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« Big Boys Bickering » : Paul McCartney, entre révolte et engagement

Publié le 04 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

En 1992, Paul McCartney surprend avec Big Boys Bickering, face B du single Hope Of Deliverance. Dans cette chanson contestataire, il dénonce l’inaction des dirigeants face aux crises environnementales, notamment après le Sommet de la Terre de Rio. Rare protest song de sa carrière, elle choque par son langage direct et reste peu diffusée à cause d’un juron inhabituel chez McCartney. Pourtant, son message demeure actuel, témoignant d’un artiste engagé et prêt à briser son image pour défendre ses convictions.


En 1992, Paul McCartney surprend son public avec une chanson engagée et virulente,Big Boys Bickering, figurant en face B du singleHope Of Deliverance. Cette chanson se distingue non seulement par son ton protestataire, mais également par l’emploi inhabituel d’un juron dans l’œuvre du musicien britannique. Retour sur un titre méconnu, à la fois incisif et révélateur des inquiétudes de l’ex-Beatle.

Sommaire

Un contexte de tensions et de revendications

L’idée deBig Boys Bickeringnaît en mars 1990, alors que McCartney se trouve au Japon dans le cadre de sonWorld Tour. Ce voyage est particulièrement significatif pour l’artiste, qui n’avait pas mis les pieds dans le pays depuis son arrestation retentissante pour possession de drogue en 1980. Ce retour, qu’il vit comme une forme d’exorcisme, lui inspire une chanson où il dénonce les querelles stériles des dirigeants mondiaux et leur inaction face aux problèmes environnementaux.

McCartney ne cache pas son exaspération face à l’échec du Sommet de la Terre de Rio en 1992. Il s’agit d’une des premières grandes conférences mondiales sur l’environnement, censée répondre aux problèmes du changement climatique et de la déforestation. L’ex-Beatle constate alors avec amertume que les grandes nations tergiversent au lieu d’agir. C’est cette indignation qui nourritBig Boys Bickering.

Un texte sans concession

Dès les premiers accords,Big Boys Bickeringadopte un ton mordant et direct. La chanson critique les « grands garçons » – comprenez les dirigeants politiques – qui passent leur temps à se disputer et à « tout foutre en l’air » (« Fg it up for everyone »). L’emploi du mot « fg », rare voire inexistant jusque-là dans le répertoire de McCartney, est volontairement percutant.

L’artiste justifie ce choix en expliquant qu’il n’est pas question d’adoucir son message. « Quand vous pensez à la couche d’ozone qui se détruit, un trou de 50 miles au-dessus de la Terre qui va nous tuer si nous ne faisons rien, pouvez-vous appeler cela un simple ‘trou de flip’ ? » confie-t-il dans une interview. Ce réalisme assumé rappelle l’engagement de John Lennon, dont l’influence plane sur le titre.

Une rare protest song dans la carrière de McCartney

Si McCartney s’était essayé à la chanson engagée avecGive Ireland Back to the Irishen 1972, il s’était depuis peu aventuré sur ce terrain. Il reconnaît avoir souvent laissé la politique à d’autres, préférant se concentrer sur l’amour et l’universalité des émotions humaines. Mais avecBig Boys Bickering, il retrouve cette veine contestataire, illustrant à quel point les problèmes environnementaux lui tiennent à cœur.

Dans la même période, McCartney écritLooking for Changes, autre chanson engagée présente sur l’albumOff The Ground, qui dénonce l’expérimentation animale. L’artiste défend l’idée que certains sujets exigent un langage plus dur. « Je ne suis pas un grand utilisateur de gros mots devant les enfants, mais parfois, comme dansLooking for Changes, c’est essentiel au message. »

Un accueil contrasté et une diffusion limitée

Sorti en tant que face B deHope Of Deliverancele 28 décembre 1992 au Royaume-Uni et le 12 janvier 1993 aux États-Unis,Big Boys Bickeringreste une chanson secondaire dans la discographie de McCartney. Le choix d’en faire un titre en marge de l’albumOff The Groundévite sans doute des polémiques inutiles, bien que le single se vende bien en Europe et au Canada.

Toutefois, les radios sont frileuses à l’idée de diffuser un titre contenant un mot vulgaire. Aux États-Unis, les stations américaines refusent de jouer la chanson, réduisant d’autant plus son impact. McCartney s’en amuse d’ailleurs en racontant une discussion avec Paul Simon, qui lui demande s’il a déjà utilisé ce mot dans une chanson. « Non, mais qu’importe ? Je pense que j’ai le droit de l’utiliser une fois tous les 50 ans, non ? Restez dans les parages pour la prochaine fois ! » plaisante-t-il.

L’héritage deBig Boys Bickering

SiBig Boys Bickeringn’est pas devenu un hymne contestataire comme certaines chansons de Bob Dylan ou de Lennon, elle reste une pièce rare du répertoire de McCartney. Enregistrée avec le backing band de la périodeOff The Ground– Linda McCartney, Robbie McIntosh, Hamish Stuart, Paul « Wix » Wickham et Blair Cunningham –, elle témoigne de la capacité de McCartney à sortir de sa zone de confort pour livrer un message fort.

L’inquiétude exprimée dans ce titre résonne encore aujourd’hui. Près de 30 ans après sa sortie, les débats sur le changement climatique et l’inaction des gouvernements sont plus vifs que jamais.Big Boys Bickeringdemeure ainsi un rare exemple d’un Paul McCartney révolté, prêt à briser son image lisse pour faire entendre sa voix.


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