Norman Smithfut un maillon essentiel dans l’ascension des Beatles, étant l’ingénieur du son de leurs enregistrements jusqu’en 1965. Moins connu du grand public, il a pourtant joué un rôle clé dans la transformation du son du groupe en studio et a poursuivi une carrière marquante dans l’industrie musicale, notamment avecPink Floydet en tant qu’artiste solo sous le pseudonymeHurricane Smith.
Sommaire
- Les débuts chez EMI
- Dans l’intimité des Beatles en studio
- De George Martin à Pink Floyd
- Hurricane Smith : un succès inattendu en solo
- Un dernier hommage
Les débuts chez EMI
Né le22 février 1923àEdmonton, Middlesex, Norman Smith sert dans laRoyal Air Forceen tant que pilote de planeur pendant la Seconde Guerre mondiale avant d’entamer une carrière de musicien de jazz. En1959, il rejoint EMI en tant qu’apprenti ingénieur du son.
« J’ai commencé au bas de l’échelle en tant que simple assistant, mais j’ai observé et appris rapidement. Très vite, j’ai eu accès à la console de mixage. »
— Norman Smith,Sound On Sound
Son travail l’amène à superviser lestests d’enregistrement des nouveaux artistes. C’est ainsi qu’il croise pour la première fois les Beatles enjuin 1962, lors de leur audition chez EMI sous la houlette deGeorge Martin. Il devient immédiatement leuringénieur du son attitré, travaillant sur tous leurs enregistrements jusqu’àRubber Soul.
Dans l’intimité des Beatles en studio
Smith accompagne les Fab Four durantleurs années les plus intenses, celles où ils enchaînentsingles et albums à un rythme effréné. Il est présent pour chaque étape de leur évolution sonore, contribuant à donner aux morceaux leur texture si reconnaissable.
« Nous nous entendions à merveille. Ils m’appelaient ‘Normal’ ou parfois ‘2dBs Smith’, parce que je leur demandais souvent de baisser le volume de leurs amplis de deux décibels. »
— Norman Smith,The Complete Beatles Recording Sessions
Il est à l’œuvre surPlease Please Me,With The Beatles,A Hard Day’s Night,Beatles For Sale,Help!, et enfinRubber Soul, avant de céder sa place àGeoff Emerick, qui aidera le groupe à explorer de nouvelles sonorités plus expérimentales.
« Rubber Soul n’était pas vraiment mon style. J’ai compris que le moment était venu pour moi de quitter le train des Beatles. »
— Norman Smith
Avant son départ, il tente de proposer une de ses compositions aux Beatles pour l’albumHelp!. Paul McCartney et John Lennon montrent de l’intérêt pour la chanson, mais la décision finale tombe :Ringo Starr doit absolument chanter un morceau sur l’album. La place revient donc à« Act Naturally », et la chanson de Smith est mise de côté.
« J’ai vu Paul et John arriver avec des têtes d’enterrement. Ils m’ont dit : ‘On adore ta chanson, mais Ringo n’a pas encore eu son titre. On la fera plus tard, OK ?’ Et voilà comment 15 000 £ me sont passées sous le nez en un instant. »
— Norman Smith,The Complete Beatles Recording Sessions
De George Martin à Pink Floyd
Enfévrier 1966, Smith est promu audépartement A&R d’EMI, reprenant en partie les responsabilités deGeorge Martin. Il devient rapidement producteur et contribue à l’essor d’un autre groupe révolutionnaire :Pink Floyd. Il produit leurs trois premiers albums :
- The Piper at the Gates of Dawn(1967)
- A Saucerful of Secrets(1968)
- Ummagumma(1969)
Il joue un rôle clé dans l’élaboration duson psychédélique et expérimentaldu groupe, bien que ses relations avecSyd Barrettdeviennent parfois tendues en raison du comportement erratique de ce dernier.
Smith produit également l’albumSF SorrowdesPretty Things, considéré comme l’un des premiersconcept albumsdu rock.
Hurricane Smith : un succès inattendu en solo
Alors que son travail en studio ralentit, Smith se lance dans une carrière musicale sous le nom deHurricane Smith. Contre toute attente, il décroche un immense succès avec« Don’t Let It Die »en 1971, une chanson qu’il avait initialement écrite pourJohn Lennon.
« J’avais enregistré une démo pour John. Mickie Most m’a convaincu que le morceau devait sortir tel quel. Le public a adoré. »
L’année suivante, il atteint le sommet des charts américains avec« Oh Babe, What Would You Say? », qui se classe numéro 1 du Cash Box et numéro 3 du Billboard.John Lennon et Yoko Ono lui envoient un télégramme de félicitations.
Smith continue à enregistrer des chansons et à tourner au Royaume-Uni, bien que son succès décline au fil des années.
Un dernier hommage
En2004, Norman Smith publie un nouvel album,From Me To You, qui contient des réenregistrements de ses plus grands succès.Paul McCartneyet les membres dePink Floydlui rendent hommage dans les notes du livret.
En2007, il sort son autobiographieJohn Lennon Called Me Normal, où il revient sur ses années avec les Beatles et son parcours musical.
Il meurt le3 mars 2008, à l’âge de85 ans, laissant derrière lui un héritageindissociable de l’histoire du rock.
Si les Beatles sont devenus les légendes que l’on connaît, c’est aussi grâce àdes artisans de l’ombrecommeNorman Smith. En ingénieur du son méticuleux, il a capturé la magie brute de leurs premières années. En producteur audacieux, il a aidéPink Floydà s’imposer. Et en musicien, il a prouvé quele talent pouvait surgir là où on l’attendait le moins.
Aujourd’hui,son empreinte est partout, des premiers accords de« Love Me Do »aux expérimentations sonores despremiers albums de Pink Floyd. Son nom, bien que discret, reste gravé dans l’histoire du rock.
