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« Every Man Has A Woman Who Loves Him » : l’alliance créative de Yoko Ono et John Lennon

Publié le 29 avril 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Lorsqu’en novembre 1980 paraît l’albumDouble Fantasy, le public découvre la nouvelle collaboration du couple le plus médiatisé de la scène pop-rock :John Lennon et Yoko Ono. Parmi les chansons composées et interprétées par Ono figure“Every Man Has A Woman Who Loves Him”, un morceau qui, en apparence discret, recèle pourtant une histoire fascinante. Écrit à la fin des années 1970, il connaît différentes formes et revient sur le devant de la scène en 1984, après la mort de Lennon, sous une version inédite où sa voix est mise à l’honneur.

Sommaire

  • Genèse de la chanson : un projet dans les cartons du couple
    • Une écriture à la fin des années 1970
    • L’équilibre entre les deux voix
  • Enregistrement et parution surDouble Fantasy
    • Les sessions au Hit Factory
    • Un écho à la thématique amoureuse deDouble Fantasy
  • La version inédite de 1984 : John Lennon en avant
    • Le projetEvery Man Has A Woman: un hommage à Yoko Ono
    • Un remix à Sigma Sound Studios
    • Un succès commercial mitigé
  • Un titre discret, mais essentiel dans la compréhension du couple
    • Yoko Ono, une artiste sous-estimée
    • Un exemple de l’équilibre John-Yoko
  • Postérité et rééditions
    • Réapparitions sur compilations et coffrets
    • L’intérêt pour les “sessions cachées” de Double Fantasy
  • un pont musical entre John et Yoko

Genèse de la chanson : un projet dans les cartons du couple

Une écriture à la fin des années 1970

L’idée de “Every Man Has A Woman Who Loves Him” germe autour de1978, période charnière où John Lennon et Yoko Ono commencent à envisager un“retour” musicalconjoint. Après plusieurs années de retrait – marquées par la naissance de Sean (1975) et la volonté de vivre une vie de famille plus tranquille –, chacun de leur côté, ils composent des titres et alignent leurs ébauches pour préparer ce qui deviendraDouble Fantasy.

Dans ce contexte, Ono continue d’explorer son style avant-gardiste et expérimental, tout en s’orientant peu à peu vers une écriture plus accessible, plus pop. “Every Man Has A Woman Who Loves Him” naît de cette transition.

L’équilibre entre les deux voix

Si Yoko Ono est la compositrice principale du morceau,John Lennonparticipe vocalement, d’abord à titre de chœurs (harmonies), lors des sessions deDouble Fantasy. Depuis la fin des années 1960, le couple explore souvent la fusion de leurs univers respectifs : l’approche pop-rock de Lennon, indissociable de son passé Beatle, rencontre le style parfois conceptuel et “avant-garde” d’Ono. “Every Man Has A Woman Who Loves Him” reflète cette symbiose créative, même s’il reste clairement catalogué comme “chanson de Yoko Ono”.

Enregistrement et parution surDouble Fantasy

Les sessions au Hit Factory

Entre le 6 août et le 13 octobre 1980, John Lennon, Yoko Ono et le producteurJack Douglasinvestissent les studios du Hit Factory à New York pour enregistrerDouble Fantasy. Entourés de musiciens chevronnés (Earl Slick, Tony Levin, Hugh McCracken, Andy Newmark, etc.), ils construisent un album alternant titres de Lennon et d’Ono, dans une logique d’échange et de dialogue artistique.

“Every Man Has A Woman Who Loves Him” prend sa place parmi les morceaux assignés à Ono,John Lennonassurant une discrète, mais chaleureuse, partie de chant en harmonie. Il n’interprète pas la chanson en lead, ce qui la rend moins immédiatement associée à lui, mais son empreinte est malgré tout bien présente.

Un écho à la thématique amoureuse deDouble Fantasy

L’albumDouble Fantasyest souvent décrit comme une célébration de l’amour retrouvé entre John et Yoko, après une période de turbulences (le “Lost Weekend” de Lennon, la séparation temporaire du couple). Dans ce contexte, “Every Man Has A Woman Who Loves Him” s’inscrit tout naturellement : le titre évoque l’idée que chaque homme dispose d’un amour protecteur ou salvateur. Ono y introduit, en filigrane, son admiration pour Lennon et leur complicité mutuelle.

La version inédite de 1984 : John Lennon en avant

Le projetEvery Man Has A Woman: un hommage à Yoko Ono

En 1984, quatre ans après la mort tragique de John Lennon, sort l’albumEvery Man Has A Woman, un disque-hommage aux chansons de Yoko Ono. Conçu à l’occasion des 50 ans de l’artiste, il réunit plusieurs interprètes de renom (Harry Nilsson, Roberta Flack, Elvis Costello, Sean Lennon, etc.) revisitant le répertoire de la musicienne. Parmi ces reprises, l’une retient immédiatement l’attention :“Every Man Has A Woman Who Loves Him”dans une version réarrangée, oùla voix de John Lennonoccupe cette fois le rôle principal.

Un remix à Sigma Sound Studios

Pour réaliser cette version, les bandes originales de 1980 sont retravaillées en juillet 1984 dans les studiosSigma Soundà Philadelphie. L’idée est de faire ressortir le chant de Lennon et deréaliser un “Lennon vocal version”jusque-là inédit. Cet ajustement va révéler une facette différente du morceau, tout en conservant l’instrumentation d’origine.

Selon Yoko Ono, il existerait également uneversion de “Hard Times Are Over”(autre morceau d’Ono) avec John Lennon en lead. Celle-ci demeure toutefois inédite à ce jour, entretenant un petit mystère autour des archives du couple.

Un succès commercial mitigé

Si l’albumEvery Man Has A Womansort le17 septembre 1984aux États-Unis (et le 21 septembre au Royaume-Uni), ilne parvient pas à s’imposer dans les classements. Il en va de même pour le single “Every Man Has A Woman Who Loves Him” / “It’s Alright” (version de Sean Lennon), publié le 5 octobre 1984 : il atteint la 55ᵉ place aux États-Unis, et reste absent des charts britanniques.

Malgré ce succès limité, l’initiative a le mérite de mettre en lumière la capacité de Yoko Ono à fédérer autour de son œuvre des artistes variés, et rappelle que John Lennon, disparu en 1980, avait laissé derrière lui des enregistrements encore inexplorés.

Un titre discret, mais essentiel dans la compréhension du couple

Yoko Ono, une artiste sous-estimée

De nombreux fans de Lennon et des Beatles ont longtemps eu tendance à ignorer ou à minimiser l’apport artistique de Yoko Ono, souvent tenue pour responsable de la séparation des Fab Four. Pourtant, en réécoutantDouble Fantasyet en portant attention à “Every Man Has A Woman Who Loves Him”, on constate que Yoko Ono n’était pas qu’un simple “appoint” au génie de Lennon. Elle maîtrisait son écriture et son univers musical, naviguant entre minimalisme expérimental et mélodies pop.

Un exemple de l’équilibre John-Yoko

“Every Man Has A Woman Who Loves Him” illustre la façon dont Lennon soutenait Yoko Ono sur le plan créatif : en posant sa voix en harmonies, en participant parfois à la production et aux arrangements. Leurs collaborations vont au-delà de la seule sphère sentimentale : elles sont la manifestation d’un véritable respect mutuel en studio.

Cette chanson fait d’ailleurs écho à la dynamique générale deDouble Fantasy, pensé comme un dialogue (morceaux de John en alternance avec ceux de Yoko). À travers cette alternance, le couple veut affirmer sa complémentarité artistique et personnelle.

Postérité et rééditions

Réapparitions sur compilations et coffrets

À partir des années 1990, le catalogue post-Beatles de Lennon est fréquemment réédité sous forme de coffrets et d’éditions spéciales. Laversion vocale de Lennonsur “Every Man Has A Woman Who Loves Him” apparaît ainsi en fin de piste de la compilationLennon(1990). Elle refait également surface dans certaines rééditions ultérieures, comme la collectionGimme Some Truth(2020), qui propose un remix de la version inédite de 1984.

L’intérêt pour les “sessions cachées” de Double Fantasy

Avec le temps, l’intérêt pour les chansons moins connues deDouble Fantasys’est accru. Les passionnés de Lennon s’intéressent de près aux sessions de 1980, cherchant à discerner chaque nuance de la relation artistique du couple. Des morceaux tels que “Every Man Has A Woman Who Loves Him” ou “Hard Times Are Over” rappellent qu’Ono n’était pas qu’une figure secondaire dans la carrière tardive de Lennon, mais bien une collaboratrice à part entière, dont la créativité a contribué à définir l’atmosphère de l’album.

un pont musical entre John et Yoko

Bien qu’elle n’ait pas atteint la notoriété d’autres titres phares deDouble Fantasy(comme “(Just Like) Starting Over” ou “Woman”),“Every Man Has A Woman Who Loves Him”offre un aperçu précieux de la collaboration Lennon-Ono. Écrite par Yoko, agrémentée de la voix de John en harmonie (puis en lead sur la version de 1984), elle manifeste l’étendue de leur complicité tant personnelle qu’artistique.

Présente lors des sessions de 1980, exhumée et retravaillée en 1984 pour un hommage aux 50 ans d’Ono, la chanson symbolise à merveille la continuité de leur lien au-delà du décès tragique de Lennon. Si le single et l’albumEvery Man Has A Womann’ont pas connu le succès commercial escompté, ils n’en constituent pas moins untémoignage poignantdu respect profond que John Lennon avait pour la musique de sa compagne.

En somme,“Every Man Has A Woman Who Loves Him”fait partie de ces morceaux qui, loin de la lumière intense des grandes références lennoniennes, témoignent de l’alchimie subtile entre deux artistes souhaitant fusionner leurs univers. Un titre discret mais essentiel, pour comprendre le dernier chapitre de la vie musicale de Lennon, et l’importance grandissante d’Ono comme force créative à part entière.


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