Lorsqu’Allen Kleinentre dans la vie des Beatles en1969, le groupe est au bord de l’implosion.Sans manager depuis la mort de Brian Epstein, rongé par des conflits internes et des finances chaotiques, le plus grand groupe du monde a besoin d’unhomme fortpour remettre de l’ordre. Mais Klein, bien plus qu’un simple redresseur de comptes, est unrequin impitoyable, un manipulateur au talent redoutable pourséduire, puis broyerceux qui croisent son chemin.
Avec un style agressif, une approche sans concessions et un flair inégalé pour négocier les contrats,Klein a transformé l’industrie musicale. Mais son passage chez les Beatles, censé être leur planche de salut financière,a surtout accéléré leur chute. À la foissauveur et fossoyeur, il restera comme l’un despersonnages les plus controversés de leur histoire.
Sommaire
- Un prédateur financier au service des rock stars
- Le coup de maître : Séduire John Lennon et diviser les Beatles
- Un manager efficace, mais destructeur
- Les succès de Klein : contrats records et restructuration d’Apple
- De la trahison à la guerre ouverte
- Le scandale du Concert pour le Bangladesh
- La vengeance : L’affaireMy Sweet Lord
- L’héritage d’Allen Klein : visionnaire ou arnaqueur ?
Un prédateur financier au service des rock stars
Né àNewark (New Jersey) le 18 décembre 1931, dans une famille juive immigrée de Hongrie, Allen Klein grandit dans unorphelinat après la mort prématurée de sa mère. Déterminé à ne jamais connaître la pauvreté, il devient unas des chiffres, avec une capacité hors norme àdétecter les failles comptables dans les contrats des artistes.
De Sam Cooke aux Rolling Stones : La méthode Klein
Après un début de carrière dans l’audit,il comprend rapidement que les maisons de disques exploitent systématiquement leurs artistes, sous-payés malgré leurs succès. Klein se spécialise alors dans larécupération des royalties non versées, devenant unhéros pour les musicienset uneterreur pour les labels.
En1963, il gère les affaires deSam Cooke, obtenant pour lui un contrat révolutionnaire oùl’artiste garde les droits sur sa musique, un exploit rare à l’époque. Sa réputation explose, et il devient rapidement le manager d’innombrables stars, dontThe Rolling Stones.
Avec les Stones, il imposeun modèle économique implacable, prenant un contrôle absolu sur leur cataloguepré-1971. Mais bientôt,Jagger et Richards comprennent qu’ils ont été dupéset le virent en 1970… sans récupérer leurs droits, qui restent entre les mains de Klein.
C’est dans ce contexte que Klein se tourne versles Beatles, flairant uncoup financier monumental.
Le coup de maître : Séduire John Lennon et diviser les Beatles
En1969, Apple Corps, l’empire économique des Beatles,est un chaos financier. Sans Brian Epstein,ils perdent des millions dans des projets inutiles, et les tensions internes sont à leur paroxysme.
Paul McCartney veutconfier leurs finances à Lee Eastman, son beau-père, un avocat respecté. Mais Lennondéteste Eastman, qu’il voit comme unbourgeois manœuvrant dans l’ombrepourmettre Apple sous le contrôle de McCartney.
Klein, flairant l’opportunité,approche directement Lennonet le séduit immédiatement. Le28 janvier 1969, après une seule réunion,Lennon l’engage sur-le-champ comme son conseiller personnel.
« Je suis allé au rendez-vous en pensant que j’allais me faire baiser, et je suis ressorti en pensant qu’il était fantastique. »
—John Lennon
McCartneys’oppose violemment, mais George et Ringo, influencés par Lennon, soutiennent Klein. Paul, isolé,refuse de signer le contrat, ce qui entraîneune rupture irrémédiable entre lui et les autres.
Un manager efficace, mais destructeur
Les succès de Klein : contrats records et restructuration d’Apple
Malgré les tensions,Klein obtient rapidement des résultats impressionnants:
- Renégociation du contrat EMI, garantissant aux Beatles les royalties les plus élevées de l’histoire de la musique.
- Lancement du single « Something »/ »Come Together », une première pour le groupe qui n’avait jamais extrait de single d’un album.
- Relance du projetGet Back, qui devientLet It Be.C’est lui quifait venir Phil Spector, un choix qui ulcère McCartney.
- Rationalisation d’Apple: il coupe les dépenses, vire des employés inutiles etmet fin à l’utopie économique des Beatles.
MaisKlein impose aussi un régime de terreur. Illicencie Alistair Taylor, fidèle assistant des Beatles depuis des années, etsupprime des branches d’Apple, notammentZapple, le label expérimental de George Harrison.
McCartney, déjà méfiant,comprend alors que Klein est en train d’enfoncer le dernier clou dans le cercueil des Beatles.
De la trahison à la guerre ouverte
En1970, McCartneyintente un procès contre les autres Beatles, un acte qui choque le monde entier, mais quilui permet de dissoudre officiellement leur partenariat.Le divorce est consommé.
Mais Klein continued’exploiter le catalogue des Beatleset accompagneLennon et Harrisondans leurs carrières solo.
« Si Klein nous baise, je ne vois pas comment. »
—Paul McCartney (1971)
Le scandale du Concert pour le Bangladesh
En1971, Klein gère les finances duConcert pour le Bangladesh, organisé parGeorge Harrison. Mais au lieu desécuriser les fonds avant l’événement, il attend après pour négocier, entraînantune enquête fiscale et le gel d’une partie des dons.
Harrison et Lennon, furieux, le virent en1973. Kleinriposte en les poursuivantpour19 millions de dollars, avant de transiger pour4,2 millionsen 1977.
« Steel and Glass », sur l’albumWalls and Bridgesde Lennon (1974), est une attaque à peine voilée contre Klein.
« Beware of ABKCO », chante Harrison dansBeware of Darkness, en référence à la société de Klein.
La vengeance : L’affaireMy Sweet Lord
L’épisode le plus cynique de la carrière de Klein estl’affaireMy Sweet Lord.
George Harrison est poursuivi pourplagiatdeHe’s So Fine(The Chiffons, 1963). Klein, qui le représente au début, lui conseille deracheter les droits de la chanson pour clore l’affaire. Mais lorsqueHarrison le vire, Kleinrachète lui-même les droits et devient son opposant en justice, tentant d’empocher les millions de dédommagements.
La justicedéclare l’acte immoral, et Harrison récupère finalement les droits, maiscet épisode confirme que Klein est prêt à trahir quiconque pour de l’argent.
L’héritage d’Allen Klein : visionnaire ou arnaqueur ?
Malgré sonimplication destructrice chez les Beatles, Klein arévolutionné l’industrie musicale. Il a permis aux artistes derécupérer des sommes astronomiques, et a inspiréune nouvelle génération de managers plus agressifs.
Mais sonabsence totale d’éthiquel’a aussi transformé enparia de l’industrie. Si les Beatles ont survécu à Klein, ilsont payé un prix élevépour l’avoir laissé entrer dans leur empire.
Il meurt en2009, des suites de la maladie d’Alzheimer, aprèsdes décennies à régner sur son catalogue musical.
Son passage chez les Beatles reste unehistoire de promesses, de manipulations et de ruines, un exemple parfait del’avidité incontrôlée qui a déchiré le plus grand groupe du monde.
Allen Klein : un génie des affaires, un prédateur, et l’homme qui a su diviser les Beatles mieux que personne.
