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Quand George Harrison taquinait Mick Jagger : Beatles vs Stones autrement

Publié le 26 avril 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Derrière la rivalité Beatles-Rolling Stones, George Harrison dévoile, avec humour et tendresse, une histoire d’amitié sincère, de curiosité partagée et d’influences croisées qui ont marqué l’histoire du rock.


À la charnière des années 1960, alors que le rock britannique vit son âge d’or, deux formations emblématiques s’imposent aux sommets des hit-parades et dans l’imaginaire collectif : les Beatles et les Rolling Stones. Deux styles, deux attitudes, deux mythologies qui, pour le public comme pour la presse, se devaient d’être rivales. Pourtant, derrière cette façade de compétition entretenue par les médias, la réalité entre les membres des deux groupes est bien plus nuancée, faite de collaborations, d’admiration mutuelle… et parfois de piques affectueuses.

George Harrison, le « quiet Beatle », n’a jamais été en reste lorsqu’il s’agissait de livrer ses souvenirs sur cette époque dorée, avec ce mélange si britannique d’humour pince-sans-rire et de franchise désarmante. Dans une anecdote aujourd’hui célèbre, il se plaît à évoquer la tendance de Mick Jagger à toujours graviter dans l’orbite des Beatles, curieux de ne jamais manquer une révolution initiée par les « Fabs ».

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Des chemins parallèles mais souvent croisés

L’histoire de la musique retiendra que les Beatles et les Rolling Stones ont incarné deux visages du rock britannique : d’un côté, l’élégance mélodique et l’innovation constante des quatre garçons de Liverpool ; de l’autre, la sauvagerie teintée de blues du quintette londonien. Pourtant, loin de s’ignorer, les deux groupes ont souvent travaillé ensemble, directement ou en coulisses.

George Harrison lui-même joua un rôle déterminant dans la carrière des Stones. Comme Paul McCartney le rappellera plus tard, c’est Harrison qui, lors d’une fête, recommanda à Dick Rowe — le célèbre directeur de Decca qui avait rejeté les Beatles — de signer les Rolling Stones. Une ironie du destin qui prouve combien les liens entre les deux groupes étaient plus étroits qu’on ne l’imagine.

Cette proximité ne les empêchait pas de cultiver leurs différences, ni de s’observer mutuellement avec une attention certaine, comme en témoigne l’épisode de Bangor.

L’appel du spirituel et l’ombre du « Stone »

À l’été 1967, le monde des Beatles est en pleine mutation. Quelques jours seulement après la disparition brutale de leur manager historique, Brian Epstein, les quatre musiciens ressentent le besoin de trouver un nouveau sens à leur existence. C’est dans ce contexte qu’ils découvrent les enseignements du Maharishi Mahesh Yogi et du mouvement de la Méditation Transcendantale.

Séduits par cette philosophie venue d’Inde, John Lennon et George Harrison entraînent Paul McCartney et Ringo Starr à Bangor, au Pays de Galles, pour un séminaire animé par le Maharishi lui-même. La décision est spontanée, presque impulsive, comme en témoigne un message laissé par John Lennon sur le répondeur de Ringo : « Oh mec, on a vu ce type, on part pour le Pays de Galles. Tu dois venir. » Un second message, laissé cette fois par George Harrison, renchérit avec enthousiasme : « Wahou, mec, Maharishi est génial ! »

Le lendemain, sans attendre, les Beatles montent dans un train en direction de Bangor. Mais ils ne sont pas seuls. Dans les wagons, discret mais présent, se glisse Mick Jagger. Selon George Harrison, Jagger était coutumier du fait : « Mick était toujours dans les parages, essayant de savoir ce qui se passait. Il ne voulait jamais manquer ce que les Fabs faisaient », racontera-t-il, mi-amusé, mi-taquin.

L’attirance de Mick Jagger pour l’univers Beatles

Que Mick Jagger se montre si attentif aux faits et gestes des Beatles n’a rien d’étonnant. En cette seconde moitié des années 1960, le groupe de Liverpool est un phare pour toute une génération de musiciens. Chaque geste artistique des Beatles redéfinit les frontières du rock : la sortie de Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band, quelques mois plus tôt, a révolutionné les standards de l’album pop.

Dans ce contexte, s’intéresser à leurs expérimentations spirituelles relève autant de la curiosité sincère que du réflexe stratégique. Si la démarche du Maharishi peut sembler ésotérique aux yeux du public occidental, pour George Harrison — et, plus discrètement, pour d’autres figures du rock britannique —, elle représente une quête authentique de sens dans un monde qui vacille.

D’ailleurs, Mick Jagger lui-même, bien des années plus tard, saluera la profondeur de l’engagement spirituel de Harrison. Dans un entretien accordé au magazine Rolling Stone après la mort de ce dernier en 2001, Jagger confiera : « Il ne s’agissait pas d’une mode passagère pour George. Cela ressemblait à une lubie à l’époque, mais il est resté fidèle à cette voie toute sa vie. »

Une amitié respectueuse au-delà des rumeurs de rivalité

La rivalité Beatles-Stones, aussi passionnante soit-elle pour les tabloïds de l’époque, ne résiste pas longtemps à l’examen des faits. Non seulement George Harrison a favorisé la signature des Stones chez Decca, mais les collaborations entre membres des deux groupes ont été nombreuses.

On se souvient notamment que John Lennon et Paul McCartney ont offert aux Stones l’un de leurs premiers grands succès : I Wanna Be Your Man, un morceau façonné en quelques minutes au gré d’une rencontre fortuite. Plus tard, Mick Jagger et Keith Richards viendront enregistrer des chœurs sur All You Need Is Love lors de la mythique émission Our World diffusée en mondovision. De son côté, Lennon participera aux sessions tumultueuses du Rock and Roll Circus, projet hybride mené par les Stones en 1968.

Cette complicité n’exclut pas quelques moqueries bon enfant. En évoquant la présence de Jagger à Bangor, George Harrison met le doigt, avec son humour habituel, sur la dynamique d’observation mutuelle qui régnait entre ces géants du rock. Une dynamique faite à la fois d’admiration, de saine concurrence et de petites piques fraternellement décochées.

L’héritage croisé des Beatles et des Rolling Stones

À l’heure où les carrières des Beatles et des Stones sont devenues mythiques, cette anecdote de George Harrison prend une saveur particulière. Elle rappelle que ces figures sacrées du rock étaient avant tout des hommes, mus par la curiosité, la quête d’inspiration, et ce désir irrésistible de participer à une révolution culturelle qu’ils pressentaient eux-mêmes sans en mesurer toute la portée.

Le regard que Jagger porte sur Harrison, empreint de respect pour sa fidélité à ses convictions spirituelles, prouve que derrière les différends artistiques et les styles contrastés, la reconnaissance mutuelle n’a jamais cessé d’exister. Même si l’un des deux groupes se revendiquait plus sauvage et l’autre plus cérébral, leur trajectoire commune a bâti les fondations sur lesquelles repose encore aujourd’hui toute la musique populaire.

Et si Mick Jagger « rôdait » souvent autour des Beatles, c’était peut-être, au fond, par pure admiration pour l’audace avec laquelle ces quatre jeunes Liverpuldiens redessinaient l’horizon du rock. Car si la rivalité entre les Beatles et les Rolling Stones a fait couler beaucoup d’encre, c’est bien leur amitié, discrète mais réelle, qui a permis au rock britannique de connaître son âge d’or.


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