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Wings Greatest : la compilation qui a marqué la carrière de Paul McCartney

Publié le 26 avril 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Sorti en 1978, Wings Greatest est la première compilation officielle de Paul McCartney après les Beatles, marquant la fin de son contrat avec Capitol. Rassemblant douze titres emblématiques de la période 1971-1978, dont Live and Let Die et Mull of Kintyre, l’album offre un panorama condensé de son succès avec Wings. Malgré l’absence de certains hits majeurs, il symbolise la transition vers une nouvelle ère pour McCartney, affirmant son statut de star solo. La pochette, une sculpture Art déco photographiée dans la neige, renforce l’aura iconique de cette anthologie incontournable.


Lorsque paraissent les premières notes de Wings Greatest au Royaume-Uni le 1er décembre 1978, personne ne se doute encore que cette compilation va revêtir une importance particulière dans l’histoire de Paul McCartney après les Beatles. L’album marque la fin de sa collaboration américaine avec Capitol et constitue le premier véritable récapitulatif officiel de sa carrière post-Beatles, au travers de Wings et de quelques succès antérieurs. C’est un projet où se mêlent volonté commerciale, compromis d’édition et réflexion artistique, au terme d’une décennie 1970 qui aura vu Paul McCartney consolider sa réputation en tant que leader de son propre groupe.

Au fil de ce long article, on explorera la genèse de ce disque, ses enjeux, son contenu et son héritage. Nous plongerons aussi dans le contexte de l’époque, dans l’aventure tumultueuse de Wings et les détails de sa pochette iconique, pour mieux comprendre l’importance de Wings Greatest en 1978 et au-delà.

Sommaire

  • Une décision cruciale : la fin d’un contrat avec Capitol
  • Un projet initialement plus ambitieux : la tentation du double album
  • Un pont entre la carrière solo et l’aventure Wings
  • Les titres sélectionnés : un aperçu
  • La pochette : une photographie enneigée et une statuette Art déco
  • Le verso : retouches et disparitions de musiciens
  • Une sortie synonyme de transition et d’aboutissement
  • Les morceaux absents : un choix discutable ?
  • Le cas bulgare et l’absence de “Live and Let Die”
  • La suite : rééditions et réception dans la durée
  • L’énigme du projet
  • Cold Cuts
  • Le débat autour de “Greatest Hits” et de l’héritage Beatles
  • Les retombées critiques et le regard du temps
  • L’impact sur la suite de la carrière de Paul McCartney
  • Réévaluer aujourd’hui : pourquoi
  • Wings Greatest
  • reste pertinent
  • Une pochette ancrée dans l’imaginaire collectif de Wings
  • Entre le passé et le futur : l’horizon de
  • Back to the Egg
  • Le regard actuel sur
  • Wings Greatest
  • Une compilation devenue objet de collection
  • Un aperçu des titres figurant sur
  • Wings Greatest
  • Au-delà de la compilation : la force d’une décennie musicale
  • Un album encore vivant dans l’esprit des fans
  • L’héritage et la perception contemporaine
  • Ainsi, avec
  • Wings Greatest
  • , c’est tout un pan de l’histoire post-Beatles qui se trouve résumé en douze chansons :

Une décision cruciale : la fin d’un contrat avec Capitol

En cette fin des années 1970, Paul McCartney est déjà l’une des figures majeures du rock. Après la séparation des Beatles en 1970, il lance sa carrière solo, épaulé par sa compagne Linda McCartney, avant de fonder Wings en 1971 avec Denny Laine et d’autres musiciens. Les années passent et l’ancien Beatle, même s’il ne retrouve jamais tout à fait l’engouement suscité par le quatuor de Liverpool, peut se targuer d’une réussite extraordinaire : Wings classe plusieurs disques au sommet des charts, notamment Red Rose Speedway (1973), Band on the Run (1973) et Wings at the Speed of Sound (1976). Entre-temps, le groupe sillonne le monde, de l’Europe aux états-Unis, pour des tournées à succès.

Pourtant, sur le plan contractuel, la fin de la décennie annonce un changement de taille : Paul McCartney choisit de quitter Capitol pour signer un nouveau contrat, très généreux, avec Columbia Records en Amérique du Nord. Il reste toutefois chez EMI dans le reste du monde. Or, avant de partir, il souhaite laisser une empreinte chez Capitol, un témoignage sous forme de compilation rassemblant quelques-uns de ses plus grands succès. Tel est le rôle de Wings Greatest, ultime parution de Wings chez Capitol aux états-Unis. Pour beaucoup, c’est donc l’occasion de dresser un bilan d’une période faste : la première moitié des seventies a vu McCartney et son groupe accumuler des tubes, et Wings Greatest se propose d’en compiler l’essentiel.

Un projet initialement plus ambitieux : la tentation du double album

La trajectoire de Wings Greatest n’est pas exempte d’hésitations. Dans l’esprit de McCartney, l’idée germe de produire un double disque. Le bassiste-chanteur a en effet de quoi remplir deux galettes : en 1978, il a déjà publié de nombreux singles au succès retentissant, auxquels s’ajoutent plusieurs inédits potentiels. Le projet inclut même la possibilité de joindre un second LP intitulé Cold Cuts, compilation d’enregistrements non publiés, de maquettes et autres raretés de Wings. Mais l’idée est finalement abandonnée. Les impératifs commerciaux, la nécessité d’une compilation plus concise pour toucher un public élargi, et peut-être l’empressement de McCartney de finaliser son départ de Capitol font que Cold Cuts ne voit pas le jour (du moins pas sous cette forme). à la place, on choisit une seule galette, condensée en douze chansons, afin de réunir quelques-uns des plus grands succès de l’ère Wings, sans pour autant couvrir toute la discographie.

Cette orientation a un effet notable : certains tubes, comme «Listen to What the Man Said», numéro un aux états-Unis en 1975, se retrouvent exclus de la sélection. De même, aucun morceau de l’album Venus and Mars ne figure sur la compilation, ce qui peut surprendre au regard de la popularité de ce disque. D’autres chansons, pourtant marquantes de la période, ne trouvent pas leur place dans ce nouveau best of. McCartney privilégie un équilibre particulier, mélangeant morceaux très populaires, morceaux emblématiques et quelques titres qui n’étaient pas encore parus sur un album studio (ou qui n’avaient pas été repris depuis leur sortie en single).

Un pont entre la carrière solo et l’aventure Wings

L’une des singularités de Wings Greatest est qu’il regroupe, sous l’étiquette “Wings”, plusieurs enregistrements qui, à l’origine, ne portaient pas officiellement le nom du groupe. En effet, deux titres clés sont antérieurs à la fondation de Wings : «Another Day» (1971) et «Uncle Albert/Admiral Halsey» (1971), tous deux datant de la période immédiatement post-Beatles où Paul, souvent accompagné de Linda, découvrait la liberté de composer en solo ou en duo. Publié sous le seul nom de “Paul McCartney”, «Another Day» est un single qui rencontre un grand succès en Europe et aux états-Unis. Quant à «Uncle Albert/Admiral Halsey», il figure sur l’album Ram (1971), crédité à “Paul & Linda McCartney”. En 1978, il semble logique d’inclure ces titres dans une compilation “Wings”, car le public identifie désormais l’ensemble de l’œuvre post-Beatles de Paul à cette entité.

Cette volonté de présenter les tubes de l’époque 1971-1978 sous la bannière Wings est révélatrice de l’image que McCartney veut ancrer dans l’esprit du public : Wings n’est pas un simple groupe accompagnateur, c’est l’identité même de sa carrière depuis la dissolution des Beatles. Or, cette identité reste mouvante, les membres du groupe ayant souvent changé, avec pour seul noyau dur Paul, Linda et Denny Laine. Wings Greatest consacre donc l’idée que, même avant la “vraie” création de Wings, Paul poursuivait déjà un chemin qui allait naturellement le conduire à cette formation.

Les titres sélectionnés : un aperçu

En douze morceaux, Wings Greatest offre un panorama assez vaste, allant de l’immédiat après-Beatles (1971) jusqu’à la fin des années 1970, juste avant la parution de Back to the Egg en 1979. Voici quelques exemples marquants :

  • «Another Day» : non-album single de 1971, c’est la première grande réussite de McCartney après les Beatles. La chanson dépeint le quotidien morne d’une femme solitaire, et annonce le style introspectif que Paul affectionne à l’époque.
  • «Live and Let Die» : hymne composé pour le film de James Bond du même nom (1973), qui n’apparaissait jusque-là que sur la bande originale et sur aucun album studio de McCartney. C’est donc la première fois que les fans peuvent retrouver ce titre explosif dans un best of.
  • «Junior’s Farm» : single enregistré par Wings à Nashville, en 1974. C’est l’un des morceaux rock les plus incisifs de la carrière de Paul dans ces années-là, absent de tout album jusqu’alors.
  • «Mull of Kintyre» : tube planétaire sorti en 1977, co-écrit avec Denny Laine. Il s’impose comme l’un des plus gros succès de Wings au Royaume-Uni, battant des records de vente (plusieurs millions de copies écoulées). L’avoir ici est un must, alors que le morceau venait de triompher dans les charts.
  • «My Love», «Band on the Run», «Jet», «Silly Love Songs», «With a Little Luck» : autant de classiques de Wings, régulièrement joués en concert, qui ont jalonné les années 1972-1978.

Il est à noter que parmi ces douze chansons, quatre font pour la première fois leur apparition sur un album de McCartney ou de Wings : «Another Day», «Junior’s Farm», «Hi, Hi, Hi» et «Mull of Kintyre». C’est dire la valeur de Wings Greatest : plus qu’un simple best of, il constitue un point d’accès unique à des singles restés isolés ou à des bandes originales de films (comme «Live and Let Die»).

La pochette : une photographie enneigée et une statuette Art déco

Dès qu’on saisit la pochette de Wings Greatest, on est frappé par l’image d’une statuette dorée et ivoire, photographiée sur un fond de neige immaculée. Ce visuel est l’œuvre du studio Hipgnosis (Aubrey Powell et George Hardie), très reconnu à l’époque pour ses collaborations avec Pink Floyd, Genesis ou Led Zeppelin. C’est aussi le fruit de l’implication personnelle de Paul et Linda McCartney, qui ont chapeauté le projet artistique. Linda acquiert en effet, lors d’une vente aux enchères en 1978, une sculpture Art déco signée Demétre Chiparus, maître de ce style dans l’entre-deux-guerres. Paul, séduit par l’esthétique raffinée de l’objet, imagine alors l’installer sur la pochette de sa compilation.

Pour réaliser ce cliché, la famille McCartney, le photographe Angus Forbes et une petite équipe s’envolent le 14 octobre 1978 en Suisse, afin de trouver un paysage enneigé approprié. Sur place, ils louent un hélicoptère, transportent la statuette en plein froid alpin et utilisent un chasse-neige pour préparer le décor. L’image finale, prise en hauteur, donne l’impression que la sculpture trône sur un tapis de neige à perte de vue. Le résultat est saisissant de contraste : le doré de la statuette illumine la blancheur du sol, créant une atmosphère à la fois mystérieuse et élégante. Cette photo sera ensuite déclinée sur la pochette avant, sur les étiquettes de vinyle et sur la sous-pochette interne. L’aspect onirique et luxueux du visuel s’accorde avec l’idée d’une “grandeur” (Greatest) que l’on prête aux morceaux sélectionnés.

Le verso : retouches et disparitions de musiciens

Le verso de la pochette de Wings Greatest reprend, par colonnes, les visuels des disques originaux dont sont extraits les morceaux du best of. Cela inclut notamment des singles 45 tours, mais aussi des pochettes d’albums. Au centre, une photographie de Paul, Linda et Denny Laine, posant ensemble. Pourtant, la version originale du cliché comprenait aussi Jimmy McCulloch et Joe English, deux membres importants de Wings durant la seconde moitié des années 1970. Tous deux ayant quitté le groupe avant la sortie de la compilation, leurs silhouettes ont été soigneusement effacées de l’image, pratique assez courante dans l’industrie musicale pour mettre en avant la formation “officielle” du moment ou pour éviter d’éveiller des questions sur l’actuel line-up. L’airbrush (retouche manuelle de l’époque) fait donc disparaître McCulloch et English, comme pour signifier que Wings se restreint désormais à un trio. On sait pourtant que la dynamique du groupe continuera d’évoluer encore par la suite.

En arrière-plan, on retrouve un paysage alpin similaire à la face avant, confirmant la cohérence visuelle de la pochette. Toute cette scénographie est destinée à illustrer la notion de “greatest hits” : une esthétique chic, un certain sens de la mise en scène, et la volonté de présenter Wings comme un groupe uni, malgré les nombreux changements de personnel.

Une sortie synonyme de transition et d’aboutissement

Wings Greatest sort simultanément au Royaume-Uni et aux états-Unis (où il s’agit de la dernière parution de Wings sous Capitol). Au Royaume-Uni, l’album réussit à grimper jusqu’à la 5e place des charts. Aux états-Unis, il atteint la 29e place du Billboard 200, un classement plus modeste que la plupart des albums studio de Wings, mais cohérent pour une compilation. Il se vend néanmoins en quantités honorables, suffisamment pour être certifié platine aux états-Unis et au Royaume-Uni.

La promotion du disque donne lieu à une publicité télévisée au Royaume-Uni, mémorable par son humour : des passants (incarnés par des acteurs) se mettent à fredonner des chansons de Wings dans divers lieux publics. L’apothéose survient lorsqu’un éboueur, dans son camion immobilisé à un feu rouge à Abbey Road, chante faux «Band on the Run». Paul, Linda et Denny, arrêtés à côté, l’interpellent : «You’re a bit flat mate!» (Tu chantes un peu faux, mec !). Le conducteur rétorque : «Funny, I only checked them this morning!» (C’est marrant, j’ai justement vérifié [mes pneus] ce matin !). Clin d’œil irrésistible à l’humour britannique, cette saynète promeut l’album tout en rappelant la proximité historique de McCartney avec Abbey Road.

Les morceaux absents : un choix discutable ?

Si Wings Greatest ravit de nombreux fans, certains regrettent l’absence de titres pourtant phares dans la carrière de Paul. Comme mentionné précédemment, on ne trouve pas un seul extrait de l’album Venus and Mars (1975), pourtant l’un des plus populaires de Wings, ni même «Listen to What the Man Said», titre numéro un aux états-Unis. De même, des succès ou des faces B marquantes d’albums précédents sont laissés de côté, faute de place ou par volonté de rester sur un format simple. Cette sélection soulève la question de la pertinence de l’appellation “Greatest”. En soi, McCartney aurait pu choisir d’ajouter quelques autres tubes pour justifier un double album. Mais l’urgence de sortir la compilation, l’envie de privilégier certains singles rares (non inclus jusque-là sur album) et la volonté d’apporter une cohésion à l’ensemble l’emportent sur l’idée d’épuiser tout le potentiel de son catalogue.

Malgré cela, Wings Greatest se présente comme un portrait fiable des grandes réussites commerciales de Paul McCartney entre 1971 et 1978, tout en se gardant de s’étendre à la totalité de sa discographie. Il s’agit d’une carte de visite succincte, visant notamment le public américain sur le point de voir McCartney passer chez Columbia. Dans les faits, Columbia espérait renforcer la notoriété de Paul, que ce soit en rééditant ses anciens travaux ou en misant sur ses nouvelles productions. Wings Greatest sert donc de passerelle, un aboutissement d’une ère et un tremplin vers de futurs projets.

Le cas bulgare et l’absence de “Live and Let Die”

Un détail amusant : dans certains pays où Wings jouit d’une diffusion plus contrainte, les pressages locaux connaissent des modifications. Ainsi, en Bulgarie, Wings Greatest est amputé de «Live and Let Die». Les raisons peuvent être variées : droits limités pour les bandes originales de films, difficultés logistiques pour l’importation, ou encore choix d’ordre politique ou culturel (car la Bulgarie se trouve alors dans le bloc de l’Est). Quelle qu’en soit la cause précise, le public bulgare ne découvre donc pas la fameuse chanson de James Bond sur cette compilation. Ce genre de particularité n’est pas rare dans l’histoire du rock, où des éditions locales “officielles” diffèrent du tracklisting originel pour des motifs administratifs ou idéologiques.

La suite : rééditions et réception dans la durée

Au fil des ans, Wings Greatest bénéficie de plusieurs rééditions et remasterisations, signe de l’importance durable du répertoire de McCartney. En 1993, il rejoint la collection The Paul McCartney Collection, qui propose l’album dans un contexte numérique remastérisé, agrémenté de livrets explicatifs. Puis, en 2018, on assiste à une nouvelle réédition, inscrite dans la vague de remasterisations liées aux “Archive Collections” et à l’essor du vinyle chez les collectionneurs. à chaque fois, Wings Greatest rappelle son statut de première anthologie post-Beatles de Paul.

Pour beaucoup, cette compilation conserve un charme certain : celui de la pochette onirique, de la cohésion musicale d’une décennie bouillonnante, de la variété des styles abordés (pop, rock, ballade, ambiance écossaise avec «Mull of Kintyre»). Elle reste aussi un témoignage précieux du fait que McCartney, loin de se reposer sur la gloire passée des Beatles, est parvenu à forger, avec Wings, un univers marqué par des tubes mondiaux comme «Silly Love Songs» ou «Band on the Run».

Néanmoins, rétrospectivement, plusieurs critiques soulignent que la formule simple LP et la sélection de douze titres seulement ne rendent pas toujours compte de l’étendue de la réussite de Wings dans les années 1970. Sur le plan historique, on peut considérer Wings Greatest comme une sorte de compromis entre l’exhaustivité d’un double album et la nécessité de proposer rapidement un “best of” pour boucler l’ère Capitol.

L’énigme du projet

Cold Cuts

Mentionné dans les coulisses de Wings Greatest, Cold Cuts est longtemps demeuré un “album fantôme” dans la sphère McCartney. L’idée ? Rassembler des chansons laissées de côté, des prises alternatives, parfois des démos soigneusement mises de côté. Dans les faits, Paul ressasse ce concept à plusieurs reprises, au point de l’évoquer aussi dans les années 1980, mais le projet ne se concrétise jamais sous forme d’une parution officielle à grande échelle. L’existence de Cold Cuts et son échec à paraître en 1978 illustrent un certain perfectionnisme chez McCartney, qui a souvent hésité à dévoiler des chansons inachevées ou jugées inférieures à ses standards habituels.

L’annulation de la version double de Wings Greatest, qui aurait pu inclure Cold Cuts, révèle que McCartney, en cette fin de décennie, préfère miser sur une compilation de tubes efficaces, aptes à capter l’attention du grand public. La volonté de promouvoir son répertoire auprès de Columbia, et donc d’asseoir davantage son empire musical, l’emporte sur la curiosité que susciteraient des inédits pour les fans les plus fervents. De plus, la sortie imminente de «Goodnight Tonight» (1979) et de l’album Back to the Egg (1979) prouve que McCartney est déjà tourné vers d’autres horizons créatifs.

Le débat autour de “Greatest Hits” et de l’héritage Beatles

Inévitablement, lorsqu’on parle de Paul McCartney, la référence aux Beatles revient sans cesse. Bien que Wings Greatest se veuille un récapitulatif de la carrière post-Beatles, il s’agit dans un sens d’affirmer que Paul a construit, indépendamment de John, George et Ringo, une discographie conséquente. Pourtant, le titre de la compilation — “Greatest” — peut prêter à discussion : peut-on réellement isoler une poignée de chansons comme étant les plus représentatives de Paul après 1970 ? Les fans argumentent souvent que les pépites de certains albums, comme Ram (1971), Red Rose Speedway (1973) ou Venus and Mars (1975), manquent à l’appel. D’autres jugent qu’il était logique d’y inclure des singles marquants non encore compilés, tels «Junior’s Farm» ou «Hi, Hi, Hi».

à l’époque, Wings Greatest représente aussi un geste de légitimation : McCartney se positionne comme une star à part entière, capable de sortir un best of qui, certes, ne supplante pas encore la discographie des Beatles, mais se signale comme un jalon important pour les fans de la première heure et pour ceux qui découvrent la musique de Paul par le biais de la radio. C’est une façon de souligner qu’en huit ans, Wings a parcouru beaucoup de chemin, engrangeant pas moins de treize titres classés dans le Top 10 américain entre 1972 et 1978, dont plusieurs numéros un.

Les retombées critiques et le regard du temps

à sa sortie en décembre 1978, la compilation bénéficie d’un accueil relativement positif de la part de la presse. Les critiques apprécient de pouvoir (re)découvrir certains singles rares. Elles saluent en particulier la présence de «Mull of Kintyre», qui vient de pulvériser les records de vente au Royaume-Uni, et de «Live and Let Die», qui n’était plus disponible sur disque McCartney/Wings depuis la bande originale de 1973. Quelques commentateurs pointent cependant l’absence de hits majeurs, estimant que l’album ne justifie pas pleinement son caractère “Greatest”. Mais la réputation d’ex-Beatle de Paul McCartney lui assure un minimum de respect de la part des médias musicaux. Sur le plan commercial, le disque se vend très honorablement, atteignant le top 5 au Royaume-Uni et s’écoulant à plus d’un million d’exemplaires aux états-Unis (certifié platine).

Avec le recul, Wings Greatest demeure une synthèse parcellaire, mais dynamique, de la décennie 1970 de Paul McCartney, en dehors des Beatles. Il est vrai qu’en 1978, beaucoup de fans attendaient un double album plus complet ou la mise en avant de morceaux d’envergure comme «Listen to What the Man Said». Pourtant, l’album a le mérite de mettre en lumière des singles isolés qui n’avaient pas d’autre port d’attache. De plus, sur le plan iconique, la pochette signe un geste fort : la statue de Chiparus, ces teintes or sur blanc, l’épure du décor, tout contribue à donner une aura de luxe et de magie à la compilation. L’image se révélera suffisamment marquante pour figurer à l’arrière-plan de la pochette de Back to the Egg (1979), le dernier album studio de Wings.

L’impact sur la suite de la carrière de Paul McCartney

Lorsque Paul McCartney bascule chez Columbia Records pour le marché nord-américain, il amorce une nouvelle phase de sa carrière. Il publiera plusieurs albums avec Wings jusqu’en 1980 (dont Back to the Egg), avant que l’arrestation retentissante au Japon, début 1980, ne mette un coup d’arrêt à la tournée et ne précipite la dissolution du groupe. Par la suite, McCartney déploiera des projets solos, des collaborations avec Michael Jackson, Stevie Wonder, etc. Pourtant, dans l’esprit du grand public, la période Wings reste marquée par des tubes pop-rock souvent fédérateurs, dont Wings Greatest capture l’essence. Cette anthologie agit donc comme un souvenir d’une époque où Paul, libéré du poids des Beatles, pouvait exprimer sa créativité en jouant la carte d’une pop légère et d’un rock accessible, tout en s’essayant à des expérimentations ponctuelles (comme sur «Live and Let Die»).

Sur un plan plus large, on constate que Wings Greatest a servi de référence à d’autres compilations ultérieures, comme All the Best! (1987), Wingspan: Hits and History (2001) ou les remasters successifs de la collection Pure McCartney (2016). Chacune se propose de revisiter la carrière de Paul avec un autre prisme, un autre angle éditorial, mais il est indéniable que Wings Greatest marque la première pierre, le premier jalon qui reconnaît officiellement l’existence d’un “catalogue” post-Beatles digne d’un best of. Pour les inconditionnels, ce disque a une valeur sentimentale, celle de la transition entre les années de gloire de Wings et les évolutions ultérieures de McCartney en solo.

Réévaluer aujourd’hui : pourquoi

Wings Greatest

reste pertinent

Avec Internet, les plateformes de streaming et la disponibilité grandissante des anthologies, on pourrait imaginer que Wings Greatest a perdu de son utilité. Pourtant, le charme opère encore : il demeure un résumé court, agréable, des plus gros tubes de McCartney dans les seventies, et se révèle un excellent point d’entrée pour quiconque veut découvrir Wings sans s’atteler à l’écoute de tous les albums. Les rééditions (1993, 2018) permettent de profiter d’une remastérisation qualitative, rehaussant la clarté sonore de ces enregistrements. D’ailleurs, en vinyle, la pochette iconique retrouve toute sa splendeur, et l’auditeur peut replonger dans le plaisir tactile d’un objet soigneusement conçu.

Certains adeptes du groupe font valoir que, malgré ses lacunes (l’absence totale de titres issus de Venus and Mars, entre autres), la sélection demeure légitime pour l’époque de 1978 : on y entend «Band on the Run», «Jet», «Mull of Kintyre», «Silly Love Songs», «Live and Let Die»… autant de jalons incontournables de la discographie de Paul. Cela prouve aussi que le chanteur-compositeur a su naviguer entre ballades sentimentales («My Love»), rock effronté («Hi, Hi, Hi»), pop orchestrale («Live and Let Die») et tubes radiophoniques («With a Little Luck»), témoignage de sa versatilité.

Une pochette ancrée dans l’imaginaire collectif de Wings

Si l’on fait l’inventaire des images marquantes liées à Wings, on pense forcément à la pochette de Band on the Run, où le groupe joue une scène d’évasion dans l’obscurité, ou à la fermière stylisée de Red Rose Speedway. Mais l’image de Wings Greatest, avec cette sculpture dorée perdue dans la neige, est d’une force singulière. D’une certaine manière, elle incarne le raffinement, la classe et la capacité de McCartney à se réinventer sur le plan visuel. Aubrey Powell et George Hardie, sous l’impulsion de Paul et Linda, ont su élaborer une couverture mémorable, désormais indissociable de la fin des années 1970 pour Wings.

L’usage de la photo aérienne accentue l’effet de solitude de la statuette, au milieu du néant neigeux. L’objet, acquis en 1978 par Linda, devient un symbole intemporel, et le disque, tirant parti de cette esthétique, se présente comme un trésor précieux, glané au sommet d’une montagne inaccessible. Par ailleurs, l’anecdote du transport en hélicoptère et de la mise en scène autour de la sculpture ajoute à la légende : McCartney ne recule pas devant les efforts (ni devant les coûts) pour produire des visuels marquants. Ces démarches rappellent l’attention que portaient les Beatles à l’iconographie de leurs albums (Sgt. Pepper’s, Abbey Road, etc.), et confirment que Paul, après 1970, ne souhaite pas renoncer à cette tradition de couvertures élaborées.

Entre le passé et le futur : l’horizon de

Back to the Egg

Lorsque Wings Greatest paraît, Wings est déjà en train de finaliser ce qui deviendra Back to the Egg (1979). La photo de la statuette Chiparus fera un clin d’œil sur la pochette de cet album suivant, visible en arrière-plan. Ce jeu de référence prouve un lien direct entre la compilation rétrospective et le nouveau matériel que Wings s’apprête à lancer. Or, Back to the Egg sera moins bien accueilli commercialement que ses prédécesseurs, et marquera la fin de la période fastueuse de Wings. Ainsi, dans la chronologie, Wings Greatest apparaît comme une charnière : il signe à la fois l’accomplissement de plusieurs années de succès et l’amorce d’une période de mutation. L’album fait office de point d’orgue d’un cycle qui a commencé en 1971, cycle jalonné de concerts, de singles, de controverses (certains titres censurés), de changements de musiciens, et surtout d’une quête : s’imposer comme un groupe à part entière, détaché de l’ombre des Beatles.

Le regard actuel sur

Wings Greatest

à l’échelle de la critique musicale contemporaine, Wings Greatest bénéficie d’une certaine indulgence. Certes, plusieurs anthologies plus complètes ont vu le jour. Mais cette première compilation officielle conserve une aura historique, comme le moment où Paul McCartney assume frontalement le statut de star solo, au point de pouvoir aligner douze titres phares en huit ans seulement. Elle reste le reflet d’une époque où les pressages vinyles de compilations constituaient un produit essentiel pour le public, surtout dans les périodes de changement de maison de disques. De plus, beaucoup d’observateurs y voient la preuve irréfutable que, post-Beatles, McCartney a bâti une carrière florissante, semée de tubes au succès colossal.

Pour les inconditionnels, il est souvent plaisant de revenir à ce tracklisting bref mais efficace, qui commence par «Another Day» et se termine par «Mull of Kintyre». La présence de «Junior’s Farm» et «Hi, Hi, Hi» confère une touche rock débridée, tandis que «Silly Love Songs» et «My Love» évoquent le côté sentimental, voire romantique, de la plume de Paul. C’est un condensé de ses différentes facettes, depuis le rock’n’roll endiablé jusqu’à la ballade sirupeuse, le tout baigné d’un sens affiné de la mélodie.

Une compilation devenue objet de collection

Au fil des décennies, Wings Greatest est régulièrement réédité, dans des formats distincts. Les collectionneurs s’arrachent certains pressages originaux, qu’ils s’agisse de vinyles de couleur, d’éditions promotionnelles, ou encore de versions étrangères aux tracklists altérées (comme le cas bulgare sans «Live and Let Die»). Dans les conventions de disques ou sur des sites d’enchères, la version originale de 1978 en bon état est souvent prisée. La remastérisation de 1993, intégrée à The Paul McCartney Collection, inclut des notes plus détaillées, un livret retraçant la genèse de la compilation. Puis, en 2018, les amateurs profitent d’une version vinyle remasterisée qui bénéficie des techniques modernes de pressage, renforçant la pureté sonore. Cette persistance dans l’histoire de la discographie McCartney prouve qu’il s’agit d’un jalon fondamental pour comprendre la carrière de Wings.

Un aperçu des titres figurant sur

Wings Greatest

Voici, en substance, la structure de l’album, pensé en deux faces vinyle (mais reproduit sur CD tel quel) :

  • Face A
    1. «Another Day»
    2. «Silly Love Songs»
    3. «Live and Let Die»
    4. «Junior’s Farm»
    5. «With a Little Luck»
    6. «Band on the Run»
  • Face B
    1. «Uncle Albert/Admiral Halsey»
    2. «Hi, Hi, Hi»
    3. «Let ‘Em In»
    4. «My Love»
    5. «Jet»
    6. «Mull of Kintyre»

La première face s’ouvre donc sur la mélancolie quotidienne de «Another Day» (1971) et se conclut sur «Band on the Run» (1973), résumant en quelque sorte le passage de la vie post-Beatles à l’affirmation du style Wings. La deuxième face, elle, commence avec l’enjoué «Uncle Albert/Admiral Halsey», avant de passer par le rock de «Hi, Hi, Hi» et de s’achever sur l’hymne folk écossais «Mull of Kintyre», devenu la chanson la plus vendue de l’histoire du Royaume-Uni avant d’être dépassée par le single caritatif “Do They Know It’s Christmas?” en 1984.

Au-delà de la compilation : la force d’une décennie musicale

En définitive, Wings Greatest traduit la vitalité de McCartney dans les années 1970. Les Beatles s’étant séparés, beaucoup s’interrogeaient : Paul pourrait-il renouer avec la gloire en solo ? La réponse est clairement affirmative. Les ventes, l’accueil des radios, la popularité sur scène (surtout après la tournée de 1975-76) attestent que Wings a conquis un public mondial. Wings Greatest vient figer cette réussite dans la cire, quelques mois avant le départ de Paul vers Columbia Records sur le territoire nord-américain, acte symbolique qui scelle la fin de son association avec Capitol. Dans cette perspective, la compilation se mue en un bilan d’étape, un “merci et au revoir” de la part de McCartney à la major qui l’a accompagné depuis les Beatles.

Aujourd’hui, Wings Greatest se classe parmi les compilations marquantes de la fin des seventies, à l’égal des best of de certains groupes contemporains. C’est un réservoir de tubes que l’on retrouve dans les rétrospectives de Wings, la plupart ayant été régulièrement joués en concert ou mis en avant à la radio. L’album confirme aussi l’appétence du public pour des morceaux populaires et immédiats, tels «Silly Love Songs» ou «Let ‘Em In», qui, s’ils ont parfois valu des critiques (accusés de légèreté), n’en demeurent pas moins des succès indiscutables. En un seul LP, on traverse toutes les facettes de Paul : le rock endiablé, la ballade romantique, l’épique orchestré, le folk enraciné en écosse… autant d’ingrédients qui font la recette Wings.

Un album encore vivant dans l’esprit des fans

De tous les best of de Paul McCartney et Wings, Wings Greatest occupe une place particulière. Il n’est pas le plus exhaustif, mais c’est le premier à avoir officialisé un “regard en arrière” sur cette époque flamboyante. à la différence d’une simple opération marketing, on y perçoit la volonté de refermer un chapitre et de saluer le succès d’une décennie. Pour les fans de longue date, redécouvrir aujourd’hui Wings Greatest sur vinyle ou en streaming peut éveiller une certaine nostalgie : la qualité intrinsèque des morceaux et le design soigné de la pochette renvoient aux heures fastes où Wings dominait les palmarès. Pour les plus jeunes, c’est un moyen aisé d’entrer dans l’univers post-Beatles de McCartney, sans devoir explorer toute la discographie parfois inégale.

La démarche historique d’analyse de cet album conduit à constater que, si le groupe a connu des hauts et des bas, il a su laisser derrière lui une lignée de titres pop-rock incontournables. Wings Greatest en capture l’essence, malgré les choix discutables qui ont pu aboutir à l’éviction de certains titres. Aussi, la présence de morceaux comme «Another Day» ou «Uncle Albert/Admiral Halsey», sortis avant la formation officielle de Wings, signale la cohérence qu’il y a à considérer les années 1971-1978 comme un tout dans le parcours de McCartney.

L’héritage et la perception contemporaine

à plus de quarante ans de distance, Wings Greatest a vieilli avec une certaine élégance. L’album apparaît régulièrement dans les collections de vinyles vintage ; il est souvent mentionné lorsqu’on discute des grandes compilations rock de la fin des seventies. Il fut l’un des premiers indices attestant que Paul McCartney avait bel et bien construit une carrière solo florissante et indépendante, dans le sillage d’un groupe mythique comme les Beatles. La figure incontournable du rock britannique n’a jamais renié cette période, et les chansons compilées ici ont continué à résonner au fil des décennies, que ce soit lors des concerts de Paul en solo, dans des documentaires ou dans les rééditions successives de son œuvre.

Les critiques modernes jugent parfois la sélection trop courte, surtout au regard du vaste catalogue Wings. Ils soulignent cependant le caractère incontournable des douze titres proposés. On y reconnaît la plume romantique, la propension de Paul à écrire des mélodies accrocheuses, ainsi que sa capacité à exploiter pleinement le format du single. Il suffit d’écouter «Band on the Run», «Live and Let Die» ou «Mull of Kintyre» pour se convaincre que, dans les années 1970, McCartney est resté l’un des plus grands architectes de la pop-rock internationale.

Ainsi, avec

Wings Greatest

, c’est tout un pan de l’histoire post-Beatles qui se trouve résumé en douze chansons :

de la transition délicate du début des seventies à la consécration du groupe Wings, en passant par des tentatives solitaires, des tubes planétaires et l’exploration de diverses sensibilités musicales. Cette compilation, sortie à l’orée de l’hiver 1978, clôt symboliquement une époque et prépare le terrain à la suite, témoignant du génie mélodique dont Paul McCartney reste le dépositaire. On comprend, en revisitant cette anthologie, pourquoi il est difficile de dissocier l’ancien Beatle de la réussite durable qu’a été Wings : l’alchimie entre ambition pop et inspiration mélodique est, sans conteste, le fil rouge de cette aventure, et Wings Greatest en demeure l’une des plus belles portes d’entrée.


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