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Lennon/McCartney : la rivalité qui a fait naître les chefs-d’œuvre Beatles

Publié le 02 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Ils ont signé ensemble les plus grands chefs-d’œuvre de la pop moderne. Pourtant, entre John Lennon et Paul McCartney, l’harmonie n’a jamais été totale. Derrière le nom mythique de leur tandem, derrière les sourires complices et les refrains entêtants, se cachait une tension constante : une rivalité féconde, un duel créatif où chacun cherchait à dépasser l’autre, sans jamais vouloir le détruire. De Please Please Me à Let It Be, jusqu’aux piques amères de leurs carrières solo, cette tension fut le nerf secret de leur génie.

Sommaire

Une amitié née dans la précocité et la douleur

Lennon et McCartney se rencontrent à Liverpool à l’adolescence. Tous deux ont perdu leur mère très jeunes. Cette blessure commune les rapproche autant que leur passion pour la musique. Dès leurs premières rencontres, le courant passe. Paul se souvient :

« J’ai dit que j’écrivais des chansons. Il m’a dit : “Moi aussi.” Et c’était parti. »

Cette déclaration anodine enclenche l’une des collaborations les plus prolifiques de l’histoire de la musique. Mais cette alliance n’est jamais linéaire. Très vite, l’émulation devient compétition.

La rivalité comme carburant créatif

Selon l’auteur Ian Leslie, qui publie John & Paul: A Love Story in Songs, leur dynamique repose sur un principe simple :

« Ce n’était pas une rivalité pour s’écraser. C’était une rivalité pour s’élever. »

John et Paul n’écrivent pas toujours côte à côte, mais se répondent en permanence. Lorsque l’un propose un chef-d’œuvre, l’autre redouble d’ambition. Strawberry Fields Forever incite Paul à livrer Penny Lane. Revolution appelle Hey Jude. Cette volonté de surpasser l’autre crée un ping-pong créatif d’une densité inédite dans l’histoire de la pop.

Le tandem Lennon/McCartney devient un modèle unique d’adversité coopérative : un bras de fer qui pousse chacun à se dépasser, tout en laissant de côté l’ego au moment de construire les chansons ensemble. C’est ce double mouvement – confrontation et fusion – qui donne naissance à tant de morceaux d’exception.

Quand les chansons deviennent des lettres ouvertes

Mais cette tension, longtemps canalisée dans la création collective, devient ingérable à la fin des années 60. Le poids croissant de McCartney dans les décisions du groupe irrite Lennon. L’arrivée de Yoko Ono fracture les équilibres. Les sessions de Let It Be et Abbey Road sont tendues. En 1970, les Beatles se séparent. Mais le dialogue entre John et Paul continue – par chansons interposées.

Lennon attaque violemment son ancien camarade dans How Do You Sleep?, en 1971 :

“The only thing you done was Yesterday / And since you’ve gone you’re just another day…”

Réplique cinglante à Too Many People, morceau de Paul où il critiquait indirectement les sermons politiques de Lennon. Le ton est acerbe, personnel, presque cruel. Pourtant, Leslie insiste :

« Même dans leurs disputes, ils avaient besoin de se parler. Et quand ils ne pouvaient plus le faire face à face, ils le faisaient en musique. »

Dear Friend : la main tendue de Paul

Face à l’escalade, Paul McCartney revient à l’essentiel avec Dear Friend, en 1971, morceau sincère et vulnérable où il tend la main à John. On y lit toute la mélancolie d’un ami qui ne veut pas perdre l’autre :

“Dear friend, what’s the time? / Is this really the borderline?”

Ce morceau marque un tournant dans leur relation post-Beatles. Les deux hommes finiront par enterrer la hache de guerre. Ils se revoient discrètement, se téléphonent, et renouent une complicité simple – loin des micros et des studios.

L’ultime dialogue à distance

Jusqu’au bout, John et Paul continuent de s’écrire sans plume ni papier, mais avec des notes et des vers. Lennon dira en 1980, peu avant sa mort :

« Here, There and Everywhere, c’est une des meilleures chansons de Paul. Une merveille. »

McCartney, quant à lui, rendra un hommage bouleversant à son ami disparu avec Here Today en 1982. Chanson fantôme, confession sans réponse :

“What about the night we cried / Because there wasn’t any reason left to keep it all inside…”

Ce titre clôt une décennie de tensions, d’incompréhensions, mais aussi de tendresse refoulée. Une sorte de post-scriptum à une lettre commencée en 1957.

Un conflit fertile, un lien indestructible

La force de Lennon et McCartney n’a jamais résidé dans la fusion parfaite. C’est dans le frottement de leurs différences que leur art a trouvé son intensité. L’un instinctif, radical, provocateur. L’autre mélodique, perfectionniste, diplomate. Deux pôles opposés, mais interdépendants.

Ils n’étaient pas seulement partenaires ou rivaux. Ils étaient miroirs, stimuli, confidents en conflit. Et c’est ce lien ambigu, passionné, parfois ravageur, qui a donné naissance à une œuvre dont les échos résonnent encore.


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