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That’s The Way It Goes : la critique sociale en douceur de George Harrison

Publié le 30 avril 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

En 1982, George Harrison publie Gone Troppo, un album souvent éclipsé par d’autres moments plus marquants de sa carrière solo. Pourtant, ce disque recèle quelques pépites, dont That’s The Way It Goes, une chanson à la fois douce et acerbe, qui témoigne de la vision critique du monde de l’ex-Beatle. Derrière son apparente légèreté musicale se cache une réflexion profonde sur les dérives du capitalisme et la course effrénée à la richesse qui caractérise les années 1980.

Sommaire

Un contexte de production marqué par le désintérêt de Harrison pour l’industrie musicale

À l’aube des années 1980, George Harrison est de plus en plus détaché de l’industrie musicale. Après le succès modéré de Somewhere in England en 1981, il se lasse du jeu des maisons de disques et des attentes commerciales. L’album Gone Troppo, enregistré entre mai et août 1982, en est le reflet : peu promu, il passe inaperçu à sa sortie et marque une période de retrait pour Harrison, qui ne reviendra réellement sur le devant de la scène qu’avec Cloud Nine en 1987.

Dans ce contexte, That’s The Way It Goes s’inscrit comme une œuvre sincère, dépourvue de calculs commerciaux. Produit par Harrison, Ray Cooper et Phil McDonald, le morceau bénéficie d’une instrumentation soignée, où l’on retrouve le jeu de guitare distinctif de l’artiste, accompagné de musiciens talentueux comme Mike Moran aux claviers, Herbie Flowers à la basse et Henry Spinetti à la batterie.

Une critique subtile du capitalisme effréné

Sous ses airs de ballade folk-pop, That’s The Way It Goes dépeint un monde dominé par la spéculation financière et l’appât du gain. Harrison s’attaque aux boursicoteurs obsédés par le Dow Jones et le FTSE Index, dénonçant la frénésie de l’« acheter-vendre » qui façonne la société moderne. Dans une interview de 1989, il ne cache pas son amertume face aux politiques économiques de l’époque, incarnées par Ronald Reagan et Margaret Thatcher :

« Dow Jones, et tout ce business d’argent, et le Nikkei Dow, et le FTSE index. Ce sont eux qui ruinent la planète, vous savez – acheter, acheter, acheter, acheter, acheter. Vendre, vendre, vendre, vendre, vendre. Vous savez ? Vraiment. Et cette folie créée par Reagan et Thatcher ensemble, où ils disent : ‘Tout le monde va beaucoup mieux maintenant.’ Tout le monde est plus endetté, tout le monde a deux voitures, il y a plus de béton… Vous savez, nous devons sacrifier la planète pour l’automobile. C’est de la folie. »

Ces propos révèlent une frustration profonde face à un monde où l’économie prend le pas sur l’humain et l’environnement. Pour Harrison, l’idéologie néolibérale de l’époque n’apporte qu’un confort illusoire, au prix d’une destruction progressive de la planète.

Un appel à la spiritualité en guise d’alternative

Comme souvent dans ses compositions, George Harrison oppose à cette frénésie matérialiste une quête de spiritualité et de paix intérieure. La chanson se termine sur un message implicite : plutôt que de poursuivre des richesses éphémères, mieux vaut se recentrer sur des valeurs essentielles. Cette philosophie est au cœur de son œuvre depuis All Things Must Pass (1970), où il explorait déjà la vanité des biens matériels face à la transcendance spirituelle.

Dans That’s The Way It Goes, ce message n’est pas asséné de manière didactique, mais glissé avec une ironie douce et un certain fatalisme. Il ne s’agit pas d’un pamphlet rageur, mais d’une observation résignée d’un monde qui, inéluctablement, continue sur sa lancée.

Un morceau redécouvert grâce au Concert for George

Si Gone Troppo et ses chansons sont longtemps restés dans l’ombre, That’s The Way It Goes a connu une seconde vie grâce au Concert for George, organisé en hommage à Harrison en novembre 2002, un an après sa disparition. Parmi les nombreux artistes réunis au Royal Albert Hall de Londres, Joe Brown a interprété cette chanson avec une simplicité émouvante, rendant hommage à la sagesse et à l’humour discret de son ami disparu.

Un testament musical et philosophique

That’s The Way It Goes est un exemple parfait du style de George Harrison : une mélodie apaisante au service d’un message profond. Derrière la douceur du morceau se cache une critique acérée du monde moderne et une invitation à chercher autre chose que la réussite matérielle. Bien qu’il n’ait jamais cherché à en faire un hymne militant, ce titre illustre à merveille sa vision du monde et son rejet des illusions du consumérisme.

Aujourd’hui encore, la pertinence des paroles de That’s The Way It Goes résonne fortement dans un monde où les crises économiques et écologiques n’ont fait que s’accentuer. En ce sens, cette chanson n’est pas seulement un instantané des années 1980, mais un avertissement intemporel sur les dérives de notre société.


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