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Friar Park : Dhani Harrison redonne vie au manoir de George

Publié le 25 avril 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Au cœur d’Henley-on-Thames, dans le comté verdoyant de l’Oxfordshire, se dresse une bâtisse presque mythique aux yeux des amateurs de rock : Friar Park. Ce manoir victorien, aux allures de château gothique tout droit sorti d’un conte anglais, a été pendant plus de trois décennies le refuge paisible, mais aussi parfois tourmenté, de George Harrison. Aujourd’hui, vingt-deux ans après la disparition du plus discret des Beatles, c’est son fils unique, Dhani Harrison, qui reprend le flambeau. Une nouvelle page s’écrit pour ce domaine chargé d’histoire, mêlant hommage filial et modernité architecturale.

Sommaire

Une demeure marquée par l’histoire, la musique… et le drame

Lorsque George Harrison acquiert Friar Park en 1970, il n’est plus simplement le « quiet Beatle ». Il est un artiste en quête de sens, ébranlé par les dissensions internes qui mèneront peu après à la séparation des Beatles. Le manoir devient rapidement plus qu’une résidence : un sanctuaire spirituel et créatif. C’est là, dans ces jardins restaurés par ses soins et ceux de son épouse Olivia, qu’il enregistre les premières maquettes de All Things Must Pass, son chef-d’œuvre solo. La célèbre pochette de l’album le montre assis dans la pelouse de Friar Park, entouré de quatre gnomes – interprétation ironique de ses anciens camarades de Liverpool.

Mais Friar Park est également le théâtre d’un épisode tragique et trop souvent oublié. Le 30 décembre 1999, un intrus schizophrène nommé Michael Abram pénètre dans le manoir et attaque Harrison avec une violence inouïe, le poignardant à quarante reprises. L’ancien Beatles, grièvement blessé, survit de justesse grâce à l’intervention d’Olivia. Cet événement, aussi brutal que surréaliste, scelle définitivement le caractère à la fois magique et maudit de la demeure.

Un héritage transmis de père en fils

Aujourd’hui âgé de 46 ans, Dhani Harrison n’est plus le jeune garçon discret que l’on apercevait aux abords des concerts hommage de son père. Musicien accompli, récompensé aux Grammy Awards, il a su tracer son propre chemin, entre rock alternatif, expérimentations électroniques et collaborations prestigieuses. Mais le lien à George demeure omniprésent. La musique, bien sûr, mais aussi Friar Park, devenu le cœur battant d’un héritage familial.

Ce mois d’avril 2025, Dhani a repris les rênes d’un projet de construction amorcé il y a quatre ans par sa mère Olivia. Il s’agit de bâtir une nouvelle maison sur l’emplacement d’un ancien court de tennis désaffecté, niché dans les vastes jardins du domaine. L’idée n’est pas de remplacer, mais d’ajouter, avec discrétion et sensibilité, un nouveau chapitre à ce lieu emblématique.

Une architecture pensée dans le respect du patrimoine

L’autorisation initiale, accordée en 2021 à Olivia Harrison, prévoyait une résidence de deux chambres, construite en bois de chêne, comprenant cuisine ouverte, salon, salle de musique et plusieurs pièces à l’étage. Les nouvelles demandes formulées par Dhani portent sur des ajustements d’ordre esthétique : ajout d’une salle technique, modification des ouvertures, remplacement de fenêtres carrées par des fenêtres rondes, suppression d’un clocher initialement prévu, ajout de portes-fenêtres… ainsi que l’introduction de trois « dragon finials », ces ornementations typiquement victoriennes qui ornent les toitures.

La South Oxfordshire District Council, en charge de l’instruction du dossier, a précisé que ces changements ne dénatureraient pas l’esprit du projet initial, ni l’intégrité patrimoniale de Friar Park, classé Grade II – une protection spéciale accordée aux bâtiments d’intérêt historique et architectural en Angleterre. L’enquête publique menée ce printemps n’a d’ailleurs suscité aucune objection, signe d’un respect mutuel entre la famille Harrison et les riverains de Henley.

Friar Park : du château gothique à l’éden horticole

Quand George acquiert Friar Park en 1970, la propriété est dans un état de décrépitude avancée. Construite en 1889 par l’avocat et excentrique Sir Frank Crisp, la demeure est alors à deux doigts d’être démolie. Mais Harrison, fasciné par les lieux et leur atmosphère fantasque, décide de la sauver. Il y investit une énergie considérable, réhabilitant les bâtiments mais surtout redonnant vie aux jardins, véritables œuvres d’art botaniques.

Des grottes artificielles aux fontaines rococo, des bassins en cascade aux serres restaurées, chaque recoin de Friar Park devient un prolongement de la quête spirituelle de George. C’est ici qu’il s’initie au jardinage, aux textes védiques, à la méditation transcendantale – autant d’éléments qui nourrissent ses compositions, notamment sur les albums Living in the Material World ou Brainwashed, ce dernier sorti à titre posthume en 2002.

Dhani Harrison : un bâtisseur moderne sur les traces du passé

L’implication de Dhani dans le développement de Friar Park ne surprendra pas les connaisseurs de la famille. Depuis la mort de son père, il veille scrupuleusement à la préservation de son héritage musical et spirituel. Il a supervisé la remastérisation de All Things Must Pass, sorti en édition deluxe pour ses 50 ans, et participé activement au documentaire Get Back de Peter Jackson, où il apparaissait aux côtés de Paul McCartney et Ringo Starr lors de séances privées d’écoute.

Mais au-delà de la mémoire, Dhani est aussi un homme de son temps. Ce projet de construction s’inscrit dans une vision durable et cohérente, où l’architecture contemporaine dialogue avec le charme victorien sans le trahir. Son attachement au lieu ne relève pas de la simple nostalgie : il s’agit d’une transmission vivante, organique, presque musicale dans son essence.

Le manoir, la légende et le monde

Friar Park continue, encore aujourd’hui, de fasciner les fans du monde entier. Rares sont ceux qui ont pu pénétrer au-delà de ses grilles, tant la famille Harrison tient à préserver son intimité. Pourtant, le manoir est omniprésent dans l’imaginaire collectif : dans les pochettes d’albums, les clips, les anecdotes, mais aussi dans le murmure d’une époque où les Beatles, bien que séparés, continuaient d’irradier la culture mondiale.

Le projet mené par Dhani ravive cette mémoire, tout en l’inscrivant dans un futur sobre et apaisé. Il ne s’agit pas d’un musée figé, mais d’un lieu de vie, de création potentielle, peut-être de musique encore. Un lieu où les souvenirs ne se taisent pas, mais dialoguent avec le présent.

Une attente teintée d’émotion

La décision officielle des autorités locales est attendue pour le 1er mai. Tout semble indiquer que l’approbation sera accordée, tant le projet se montre respectueux des prescriptions du patrimoine et des souhaits de la communauté. Mais au-delà de l’enjeu administratif, c’est une aventure plus intime qui se joue : celle d’un fils poursuivant l’œuvre silencieuse de son père, non pas dans l’ombre, mais dans la lumière douce d’un jardin anglais.

Dhani Harrison ne se contente pas de porter un nom célèbre ; il incarne la continuité d’une vision, à la croisée de la nature, de la spiritualité et de l’art. Friar Park, avec ses allées sinueuses, ses étangs secrets et ses souvenirs de musique éternelle, s’apprête à écrire un nouveau chapitre. Plus qu’un simple projet immobilier, c’est une promesse : celle que les choses, même si elles doivent passer, peuvent aussi perdurer.


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