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McCartney révèle les héros secrets derrière la naissance des Beatles

Publié le 02 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Il n’existe peut-être pas de moment plus fondateur dans l’histoire de la musique populaire que l’éclosion des Beatles. Et pourtant, loin d’avoir surgi du néant, leur génie s’est construit à partir d’un héritage. Paul McCartney, mémoire vivante du groupe, n’a jamais caché sa dette envers une poignée d’artistes américains, pionniers du rock’n’roll et de la pop d’auteur. De Little Richard à Elvis, en passant par Chuck Berry et surtout Buddy Holly, retour sur ces figures tutélaires sans lesquelles le phénomène Beatles n’aurait tout simplement pas été possible.

Sommaire

Avant les Beatles : un monde façonné par le rock’n’roll américain

L’histoire musicale moderne se divise, selon une formule pleine d’esprit, en deux ères : BTB et ATB — Before The Beatles et After The Beatles. Ce découpage, bien qu’un brin provocateur, traduit une vérité profonde : l’impact des Fab Four sur la culture populaire mondiale fut tel qu’ils redéfinirent les contours mêmes de la musique pop. Mais leur révolution n’aurait jamais eu lieu sans un socle solide de références, puisées dans l’Amérique des années 1950.

Dans les salles paroissiales de Liverpool, dans les transistors grésillants de la jeunesse britannique, dans les vinyles usés à force d’écoute compulsive, Paul McCartney et John Lennon découvrent, adolescents, un autre monde : celui d’Elvis Presley, de Chuck Berry, de Little Richard, de Fats Domino. Des voix venues d’outre-Atlantique, brûlantes, provocatrices, sensuelles, qui bouleversent les hiérarchies musicales de l’époque.

Elvis, figure centrale du mythe, fut le premier à faire chavirer les sens. « C’était l’image même du cool », se souviendra McCartney. Mais plus encore que sa voix, c’est sa posture de star autoproclamée, son magnétisme scénique et son sex appeal qui imprégneront les jeunes Beatles. Pour autant, ce n’est pas Elvis qui leur donnera les clés de leur indépendance créative.

Buddy Holly et Chuck Berry : les architectes de l’autonomie artistique

Ce rôle fondateur, McCartney l’attribue clairement à deux figures plus discrètes mais décisives : Buddy Holly et Chuck Berry. Dans une déclaration récente, il confiait :

« Ce qu’on a remarqué chez eux, c’est qu’ils écrivaient leurs propres chansons, ils les chantaient, et ils jouaient eux-mêmes de leurs instruments. Et c’est ça qu’on voulait faire. »

Avant cette révélation, le jeune McCartney — comme tant d’autres à l’époque — envisageait la musique sous le prisme de l’interprétation. Les clubs anglais regorgeaient de groupes qui reprenaient les standards américains. Mais Holly et Berry introduisent une rupture : ils composent eux-mêmes leurs morceaux. Ce modèle d’auteur-interprète devient alors un horizon nouveau. Les Beatles ne seront pas de simples copistes, mais des créateurs à part entière.

Buddy Holly, en particulier, aura une influence déterminante. Avec ses lunettes noires, sa Stratocaster en bandoulière et sa voix claire, il incarne une forme d’élégance moderne, plus cérébrale, plus accessible que le sex-symbol Elvis. Son groupe, The Crickets, préfigure d’ailleurs directement celui des Beatles : formation guitare-basse-batterie, chants à plusieurs voix, morceaux courts et efficaces. Même le nom « The Beatles » — qui joue sur le mot « beat » — est une sorte d’hommage aux Crickets.

Chuck Berry, de son côté, est le roi de la guitare. McCartney l’admire pour ses textes pleins d’humour, son groove indémodable, ses riffs d’une simplicité redoutable. Le groupe reprendra à plusieurs reprises des morceaux de Berry en concert : Roll Over Beethoven, Rock and Roll Music, Johnny B. Goode. Ce dernier deviendra une pièce centrale du répertoire scénique des Beatles à Hambourg.

Lennon & McCartney : le déclic d’un binôme créatif

L’autre révélation, fondatrice, surgit de la rencontre entre Paul et John. McCartney raconte une anecdote significative : adolescent, lorsqu’il mentionnait à d’autres garçons qu’il écrivait des chansons, cela n’éveillait aucun intérêt. Jusqu’au jour où il dit la même chose à John Lennon.

« J’ai dit : “J’ai écrit quelques chansons.” Et John m’a répondu : “Moi aussi.” C’était un moment de bascule. On s’est tout de suite montré nos compositions respectives. Je pense que j’étais le premier à lui dire ça. C’est ce qui a lancé notre relation. »

Ce moment d’intimité artistique cristallise ce qui allait devenir l’un des plus puissants duos de la musique populaire. Inspirés par Holly et Berry, Lennon et McCartney entament un processus de création partagé, se renvoyant leurs idées comme deux miroirs. Ce modèle d’émulation mutuelle, fondé sur l’écoute, le jugement et le perfectionnement réciproque, devient le moteur du répertoire des Beatles.

Du pastiche à l’originalité : la mue stylistique

Au départ, les Beatles sont comme tous les autres groupes de Liverpool : ils reprennent les tubes américains. Long Tall Sally, Ain’t That a Shame, Twist and Shout. Leur répertoire live est un kaléidoscope de standards noirs américains. Mais peu à peu, sous l’impulsion de McCartney et Lennon, le groupe s’émancipe. Ils passent du mimétisme à l’invention.

Le premier grand basculement se fait avec I Saw Her Standing There. Rythme effréné, paroles directes, énergie contagieuse : cette chanson inaugure la grammaire beatle. Le groupe ne se contente plus d’imiter — il impose sa propre langue. Et cette langue sera universelle.

L’influence ne s’éteint jamais : un héritage en miroir

Il est fascinant de constater que les Beatles, qui furent eux-mêmes de jeunes apprentis fascinés par leurs modèles, deviendront à leur tour des phares pour des générations entières. L’influence est circulaire. David Bowie, Oasis, Prince, Radiohead, Nirvana, tous ont un jour puisé dans le lexique Beatles. Mais au commencement, il y avait Holly, Berry, Presley, Richard.

Dans un geste à la fois humble et lucide, McCartney ne cesse de rappeler d’où ils viennent. Lui-même, dans ses concerts solo, interprète encore Words of Love de Buddy Holly. Une manière de saluer celui qui lui a ouvert les yeux sur ce que pouvait être un artiste complet. Quant à Berry, son nom revient sans cesse dans les interviews comme l’un des “géniteurs” spirituels du rock britannique.

D’héritiers à fondateurs : le point de bascule

Ce qui distingue les Beatles des autres groupes de leur temps, ce n’est pas seulement leur talent. C’est leur capacité à absorber des influences variées — le rhythm and blues, la country, le folk, la musique classique, la musique indienne — et à les transformer en quelque chose d’inédit. Ils n’ont jamais renié leurs maîtres, mais ils les ont dépassés, parfois sans le vouloir, simplement en osant aller plus loin.

Et ce mouvement d’ascension commence avec une prise de conscience simple : “Nous aussi, on peut écrire nos propres chansons.” Cette phrase, anodine en apparence, fut une déflagration. Holly et Berry avaient semé, Lennon et McCartney ont récolté.


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