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Jimmy Page et les Beatles : l’anecdote oubliée d’un nom légendaire

Publié le 25 avril 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

En 1960, Jimmy Page accompagne un poète à Oxford, juste avant que ce dernier ne suggère aux Beatles leur nom légendaire. Une anecdote fascinante qui relie Led Zeppelin aux origines du mythe Beatles.


Les destins croisés de The Beatles et de Led Zeppelin dessinent deux chapitres distincts de l’épopée rock. D’un côté, les quatre garçons dans le vent : vecteurs de l’explosion pop des années 1960, pionniers de l’avant-garde psychédélique et architectes d’une musique qui épousa les bouleversements culturels de leur temps. De l’autre, les héritiers rugissants : Led Zeppelin, incarnation des années 1970 naissantes, armés d’une esthétique sombre, sexuelle, épique — un hard rock incandescent que The Beatles n’avaient qu’effleuré. Deux mondes, deux époques.

Et pourtant, entre ces deux mythes du rock, il existe un fil discret, inattendu, tendu en 1960 dans une salle de conférence d’Oxford : Jimmy Page, alors adolescent, assistant involontaire d’un moment fondateur des Beatles.

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L’ombre d’un nom : des Silver Beetles aux Beatles

Au commencement, ils s’appelaient The Silver Beetles. Le clin d’œil aux Crickets de Buddy Holly était transparent. Mais le groupe, encore balbutiant, cherchait sa voie, son identité — et surtout son nom. C’est là qu’entre en scène Royston Ellis, poète beat britannique excentrique, figure marginale mais influente du Londres bohème du début des sixties.

En 1960, Ellis côtoie brièvement les Beatles à Liverpool. Fasciné par leur potentiel brut, il leur suggère d’abandonner ce nom fade de Silver Beetles. Ellis, proche du courant beat, propose un jeu de mots audacieux, subtil : The Beatles — avec un « a » —, clin d’œil simultané à la beat generation et au rythme (beat) de leur musique. Une trouvaille sémantique fulgurante, aussi symbolique que phonétiquement parfaite.

Jimmy Page, adolescent dans l’ombre d’un changement

Ce que l’histoire a longtemps oublié, c’est que lors d’une lecture publique de Royston Ellis à l’Université d’Oxford, en 1960, un très jeune Jimmy Page l’accompagne à la guitare. Il a 16 ans, il est déjà un prodige discret du studio, arpenteur infatigable des séances de rock naissant.

Page lui-même révélera l’anecdote bien des décennies plus tard, en 2017, lors d’un retour à Oxford. « J’étais venu ici pour accompagner un poète, dit-il, je ne me souvenais pas que c’était ici, mais j’ai eu un flash… » Le poète, c’était Royston Ellis. Et ce jour-là, Ellis récitait ses vers accompagnés de la guitare de Page, juste avant de rejoindre Liverpool, où il allait suggérer aux Beatles leur nom définitif.

Page n’a jamais prétendu avoir influencé ce choix. Il ne le pourrait pas. Mais il a été, l’espace d’un instant, le musicien de l’homme qui allait souffler leur nom à Lennon et McCartney. Et cette proximité, aussi fugace soit-elle, a de quoi fasciner.

Une génération transitionnelle

Il serait tentant de ne voir là qu’un détail, une coïncidence. Mais cette anecdote agit comme un pont entre deux courants. D’un côté, le Liverpool encore modeste d’un groupe en gestation, de l’autre, le Londres de la bohème beat. Au milieu, le futur guitar hero, encore inconnu, déjà partout.

Jimmy Page est l’un des enfants les plus précoces du rock anglais. Avant même que Led Zeppelin ne naisse, il joue sur des centaines de disques. Il est l’ombre du son britannique des années 1960. Et avant d’être le héraut du hard rock, il fut le témoin discret d’une révolution sémantique. L’histoire de The Beatles ne serait pas tout à fait la même si leur nom n’avait pas eu ce « a ».

Beatles et Zeppelin : deux langages, une même grammaire

Jimmy Page n’a pas aidé les Beatles à composer. Il n’a jamais posé un solo sur Revolver, ni joué une note sur The White Album. Mais il a reconnu, tout au long de sa carrière, l’immensité de leur influence. Dans une interview, il déclara :

« Ils ont posé des questions sociales avec leurs cheveux longs et leurs sandales… C’était cool à l’époque. Leur développement musical est inégalé. »

Et il n’a pas tort. Car avant même d’être une formation musicale, les Beatles ont été un phénomène socio-culturel total, un modèle d’évolution artistique fulgurante. De Love Me Do à A Day in the Life, leur œuvre épouse les courbes d’une décennie entière. Et Page, comme tant d’autres, fut leur héritier autant que leur admirateur.

Une transmission de témoin symbolique

Lorsque les Beatles se séparent en 1970, Led Zeppelin est à son zénith. Leur premier album est sorti l’année précédente, et le monde du rock n’a plus le même visage. Finie l’esthétique psychédélique chatoyante, place aux riffs saturés, aux envolées mystiques, à une sensualité plus sombre. Page prend le flambeau là où les Beatles l’avaient laissé.

Mais ce flambeau, il en avait peut-être senti la chaleur dès l’âge de 16 ans, dans cette salle d’Oxford, en gratouillant quelques accords derrière un poète excentrique.

L’histoire se tisse dans les marges

Ce type d’anecdote n’a pas sa place dans les grandes lignes des biographies officielles. Et pourtant, elle nous rappelle que l’histoire de la musique ne se fait pas toujours dans les studios légendaires, ni sur les scènes sacrées. Parfois, elle se joue à la lisière, dans un amphithéâtre universitaire, entre un poème récité et un accord de guitare.

Et dans ce discret croisement entre Jimmy Page, Royston Ellis et les jeunes Beatles, c’est une page — sans jeu de mots — de l’histoire du rock qui se tourne, presque en silence.

Jimmy Page n’a pas donné leur nom aux Beatles. Mais il était là, juste à côté, lorsque cela s’est produit. Et rien que pour cela, il fait partie, en filigrane, de la plus grande légende du rock.


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