On l’a trop souvent réduit à « l’autre Beatle ». Discret, spirituel, parfois éclipsé par l’intensité du duo Lennon/McCartney, George Harrison n’en fut pas moins un musicien d’une profondeur et d’une élégance rares. Si ses lignes de guitare au sein des Beatles ont forgé certaines des plus belles harmonies du rock, c’est dans l’après-Beatles que l’on découvre un Harrison enfin libre d’explorer ses couleurs, ses silences, ses incantations sonores. Trois morceaux suffisent à témoigner de sa grandeur, loin du tumulte des Fab Four.
Sommaire
- The Light That Has Lighted The World (1973) : la guitare comme méditation
- My Sweet Lord (1970) : la foi au bout des doigts
- Gimme Some Truth (1971) : la colère en notes cinglantes
- Au-delà du groupe, une voix unique
The Light That Has Lighted The World (1973) : la guitare comme méditation
Il faut parfois sortir du canon populaire pour découvrir les joyaux les plus personnels d’un artiste. The Light That Has Lighted The World, extrait de l’album Living in the Material World, est l’un de ces morceaux que l’on n’entend que dans le recueillement. Peu connu du grand public, il incarne pourtant tout ce que George Harrison a su développer après les Beatles : une forme de dépouillement lumineux, presque ascétique, où chaque note semble surgir d’un espace intérieur.
La guitare, ici, ne s’impose pas. Elle glisse, caresse, interroge. Juste avant les deux minutes, le solo s’élève, subtilement, comme un chant d’oiseau rare dans une forêt de brume. On y retrouve cette « formule Harrison » : un phrasé à la fois précis et fluide, une spiritualité sonore qui ne cherche pas à séduire, mais à apaiser. À l’écoute de ce morceau, on comprend pourquoi ses guitares ne criaient jamais — elles priaient.
My Sweet Lord (1970) : la foi au bout des doigts
On connaît tous My Sweet Lord. Mais a-t-on vraiment prêté attention à la guitare ? Ce morceau, véritable prière laïque empruntant autant au gospel qu’au mantra, est une leçon de slide guitar céleste.
Sorti sur l’immense All Things Must Pass, My Sweet Lord marque la renaissance de George après l’implosion du groupe. Libéré du joug Lennon/McCartney, il construit ici un espace sonore qui lui appartient en propre. Le jeu de guitare, superposé, fluide, hypnotique, semble traduire l’élévation spirituelle que cherche Harrison : le son devient offrande. Ce n’est pas une virtuosité ostentatoire, c’est une vérité intime, rendue audible.
Chaque note semble chercher à toucher quelque chose de plus haut, de plus vaste. Et cette guitare — cette fameuse slide signature de George — devient instrument de communion entre le ciel et la terre.
Gimme Some Truth (1971) : la colère en notes cinglantes
Retour à la terre. Plus exactement : retour à Lennon. Car George Harrison, malgré les blessures de la séparation, participe à l’enregistrement de Imagine. Et sur Gimme Some Truth, il retrouve John pour un moment d’électricité brute.
Le morceau est un pamphlet. Lennon crache sa révolte. Et Harrison, en guitare, incarne cette rage. Il ne l’adoucit pas, il ne la tempère pas : il la prolonge, l’amplifie. Le solo est acéré, presque vengeur. On est loin de la méditation indienne. Ici, Harrison hurle avec sa Stratocaster, avec autant de force qu’il priait sur My Sweet Lord.
Ce titre est l’une des rares collaborations post-Beatles entre les deux anciens amis. Il en reste une empreinte puissante : celle d’un lien fraternel, certes abîmé, mais encore capable de produire des étincelles musicales.
Au-delà du groupe, une voix unique
Ces trois morceaux dessinent un autre portrait de George Harrison. Celui d’un guitariste singulier, pas flamboyant, mais essentiel. Un musicien qui n’a jamais cherché à dominer, mais à exprimer avec sincérité ce qui le traversait — qu’il s’agisse d’une quête de lumière, d’un appel à Dieu ou d’un cri de révolte.
Ce que les Beatles lui ont donné en visibilité, ils lui ont longtemps refusé en reconnaissance pleine. Pourtant, à l’écoute de ces œuvres postérieures, il est clair que George Harrison ne fut pas le “troisième homme” des Beatles. Il fut leur colonne silencieuse, leur conscience musicale — et, ensuite, un artiste libre.
