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Paul McCartney : Buddy Holly, l’homme qui inspira les Beatles

Publié le 03 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Il existe dans l’histoire du rock’n’roll des figures dont l’aura dépasse largement les frontières de leur époque. Des artistes dont l’œuvre, bien qu’ancrée dans un temps donné, continue de rayonner sur des générations entières. Buddy Holly est sans conteste de ceux-là. En témoignent les nombreux hommages qui lui sont rendus dans l’ouvrage collectif Buddy Holly: Words Of Love, tout juste paru, où une constellation de géants – de Paul McCartney à Bruce Springsteen, de Brian May à Emmylou Harris – célèbre la mémoire d’un musicien qui, en à peine deux années d’activité intense, a posé les bases d’un genre tout entier.

Parmi ces voix, celle de Paul McCartney résonne avec une émotion particulière. Car pour le Beatle historique, Holly n’a pas seulement été une influence : il a été un déclencheur. Un héros. Un modèle. Un catalyseur sans lequel les Beatles – du moins sous la forme qu’on leur connaît – n’auraient peut-être jamais vu le jour.

Sommaire

La révélation américaine d’un jeune Liverpuldien

Dans la préface de Words Of Love, McCartney revient avec une acuité touchante sur sa première rencontre auditive avec Buddy Holly : “The first time I ever heard Buddy Holly was when the record ‘That’ll Be The Day’ came out. It sounded energetic. I thought it was a black band and we couldn’t figure out how they did it.” Cette anecdote, apparemment anodine, dit tout : avant même de savoir qui était Buddy Holly, McCartney est saisi par le son, par cette énergie brute, racée, qui transcende les repères habituels. La surprise de découvrir qu’il s’agit d’un jeune Texan blanc, au visage d’étudiant sage et affublé de lunettes, ajoute à la fascination.

Le choc esthétique se double d’une révélation structurelle : “He was playing the lead guitar, which we loved, but he was also singing it, which we loved, and he’d written it, which we loved.” Holly, contrairement à Elvis Presley, incarne une triple autonomie artistique : musicien, chanteur, compositeur. Un modèle de polyvalence qui séduit immédiatement McCartney et ses camarades Lennon et Harrison, eux-mêmes en quête d’un langage musical propre, affranchi des codes dominants.

De la Crickets à Abbey Road : une filiation revendiquée

Le groupe que Buddy Holly avait formé – The Crickets – inspire directement la construction même des Beatles. Il n’est pas anodin que McCartney insiste sur cet héritage collectif, cette idée du groupe comme entité soudée, complémentaire. L’influence va même au-delà du strict cadre musical. Holly, avec ses lunettes à monture noire, assumées sur scène et en public, permit à John Lennon, selon McCartney, de porter les siennes sans complexe : “Because he wore glasses this even allowed John Lennon to wear his in public and not have to whip them off if there was a girl passing by!”

Cette remarque, teintée d’humour, n’est pas anecdotique : elle traduit à quel point Holly a participé à libérer des postures. Il fut une figure de normalité stylisée, un contre-modèle à la virilité outrancière du rock sudiste. Son attitude scénique sobre, sa voix claire, ses mélodies impeccables ont offert une nouvelle voie, plus introspective, plus élégante – une voie que les Beatles, dès leurs débuts, choisiront de suivre et de sublimer.

Buddy Holly : l’impulsion de l’écriture

C’est là peut-être le point de contact le plus fondamental entre Buddy Holly et les Beatles : l’écriture. Mick Jagger, également présent dans Words Of Love, le souligne sans détour : “He was a songwriter, which Elvis wasn’t.” Cette autonomie créatrice va bouleverser la génération britannique qui commence à émerger à la fin des années 1950. Keith Richards, éternel compagnon de route de Jagger, affirme quant à lui : “Maybe it was the fact of doing Buddy’s song ‘Not Fade Away’ that gave us that extra propagation to start writing our own stuff.”

Chez les Beatles, cette dynamique prendra une forme encore plus radicale. Dès les premiers enregistrements de Lennon/McCartney, on sent le souffle d’une écriture personnelle, portée par l’envie de s’inscrire dans les pas de Holly. Le goût pour les mélodies simples, les progressions harmoniques limpides, les paroles universelles mais habitées : tout cela vient, au moins en partie, du Texan aux lunettes noires.

Une mémoire vivante au-delà des générations

Le recueil Buddy Holly: Words Of Love, initié par Roger Daltrey, leader des Who, fait le lien entre plusieurs générations de musiciens. Des figures fondatrices comme Eric Clapton ou Brian May y côtoient des artistes plus récents comme Ed Sheeran ou Sam Fender. Tous, sans exception, témoignent d’un rapport personnel, parfois intime, à la musique de Holly. Brian May évoque même avec émotion la découverte des disques 45 tours des Crickets comme “the most exciting acquisitions of my whole childhood” et confesse que l’annonce de la mort de Holly, survenue dans un accident d’avion en février 1959, fut pour lui un traumatisme profond.

Cette persistance mémorielle est sans doute ce qui distingue les véritables pionniers. Leur œuvre, bien que restreinte en volume – Holly est mort à 22 ans – continue d’irriguer les imaginaires, d’inspirer, de relier. Clapton, dans une confession quasi-mystique, se souvient de sa première vision d’une Fender Sunburst tenue par Holly : “It was like seeing an instrument from outer space and I said to myself, ‘That’s the future — that’s what I want.’”

Un héritage gravé dans la mémoire de McCartney

Paul McCartney n’est pas seulement un admirateur de Buddy Holly. Il en est, à bien des égards, le gardien. Depuis les années 1970, il détient les droits d’édition de son catalogue via MPL Communications, veillant à préserver et transmettre son œuvre. En 1976 déjà, avec Wings, il rendait hommage à son idole avec le morceau “Rock Show”, dans lequel il évoque explicitement “a crickety band on a rock ’n’ roll night.”

Chaque fois qu’on l’interroge sur ses influences, le nom de Holly revient. Non pas comme une référence figée, mais comme une présence vivante, active, une source inépuisable d’inspiration. McCartney, bien qu’ayant conquis toutes les scènes du monde, reste ce jeune Liverpuldien de 15 ans, découvrant un 45 tours et rêvant à une autre vie.

Holly, ou la naissance de la pop moderne

En relisant aujourd’hui les déclarations de Paul McCartney dans Words Of Love, on saisit mieux encore l’importance de Buddy Holly non seulement pour les Beatles, mais pour la musique populaire dans son ensemble. Holly fut celui qui montra qu’il était possible d’écrire, de jouer et de chanter ses propres chansons. Celui qui, en à peine 18 mois de carrière discographique, parvint à poser les fondements d’un art qui allait régner sur le monde : la chanson pop à structure autonome, sincère et mélodiquement irréprochable.

Paul McCartney le résume avec justesse : “He was a great hero to all of us.” Un héros discret, sans excès ni provocation, mais dont l’ombre tutélaire plane encore sur les plus belles pages de l’histoire du rock. Et s’il fallait un ultime témoignage de cette filiation, on le trouverait peut-être dans l’un des plus grands succès des Beatles, “Words of Love”, justement, enregistré en 1964 – une reprise, délicate et respectueuse, d’un des chefs-d’œuvre de Buddy Holly.

Un hommage en musique. Comme une promesse tenue.


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