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Quand John Lennon clashait Bob Dylan : la foi en ligne de mire

Publié le 26 avril 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Déçu par la conversion chrétienne de Bob Dylan, John Lennon ne mâcha pas ses mots, allant jusqu’à le parodier dans une chanson acerbe, symbole de son refus de toute autorité spirituelle.


On aurait tort d’oublier que John Lennon, apôtre autoproclamé de la paix et de l’amour, était également capable d’une virulence sans égale. Jamais avare d’une opinion tranchée, il maniait la critique avec une acérité peu commune, fruit sans doute de cette même intransigeance qui porta les Beatles au sommet du monde.

Dès le début de leur carrière, lorsque le groupe se détourna des bluettes adolescentes pour explorer des thèmes plus profonds, Lennon, McCartney et leurs comparses n’étaient guère que des jeunes hommes d’une vingtaine d’années. Leur métamorphose artistique, nourrie par leur soif d’authenticité, fut audacieuse et précoce.

L’influence primordiale de Bob Dylan

Le tournant vers une écriture plus introspective doit beaucoup à la découverte, en 1964 à Paris, de The Freewheelin’ Bob Dylan. Ce fut une révélation pour les Beatles, et pour Lennon en particulier, qui reconnaîtra plus tard avoir tenté d’imiter le style du troubadour américain dans des titres comme « Norwegian Wood ».

Paul McCartney évoquera même ce moment comme la découverte du « sens de la vie ». Dylan, pour Lennon, fut un héros, une figure tutélaire capable de montrer qu’une chanson pouvait être le véhicule d’une pensée complexe et d’une poésie brute.

Le déclin d’un héros aux yeux de Lennon

Mais Lennon était un iconoclaste, même envers ses propres idoles. Lorsque Bob Dylan, à la fin des années 1970, entama sa période chrétienne avec l’album Slow Train Coming, Lennon, désabusé, ne cacha pas son mépris.

Dans un enregistrement de 1979, il railla sans ménagement Dylan et son titre phare « Gotta Serve Somebody », rebaptisé ironiquement « Everybody’s Gotta Get Served ». « Il veut être serveur pour le Christ, » s’esclaffe-t-il dans un dictaphone, avant de pourfendre à la fois l’accompagnement musical, qu’il juge « médiocre », la voix de Dylan, « pathétique », et surtout des paroles qu’il qualifie d’« embarrassantes ».

« Serve Yourself » : la réplique acerbe de Lennon

Jamais à court d’ironie, Lennon poussa la satire jusqu’à composer « Serve Yourself », une parodie enregistrée à domicile, dévoilée au public en 1998 dans l’anthologie posthume John Lennon Anthology. Avec un humour grinçant, il y tourne en ridicule la démarche spirituelle de Dylan : « Tu me dis que tu as trouvé Jésus / Christ ! Eh bien c’est super, mais c’est le seul / Tu me dis que tu as trouvé Bouddha ? Il est assis sur son cul au soleil ! »

Dans cet exercice de démolition, Lennon exprimait un profond dépit : voir l’un des plus grands esprits libres du rock s’assujettir à un dogme religieux était, à ses yeux, une trahison de l’idéal même de liberté créative.

La défense opiniâtre de Dylan

Il serait cependant réducteur de considérer Gotta Serve Somebody comme un échec artistique. Bien que cette période dite « chrétienne » ait été commercialement décevante — Saved n’atteignant que la 24ème place du classement américain et Shot of Love la 33ème — Dylan, lui, considérait cet épisode comme l’un des plus authentiques de sa carrière.

Dans une interview de 1983, il déclara sans ambages : « Shot of Love est mon album le plus explosif. » Deux ans plus tard, il renchérissait : « Les critiques n’ont pas permis au public de se faire sa propre opinion. Tout ce qu’ils retenaient, c’était Jésus par-ci, Jésus par-là. »

Pour Dylan, son engagement spirituel était moins une reddition qu’un prolongement naturel de sa quête personnelle. Mais aux yeux de Lennon, tout cela sentait l’abdication de la pensée critique au profit d’un conformisme nouveau, certes religieux, mais conformisme tout de même.

Une querelle d’icônes à l’image de leur époque

Au fond, l’affrontement entre Lennon et Dylan n’était pas qu’une querelle d’égo ou de goûts. Il symbolisait un tiraillement plus large : celui d’une génération qui, après avoir brûlé de changer le monde, se trouvait face à ses propres contradictions et désillusions.

Lennon, fidèle à lui-même, refusa jusqu’au bout toute forme d’évasion spirituelle imposée. Il prôna l’affranchissement de toute autorité, même divine. C’est peut-être ce refus viscéral d’accepter l’évidence, ce besoin constant de remettre en cause les idoles, qui fit de John Lennon non seulement un génie musical, mais aussi un symbole inaltérable d’insoumission.


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