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McCartney en solo : quand sa guitare chante sur Revolver

Publié le 04 mai 2025 par John Lenmac @yellowsubnet

Dans la grande fresque de l’histoire des Beatles, Paul McCartney est souvent étiqueté comme le mélodiste suprême, le romantique, le maître des ballades intemporelles. Sa basse mélodique, sa voix caméléon, son sens de la structure ont forgé l’un des socles les plus solides de la pop moderne. Pourtant, on oublie souvent un autre pan de son talent, plus discret mais tout aussi impressionnant : Paul McCartney, le guitariste soliste.

Et s’il fallait choisir un instant précis pour illustrer cette facette méconnue de Macca, c’est dans And Your Bird Can Sing, sur l’album Revolver (1966), qu’il faut tendre l’oreille. Une chanson souvent reléguée au second plan, coincée entre les expérimentations psychédéliques de Tomorrow Never Knows et les envolées indiennes de Love You To, mais qui contient peut-être le solo le plus brillant jamais signé McCartney.

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Une guitare qui pépie : le vol plané de deux oiseaux

Le morceau en question est souvent attribué à John Lennon, qui en a signé les paroles cryptiques et le riff d’introduction. Mais derrière cette façade Lennonienne se cache un jeu de guitare à deux voix, une dualité harmonique entre George Harrison et… Paul McCartney.

Le solo, enregistré en double tracking, présente une ligne mélodique en canon, inspirée par les arpèges brillants des Byrds de Roger McGuinn. Ce qui le rend unique, c’est à la fois sa limpidité, sa vitalité juvénile, et cette capacité rare à être… chantable. Un solo que l’on fredonne, que l’on mémorise, presque comme un couplet à part entière.

La virtuosité ici n’est pas dans la vélocité, ni dans la technique démonstrative, mais dans la pureté du phrasé. Chaque note semble répondre à la précédente avec une logique interne quasi vocale. McCartney, habitué à concevoir des lignes de basse chantantes, transpose ici ce savoir-faire sur la guitare : la ligne respire, tourbillonne, et plane — comme un oiseau, justement.

Quand Paul prend la guitare : un rôle de l’ombre enfin révélé

Contrairement à George Harrison, qui était le guitariste soliste attitré du groupe, McCartney n’intervenait en lead que lorsque la situation l’exigeait. Mais à ces occasions, il frappait fort. On le retrouve ainsi sur le solo de Taxman — mordant, presque punk —, sur Good Morning Good Morning, ou encore sur Helter Skelter, où son jeu frénétique annonce le hard rock.

Mais dans And Your Bird Can Sing, tout est dans la finesse. La chanson, pourtant écrite par Lennon dans un esprit légèrement moqueur (elle aurait visé Frank Sinatra ou Mick Jagger selon les interprétations), décolle littéralement grâce à ce duo de guitares jumeaux dont McCartney assure l’une des voix.

Ce jeu de contrepoint, où les deux guitares s’enlacent comme dans un ballet, témoigne aussi d’un travail d’orfèvre en studio, où Paul, toujours exigeant, savait exactement ce qu’il voulait faire entendre — quitte à prendre les choses en main.

Le génie mélodique au service de l’électricité

Ce que McCartney démontre ici, c’est qu’il n’a jamais eu besoin de virtuosité tape-à-l’œil pour imposer son jeu. Sa force réside dans la mélodie. Là où d’autres auraient vu un terrain de démonstration technique, lui y voit un espace de chant supplémentaire.

Ce don pour la guitare mélodique le poursuivra dans sa carrière solo : on le retrouve dans le solo bouleversant de Maybe I’m Amazed, dans les riffs funky de Let Me Roll It, ou dans les envolées de My Brave Face. Mais jamais peut-être ne l’a-t-il exprimé avec autant de clarté et de joie qu’ici, en 1966, dans ce morceau de deux minutes trente qui fuse comme un oiseau au printemps.

Pourquoi ce solo est important

And Your Bird Can Sing n’est pas un classique incontournable du groupe. Elle n’a jamais été jouée sur scène par les Beatles. Elle n’a pas fait l’objet de grandes rééditions ou de compilations. Et pourtant, elle représente un moment charnière : celui où McCartney, derrière son Hofner en forme de violon, s’empare d’une guitare solo et prouve que son oreille, son instinct, et son toucher peuvent rivaliser avec les meilleurs.

C’est un solo qui dit tout de la musicalité intuitive de McCartney. Il ne s’agit pas de montrer, mais de faire respirer la chanson. De donner de l’élan, de la joie, du relief. Et surtout, de ne jamais oublier que la guitare aussi peut chanter.

Une injustice réparée ?

Trop longtemps, Paul McCartney a été réduit à son rôle de bassiste ou de chanteur. George était le spirituel, l’expérimental ; John, le provocateur, le charismatique. Paul, lui, portait les harmonies, les arrangements, les « granny songs », diraient certains. Mais ce genre de solo prouve qu’il n’était pas simplement le chef d’orchestre du groupe — il en était aussi l’un des instrumentistes les plus complets.

Et à l’heure où l’on redécouvre son jeu de basse comme l’un des plus inventifs de la pop, il est temps aussi de reconnaître que McCartney, en solo de guitare, pouvait être aussi mémorable qu’en voix de tête.

Alors la prochaine fois que vous écoutez And Your Bird Can Sing, fermez les yeux au moment du solo. Et souvenez-vous que ce n’est pas George, ni John, ni un invité mystère. C’est Paul.

Et c’est sublime.


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