon. Ce n’était pas une reformation. C’était un moment de paix. Et peut-être que, dans cette simplicité, se trouvait déjà la plus belle forme de réconciliation.
L’ironie finale ? C’est le comique Lorne Michaels, en lançant une plaisanterie absurde, qui aura offert à l’histoire des Beatles l’un de ses plus beaux “et si…”. Un clin d’œil, une parenthèse, un souffle d’émotion dans un récit souvent trop lourd de légende.
Lennon et McCartney n’ont pas pris ce taxi. Mais dans l’imaginaire collectif, ils l’ont presque fait. Et parfois, presque, c’est déjà beaucoup.
